Hideous Aftermath

Sanguisugabogg

Century Media – 2025
par Simon, le 26 janvier 2026
8

Si votre enfant est présentement un gros con, talentueux uniquement dans sa manière d'être constamment lourd et destiné à ne rien devenir d'autre qu'un pauvre type de plus, ne désespérez pas trop vite. Ceci résonne bien comme un message d'espoir : des tapis de fumier peuvent parfois naître les plus belles fleurs. Car si Sanguisugabogg a pu le faire, il n'y a aucune raison que ton mioche n'y arrive pas. Mais revenons-en au début.

Sanguisugabogg s'est présenté au monde en 2019 en ayant déjà compris tous les codes qui pourront faire de lui une machine à émerger de la fange death metal en un temps ridiculement court : un grand logo et une utilisation des réseaux sociaux qui fait mouche. Mais comme faire des memes ne suffit pas toujours, Sanguisugabogg a surtout défendu  le retour à un death metal brutal, gore et idiot presque intégralement basé sur l'efficacité – institutionnalisant au passage l'école Maggot Stomp, du nom de leur premier label, fervent défenseur d'un death metal chuggy as fuck et extrêmement actif sur les corps. De 200 Stab Wounds à Fulci en passant par Internal Bleeding, toute cette scène a vite compris que le véritable héraut d'armes de la scène serait cette bande de gymbros catapultés en haut des charts par un gélatineux mélange de son et d'images. Et peut importe si ça a sonné longtemps comme une version un peu (beaucoup) Temu de Cannibal Corpse, le son était suffisamment massif pour rassembler toutes les jeunes générations dans un nouveau chapitre du gore éternel.

Le plan était simple pour ce nouvel album des Américains : on allait l'écouter poliment, en dire tout le mal qu'on en pensait et ainsi passer sereinement à la suite. Sauf que Hideous Aftermath est un des grands disques death de l'année écoulée. Cela sonne assez étrange dans notre bouche, mais Sanguisugabogg a finalement écrit son premier classique. Cela n'a jamais été une question de potentiel mais plutôt de vision : Sanguisugabogg (de l'aveu du chanteur) a toujours écrit ses albums avec la bite, et cette fois l'effort semble clairement plus intellectualisé, aussi loin qu'on puisse aller avec du brutal death à consonance slam (pas Grand Corps Malade, commence pas). L'effort premier, et ce ne sera un secret pour personne vu d'où on part, consistera à enfin écrire des grands morceaux. Fini la simple débauche d'énergie - même si ça ramone toujours au-delà du conventionnel – les Américains ont désormais l'intelligence de la jouer bizarrement complexe.

En maintenant sa couleur grise et sanguinolente sur tout le disque (ils peuvent pour cela remercier cent fois l'inévitable Kurt Ballou à la production), Sanguisugabogg use et abuse de nouveaux tricks, de sa nouvelle bande de copains en caméos (Full of Hell, Cattle Decapitation, Peeling Flesh, Defeated Sanity), joue désormais sur les hauteurs, les dynamiques et les intensités pour poncer toute la baraque en seulement dix titres. La batterie ? Ridiculement technique et variée. Cette guitare ? Absurde de lourdeur. Et puis cette voix qui se charge comme une longue respiration avant d'exulter en prophète du gore, partout tout le temps, qui prend tous les espaces, qui domine sans retenue. Comment ont-ils fait pour passer de cette parodie de death metal à un final doom/death de cette intensité ? Comment même imaginer que Sanguisugabogg puisse se lancer dans des titres de transition industriels à la Godflesh avec autant de succès (« Repulsive Demise »)? Comment tout simplement concevoir que la formation la plus coconne de la scène mute en bulldozer de créativité pour coucher toute la concurrence sur son terrain ?

Il n'y a pourtant aucune notion de chance ou de hasard ici. Sanguisugabogg a simplement pris la mesure de son gigantesque potentiel, a amené sa recette brutaliste à un nouveau standard de composition comme peu de groupes l'ont fait de manière aussi radicale, tout en prenant le soin de garder l'idiotie de son propos dans les limites de son attaque sur les corps. Un disque de gamins qui ont désormais bien grandi, qui ont compris la portée de leur vision, qui ont finalement intégré que devenir des légendes de ce death jeu ne se ferait pas uniquement avec des coussins péteurs.

Le goût des autres :