Love Is Not Enough
Converge
On était en droit de se poser certaines questions sur Converge. Parce que les années passent pour tout le monde, on pouvait se demander si ce mètre-étalon du hardcore chaotique allait encore être à la hauteur d'une réputation qui avait atteint les sommets (pour ne plus les quitter) avec Jane Doe en 2001. Car même si le groupe a su évoluer au fil du temps, pour beaucoup de monde Converge est Jane Doe. Mais voilà, la bande emmenée par le chanteur Jacob Bannon et le guitariste/gourou/producteur Kurt Ballou prend de l’âge, et sa capacité à continuer à performer sur un modèle aussi énergivore pouvait forcément être mise en doute. De plus, elle n'a plus proposé de véritable album depuis The Dusk in Us il y a plus de huit ans. Il était donc logique de se demander si le contexte n'allait pas avoir pour conséquence de voir le groupe s’assagir. On dispose aujourd'hui de suffisamment d'écoute de Love Is Not Enough pour se demander comment on a pu penser cela ?
Si Converge n’a toujours pas eu vent de l'invention de la pédale de frein, on peut néanmoins remarquer qu’il semble s’être dirigé vers des structures de morceaux si pas simplifiées, au moins plus directes. De quoi véritablement transmettre une énergie brute via des riffs et des rythmiques davantage estampillés hardcore ou carrément grindcore. L’entrée en matière, avec le single éponyme, est d'ailleurs là pour le prouver. Ça envoie assez de bois pour nous défaire de notre dépendance aux carburants fossiles pour les trois prochains hivers, ça va droit dans le mur avec l'intime conviction que celui-ci ne résistera pas et ça a à peu près autant de compassion pour les dégâts causés qu'une offensive israélienne sur un quartier résidentiel de Beyrouth. Mais à l’inverse de plusieurs de ses précédents disques aux structures souvent complexes, le groupe allient ici titres « uppercuts », comme celui qu’on vient de citer, « To feel something » ou encore « Force meets presence », avec d’autres plus axés sur le groove comme « Bad Faith » ou « Amon Amok » qui laisse respirer l’ensemble pour revenir à la charge derrière d’une manière quasi magistrale.
À nouveau produit par le tonton Kurt (pas celui qui envoie des ogives racistes à Noël, mais celui qui déchausse les molaires derrière une console de mix), Love Is Not Enough promeut ouvertement le naturel et l’organique et fait un joli pied-de-nez à toutes ces productions en « core » qui multiplient les couches dans l'optique de se rapprocher d’une certaine idée de perfection, pour au final sonner terriblement creuses et stériles. Ici, on privilégie les prises spontanées et leurs imperfections (rares on le précise quand même) participent à l’âme de ce disque intense et compact. On ne peut d’ailleurs pas s’empêcher d’imaginer qu’avec dix titres pour à peine plus de trente minutes, le mot « efficacité » figurait en tête des objectifs du cahier des charges et avait même été entouré en rouge. On se surprend même à découvrir une sorte de nouveau Converge avec ce onzième album. Comme quoi, le temps passe pour tout le monde mais permet aussi d’évoluer même après une carrière longue de 35 ans. Sans faire de plan sur la comète, il n’est vraiment pas impossible que vous retrouviez ce disque dans notre top 2026. Verdict évidemment en fin d’année.