No Way to Control It
DMX Krew
Newquay est une paisible bourgade des Cornouailles, dans le sud-ouest de l'Angleterre. Réputée pour ses plages de sable doré et ses spots de surf parmi les plus courus de Grande-Bretagne, Newquay est aussi la ville qui a vu éclore la carrière d’Aphex Twin.
La rumeur raconte qu’au tout début des années 90, face à la difficulté à se fournir en musique électronique de qualité pour alimenter ses sets, il s’est résolu à jouer sa propre musique – l’expression « idée de génie » prenant ici tout son sens. C’est aussi à cette période qu’il a lancé avec son pote Grant Wilson-Claridge le (défunt) label Rephlex, sur lequel il allait rédiger avec quelques autres esprits féconds les premières pages du grand livre de l’IDM. Ces gens s’appellent Mike Paradinas, Luke Vibert ou Aleksi Perälä. Et bien qu’il figure au panthéon des artistes Rephlex, Edward Upton aka DMX Krew n’aura pas connu une carrière à la trajectoire aussi visible et célébrée que celle de ces lords de l’underground devenus figures tutélaires de la (brain)dance music.
Entendons-nous bien, demandez à n’importe quel personne un peu sérieuse dans sa consommation de musique électronique ce qu’elle pense de DMX Krew, et vous aurez droit à une avalanche de compliments amplement méritée. Mais il faut croire que ce n’est pas la discrétion dont aura toujours fait preuve le producteur anglais, mais plutôt son incroyable versatilité qui aura été un frein à sa reconnaissance par un plus grand public.
Si son fait d’armes le plus marquant est un album qui célèbre avec un raffinement absolu tout un héritage electro-pop / synthwave hérité des 80’s (Nu Romantix et le tube absolu « Come to Me » en…1998), Eward Upton aura également mis un soin tout particulier à ne jamais laisser de côté ses autres obsessions, que ce soit l’électro, le funk, l’acid house ou la techno (tous ici représentés à des degrés divers), ce qui l’a amené à poser sur des labels aux profils aussi variés que International Deejay Gigolo (propriété de DJ Hell), Turbo (propriété de Tiga) ou Gudu (propriété de Peggy Gou). Dans ce grand Cluedo électronique, le couteau suisse était anglais.
En vrai parangon de régularité, DMX Krew affiche une excellente forme sur ce nouvel album pour son propre label Breakin’ Records. Ceux qui l’avaient laissé sur l’electro-funk légère et festive de Party Life en 2022 en seront quittes pour ressortir leur lainage. Ici, les lignes de basse, les claviers et tout le matériel analogique de DMX Krew se sont donné le mot pour te faire greloter – en nous rappelant quand même que le meilleur moyen de ne pas avoir froid consiste à danser. En bon faiseur d’ambiances rétro-futuristes qui hérissent les poils à n’importe quel fan de Drexcyia, DMX Krew a pensé No Way To Control It comme un tout cohérent et abouti dont on a du mal à extraire un moment fort qui le résumerait – s’il fallait quand même choisir, on vous dirait d’écouter le percutant « The Outlaw » ou « Rephlections in Time », peut-être le titre le plus Richard D. James-esque de l’album.
Alors oui, cette discographie n’est peut-être pas faite de grands disques, au sens le plus classique du terme, mais pris dans leur ensemble, tous ses blocs constitutifs, de tailles, de formes et de couleurs différentes, forment bien une très grande œuvre.