Manhunt

Boldy James & Rome Streetz

Mass Appeal Records – 2026
par Jeff, le 3 mars 2026
7

Les buddy movies sont aujourd’hui devenus une niche fort peu rentable dans laquelle les bons acteurs n’aiment plus trop se réfugier. C’est simple, depuis l’énorme The Other Guys d’Adam McKay en 2010, on a un mal fou à citer un long métrage digne de ce nom dans lequel deux acteurs pleinement investis dans leur rôle sont à la hauteur d’un concept exigeant plus de talent qu’il n’y paraît.

Alors ce que le cinéma ne nous donne plus, on essaie de le trouver ailleurs. Et avec Manhunt on l’a trouvé. En effet, bien qu’ils tournoient tous les deux autour de la nébuleuse Griselda et qu’ils se soient déjà retrouvés sur un même titre par le passé, jamais l’opposition stylistique qui oppose Boldy James et Rome Streetz n’avait pu s’exprimer sur la totalité d’un projet. Et bien que celui qui nous occupe soit court (18 minutes pour 6 titres et une intro), il suffit à ouvrir un champ des possibles exaltant.

D’un côté, on a donc un Boldy James dont le flow faussement apathique nous plonge dans une forme de douce léthargie, et de l’autre un Rome Streetz qui aime montrer tout l’étendue de sa technique dans des logorrhées verbales qui filent le tournis. Bref, quand le premier commence à nous endormir, le second est là pour nous réveiller. Et pour cadencer ces street dreams, les deux MC’s ont fait appel à des gens qui les connaissent bien, tel Nicholas Craven (coucou la belle boucle soulful sur « Like Biggie Did ») ou Denny Laflare (coucou « Hot Plate » et le genre de prod sur laquelle excellerait un Westside Gunn).

À dire vrai, si on n’allait jamais remettre en cause la pertinence d’une telle association, on doit noter deux choses : on ne pensait pas que la sauce prendrait aussi facilement, que chaque entité trouverait aussi vite sa place dans l’écosystème; et dans la foulée de ce constat, on se demande surtout pourquoi un projet comme celui-ci ne s’est pas matérialisé plus tôt tant il y a plus d’envie d’y croire dans un morceau comme « Tricky » que dans tout le dernier EP de Larry June et Curren$y pourtant produit par cette chèvre de The Alchemist.

Entre références obscures à la préparation de coke (il faut faire quelques recherches sur Internet avant de comprendre ce que veut dire une phrase comme « Half brick of Martha Stewart, cut it with the Cathy Mason »), évocation de sa revente et investissements du produit de cette activité dans le luxe, Boldy James et Rome Streetz font de leur différences une force. Peut-être que le cinéma a laissé tomber les buddy movies, mais le rap, lui, n’a manifestement pas encore reçu le mémo. Pourvu que ça dure.