Meritoriousness of Equanimity
Eximperitus
Il y avait plein de manière d'attaquer la chronique de ce nouvel album des Biélorusses. La première aurait simplement consisté à rire du nom de ce groupe – Eximperituserqethhzebibsiptugakkathsulweliarzaxulum, réduit à Eximperitus probablement pour des raisons de santé mentale. L'autre aurait été de causer de la niche metal dans laquelle le groupe évolue ou de retracer la filiation qu'il pourrait entretenir avec des groupes historiques. Enfin, la dernière aurait été d'évoquer la rareté générale des grands disques dans le premier trimestre de l'année. Pourtant, rien de tout ça n'aurait vraiment rendu hommage à ce troisième album d'un groupe devenu incontournable dans les sphères indé.
Il y a plusieurs raisons à ce triomphe, à commencer par la capacité des Slaves à esquiver toute notion de comparaison. C'est une des grandes malédictions de la scène metal après cinquante ans d'évolutions et d'activisme, cette impossibilité à ne pas pouvoir être défini autrement qu'en rapport aux nombreux grands qui les ont précédés dans l'exercice de leurs fonctions. Un rapport à la généalogie complexe, tant pour eux que pour nous, qui empêche bien souvent une lecture totale des œuvres qui nous sont proposées, n'étant toujours qu'une relecture de riffs mis en forme par d'autres avant eux. Eximperitus, ne devant sa singularité qu'à son talent, a cet énorme mérite de ne pas se poser en copycats des uns ou des autres. On pourrait évidemment citer Nile - après tout il s'agit également de death brutal, technique et mystique – mais pareille association n'emporterait rien de vraiment concret ici. Même situer Eximperitus dans cette angle extrêmement précis du death tiendrait de l'insulte tant Meritoriousness of Equanimity est un disque qui existe pour lui-même, dans le cadre précis de son environnement.
Peut-être est-ce dû à son caractère prog affirmé, qui se dévoile sans pudeur dès le deuxième titre, et qui amène chaque fois le groupe à dépasser sa condition de simple casseur de briques, se servant du moindre levier dans sa composition comme d'une rampe de lancement pour de la bizarrerie technique, de l'écho émotionnel et de la relance spatio-temporelle. Eximperitus semble tout tenter pour n'être qu'un groupe de brutal tech-death cosmique et un peu vicieux, pourtant son quotient intellectuel de jeu ne semble jamais pouvoir être mis de côté sur tout un thème. Avec eux, il y a forcément un moment où ça devient magnifique dans le titre, pris isolément ou dans le schéma de son organisation globale en tant qu’œuvre. Meritoriousness of Equanimity est court – neuf titres pour trente-trois minutes – ce qui respecte le cahier de charge du death metal à la virgule près. Pourtant, tout semble être dit avec suffisance dans chaque morceau : un instrumental prog d'un peu plus d'une minute (« Twelve Centuries of Triumph of The Third Kingdom... ») suffit à créer une brêche dans l'espace-temps, les cinq minutes de « The Untimely Fruit of The Unsaid » contiennent à la note près tout ce qui en fait le meilleur titre metal de ce premier trimestre, toutes les relances rythmiques mid-tempo, tous les claquements de basse fretless, les innombrables détails, toutes les vibrations, toute l'autorité d'une voix qui sait aller chercher partout de l'émotion et de la mélancolie, tous les passages secrets. Tout est posé à la bonne place, et le timing de son ensemble est ici le fruit d'une intelligence qu'on ne peut qu'imaginer supérieure.
Eximperitus s'affranchit ici de tout ce qui a pu faire son début de carrière avec une oeuvre qui suffirait seule à faire rentrer le groupe dans le cercle intérieur des meilleurs groupes de death contemporains, faisant confiance uniquement à un langage musical racé, infiniment honnête, brillant et brutal surtout dans le rapport à son émotion et à sa conception métaphysique du monde. Une œuvre lisible, qui appelle sans cesse à la réécoute, jusqu'à se faire sien ce monde musical créé de toute pièce. Autant le dire tout de suite : tout top de fin d'année qui ne contiendra pas Meritoriousness of Equanimity dans sa catégorie metal sera officiellement considéré comme nul et non avenu.