Eon of Obscenity

Stabbing

Century Media – 2026
par Simon, le 17 mars 2026
7

Quand ça ne va pas trop fort, ça va d'office trop vite avec Stabbing : deux démos, un EP et aujourd'hui déjà un deuxième album alors que le groupe a entamé sa carrière en 2021. Un démarrage sur des bases records qui a amené Century Media à foutre un gros billet sur le groupe texan, fort de la réussite qu'il a connu avec ses récentes sorties étiquetées deathcore et surtout, mais alors surtout, avec le très bon Hideous Aftermath de Sanguisugabogg. Un choix probablement un peu opportuniste de la part de l'énorme machine allemande qui amène soudainement la bande emmenée par Bridget Lynch au sommet de la hiérarchie du brutal death metal mondial. Difficile pourtant de leur donner tort tant Eon of Obscenity en met des couches et usine de la tranche de gras bien épaisse pendant 30 minutes. 

Ici, vous aurez tout ce qui fait les codes viciés du genre : du riff accordé tellement bas que tu pourrais tronçonner une bonne partie de la forêt de Soignes avec, des batteries qui tapent de manière absurde sur ce qui est (au choix) soit un Tupperware soit une canette rouillée et un rendu globalement huileux à l'excès. Rajoutez à cela une overdose de pinch harmonics – cette technique complexe qui consiste à étouffer la vibration fondamentale d'une corde avec le pouce immédiatement après l'avoir attaqué avec le médiator, le son strident qui en sort sonnant comme un tic physique, une sorte de Gilles de la Tourette death – et vous obtenez un mélange intouchable entre le plus efficace du Cryptopsy nouveau, de Sanguisugabogg et de Living Gate.

Ce genre de joyeuseté s'accompagne traditionnellement d'un chant très porcin. Et cette fois, ce qui reste assez rare malgré une augmentation de la gente féminine dans les scènes deathcore et/ou slam, c'est une porcine qui va nous faire manger les dents. Quoique à ce stade, il n'y a plus assez d'humain dans la tessiture vocale pour nuancer le sexe de la personne derrière le micro. D'ailleurs, la Texane n'a qu'un seul registre : le beuglement qui se vomit dessus avec le bourdonnement d'un démon qui vient de prendre sept cent ans de réclusion dans une prison de haute sécurité au paradis. Une intensité goregrind qui parait si difficile à tenir dans la vraie vie mais, comme on le disait en début de papier : si Stabbing va fort, il va vite très aussi. 

Une leçon brutal death/slam qui ne surprendra pas les habitués du genre – même si des humains à ce niveau d'intensité, ça reste toujours magnifique à voir – et qui se dépatouille sans le moindre problème pour assumer son rôle de nouvelle sensation de la scène. Les grosses tournées peuvent désormais commencer pour Stabbing, le contrat est rempli sur toute la ligne : c'est con à casser des briques avec sa tête, la séance de torture est chirurgicale et le tout est bien taillé pour accompagner l'époque de merde dans laquelle on évolue.