JOYBOY

Peet

Baco Records/Mecmanbro – 2026
par Simon, le 9 mars 2026
7

Dans la grande famille du rap belge qui roule sur le format depuis dix ans, je demande l'éternel adolescent. Je demande la joie dans la mue, l'éloignement pop et la simplicité sacrée. J'appelle au tableau Pierre Mignon, ex-roi des Bawlers avec ses frères d'armes du 77 devenu conteur hip pop. Une transformation du kickeur rigolard en enchanteur populaire qu'on a lentement vu venir, et qui n'étonnera que les moins attentifs aux quatre projets sortis en moins de cinq ans. Fini les recherches autistiques sur les rimes et la multisyllabique, Peet peut désormais incarner le plus petit dénominateur commun de son art en mouvement : la narration des choses simples, avec toute l'élégance et la fluidité que cela demande. C'est précisément ce vers quoi JOYBOY tend en permanence; ces situations de vie racontées au coin d'un bar de Schaerbeek, d'une promenade au parc de Forest ou d'un pétard au skatepark des Brigitinnes, qui auraient pu sonner comme dégueulasses de naïveté dans une autre bouche que la sienne.

De cet héritage strictly hip hop, il ne reste plus rien ou presque. Ce qui ne semble pas effrayer notre « flemmard de qualité », pour qui le rapport au feeling l'emporte sur la technique technicienne. Quatorze vignettes qui parlent d'une maman partie beaucoup trop tôt, d'un amour sincère qu'il vit au quotidien, de regrets d'un ancien adolescent ou plus simplement d'une vie remplie de choses lambda. Car Peet est ce narrateur (à défaut d'un terme plus adéquat) des petites choses - ce que Nietzsche appelait, à juste titre, le « journalisme des bas-fonds » - qui a compris qu'il n'y avait aucune honte à évoquer les petits drames à la même hauteur qu'une vie qui se contente parfois de passer devant nous. S'en suit une collection d'images, posées à la suite sur des rythmes pop, parfois lointainement caribéens, toutes montées avec un soin une fois de plus simplissime. Ce qui ne l'empêche pas d'être toujours dans le ton, fidèle à une ligne essentialiste. Une évidence de la forme qui pose la question de cet art jamais définitif, car toujours chevillé au corps d'un artiste en construction. La musique de Peet ne sait que grandir avec lui, il en est la projection fidèle, la photographie exacte au moment de sa conception.

Tout ceci pourrait avoir les défauts de ses qualités, à commencer par se taper une discographie qui se résumerait à l'impermanence de son auteur. Heureusement, il y a suffisamment de talent au milieu de toute cette humilité pour ancrer chacun de ces projets dans une carrière qui commence à devenir une référence, qu'on la situe dans ce qu'on qualifiait de génération dorée du hip hop bruxellois ou pas. Débarrassé de ce qui a pu constituer des chaînes, d'un passé qui s'est finalement bien passé, Peet continue de s'affirmer chaque fois un peu plus comme le bon copain qu'on aimerait avoir dans ces journées qui ne racontent parfois pas grand chose. Avec la certitude d'y trouver une bonne oreille, une plume sensible et un sidekick tout ce qu'il y a de plus vertueux. Pierre Mignon nous rappelle ici que la musique est un jeu simple, difficile à jouer simplement. Sans prétention aucune, JOYBOY vient se placer comme un joli disque de poche, prompt à accompagner tous ces moments d'oisiveté, de réflexion légère et d'introspection fleurie. Une douce réussite.

Le goût des autres :