Implosion
The Bug vs Ghost Dubs
Un travail inlassable, d’une radicalité remarquable, et entamé dans les années 90 sous son nom propre ou celui de The Bug, mais également à travers d’innombrables collaborations qui l’ont amené à bosser avec les papes du drone / doom Earth ou le turbo daron de l’indus Justin Broadrick. Dans les sphères expérimentales, on peut parler d’un personnage dont l’aura est comparable à celle d’un Michael Gira ou d’un Stephen O’Malley. Chaque nouvelle sortie est aussi l’occasion de confronter ce genre d’affirmations à la réalité d’une discographie, et ce n’est certainement pas avec Implosion qu’on va revoir notre copie.
Ce projet est passionnant à plus d’un titre. D’abord, il est une nouvelle occasion pour Kevin Martin de montrer combien il excelle dans l’exercice de la collaboration harmonieuse, ici avec le producteur allemand Ghost Dubs qu’il connaît bien puisqu’il a sorti, pas plus tard que l’année dernière, un album sur son label Pressure. Dans ce genre de projet, il n’est pas rare qu’une entité prenne le dessus sur l’autre, impose des choix esthétiques et étouffe certaines velléités. Il n’est rien sur Implosion qui voit le duo restreindre la focale et se limiter à une filiation avec le dub expé façon Adrian Sherwood et la dub techno canal historique, type Basic Channel ou Porter Ricks.
Bien évidemment, chaque artiste a ses petites marottes, ses petits tricks qu’il affectionne – mais le duo n’en abuse jamais ici. Tandis que Ghost Dubs travaille sur la profondeur de ses textures et l’indolence de ses grooves pour un résultat hypnotique, Kevin Martin excelle de son côté dans cette capacité à jouer sur les bourdonnement ou les wobbles pour traduire en musique un sentiment de colère larvée, de teaser (sans jamais le matérialiser) un craquage de slip façon Michael Douglas dans Chute Libre. Le plaisir d’entendre ces deux artistes se mettre au diapason tout en conservant leur identité est renforcé par le format « back 2 back », où à chaque morceau de The Bug succède un autre de Ghost Dubs. Mais parce qu’on a quand même essayé de trouver un point faible à l'ensemble, on peut déplorer un emballage final un peu bâclé, avec un disque qui termine sans vraiment prévenir, comme si ces deux-là avaient pu poursuivre l’expérience pendant deux heures de plus. C’était probablement le cas, et c’est précisément ce plaisir communicatif d’être au service du public qui rend Implosion aussi bon.