Shaking Hand

Shaking Hand

Melodic Records – 2026
par Pierre, le 27 janvier 2026
7

Est-il meilleur émancipateur que la froide organisation structurelle du monde moderne ? 

Si la question a de quoi faire sourire et suffirait à tout structuraliste pour nous tartiner de grandes gifles foucaldiennes (ou à n’importe quel demeuré malhonnête pour nous qualifier d’enculés crypto-fascistes), celle-ci s’avère en réalité beaucoup plus difficile à résoudre qu’il n’y paraît. Car, par exemple, s'affranchir des règles n'implique-t-il pas au fond de les connaître déjà ? D’ailleurs, qu’elles soient physiologiques ou morales, chimiques ou inter-subjectives, les règles et les lois ne sont-elles pas la condition de l’existence ? Bref, à ces joyeuses questions dont les réponses exigeraient de nous une acuité cérébrale que seules quinze pintes et autant de clopes pourraient nous offrir, Shaking Hand s’offre le luxe, dès son premier album, de répondre de la plus belle des manières, quitte à proposer d’emblée une alternative à ses influences évidentes. 

Car si l’ombre de Slint plane dès les premières notes toutes géométriques de "Sundance", les Mancuniens déploient de leur côté une formule anguleuse et plus apaisée, au sein de laquelle non seulement la rigidité de ses compositions n’est pas vectrice de rage ou de mélancolie, mais où l’harmonie repose elle-même sur une certaine fractalisation de la musique. Autrement dit, là où les Américains employaient l’approche mathématique pour servir un propos cathartique, Shaking Hand déroule le même paradigme jusqu’à y mettre en évidence la possibilité d’une humanité sensible qui naitrait elle-même de structures a priori castratrices. De fait, de la lente répétition et progression de motifs saillants et presque déshumanisés, les Anglais parviennent à tisser un ensemble de titres cohérents dont, au sein de cette rigidité sublimée, finit par émerger le caractère libératoire. Un procédé qui nécessite l’articulation de motifs à première vue irréconciliables jusqu’à leur parfait imbriquement, sur lequel n’a plus qu’à se poser la voix de George Hunter

En somme, Shaking Hand parvient ainsi à cristalliser puis à résoudre, le temps d’un premier album surprenant de maîtrise le paradoxe de la condition d’un Homme moderne avide de liberté autant qu’il est embourbé dans les structures du monde. À atténuer également la dissonance issue de la confrontation entre notre besoin individuel d’exister sensiblement, et le fracas d’une société trop complexe pour s’offrir pleinement à notre appréciation. Prends ça, Foucault.