Les Ultimes Marches de l'Empereur
Alkpote
S’attaquer à une nouvelle fournée des Marches de l’Empereur, c’est accepter de s’enfiler des kilomètres de multisyllabiques infernales où un joyeux drille coiffé comme le mec à Charli xcx et piqué du syndrome de la Tourette nous insulte copieusement et nous explique avec force détails comment il va ramoner le fond de nos entrailles. Rajoutez à ce grossier merle une réputation ultra-sulfureuse pour laquelle il aurait mérité d'être cancelled au moins dix fois, ainsi qu'une fâcheuse tendance à réduire ses invités en charpie, et vous obtenez un disque tout droit sorti du cloaque d'un vampire de la rime sale.
Dans ce nouveau bestiaire, on croise notamment une star aux jambes très ouvertes car très en déclin (Quavo), un monarque du crack plus très éclairé (Roi Heenok), des disciples d’Oussama Amar qui font comme lui la course au casier judiciaire le plus salé (Swagg Man et Sadek) ou encore ce type du 667 qui, en pleine diffusion des Epstein Files, se dit que c’est toujours une bonne idée de garder comme pseudo le blaze du créateur des soirées bounga bounga (Norsacce Berlusconi). Et même si certains se débrouillent bien, comme ISHA et Limsa qui arrêtent pour une fois de faire les brayous qui n’ont d’yeux que pour les billets des supporters de l’USG et autres siffleurs d’IPA, force est de constater que l’inoxydable aigle de Carthage prend un malin plaisir à faire mordre la poussière à ces pauvres lupins (le flow de GIMS est absolument désastreux) ou au contraire à les faire rentrer dans un état de possession particulièrement intense (Kaaris mérite vraiment d’être en permanence secoué car sinon il a toujours trop tendance à se reposer sur ses lauriers). Comme sur la pochette macabre de son projet où il se confrontait à la crème du 91, Alkpote terrifie ses congénères avec sa supériorité technique et lyricale. Un tour de France de la crasserie qui rappelle avec beaucoup de bonheur ses arabesques d’antan, où il s’enfumait dans des freak shows géants en compagnie d'énergumènes comme Cortex, Morsay, son binôme Al Poelvoordino et toute l’écurie Néochrome - la ferveur déconnante de « Mafiano » rappelle d’ailleurs beaucoup celle de « La croisière s’amuse » sur le premier album de 25G.
Niveau bémols, outre le côté inégal du disque, nous pourrions relever que, même si Jonathan H a peut-être compris qu’il ne fallait plus aborder la question du Moyen-Orient avec la délicatesse d’un tractopelle, on peut regretter que, malgré cette relative légèreté (il affiche quand même son soutien à Rima Hassan et guette avec une appétence particulière la rondelle de ce colon de Richard Gere), celui qui se trompe complètement sur le destin de Gorbatchev dans « Camouflage militaire » s’attache désormais à faire sienne la propagande complotiste pro-russe sur « Dôme de fer » avec Veust, qui, lui aussi, plonge les yeux fermés dans un océan de contre-vérités (pas étonnant, vous allez me dire, quand on est signé sur un label qui porte le nom d’un dictateur sanguinaire et illettré). Enfin, il est vraiment dommage que cette mixtape déjà bien boursouflée se termine avec un remix de « Plus Haut » complètement dispensable, et composé (évidemment) par les inévitables Vladimir Cauchemar et Todiefor (la nouvelle Team Rocket). On le sait bien, ces coquins préparent leur tournée des festivals, mais ils nous le rappellent avec la même finesse que la promo au panzer de Marty Supreme.
Alors en fin de compte, ces Ultimes Marches le seront-elles vraiment ? Bien sûr que non, car en parvenant toujours à esquiver les polémiques qui menacent un jour de le faire sombrer, Alkpote ne cessera jamais de revenir nous hanter, lui et sa propension à raconter les pires insanités avec un phrasé bien articulé. « Même quand j'serai mort, vous m'sucerez encore » s'exclamait-il en 2019 sur « Purification ». Et bien outre le fait que ça risque d'être vrai, ce n'est pas prêt d'arriver.