Death Saturnalia (With Temples Below)

Ensanguinate

Soulseller Records – 2026
par Simon, le 10 avril 2026
7

Est-ce à force de trop en consommer ou simplement parce que mon cerveau devient vieux, toujours est-il que l'écoute de mon metal me demande parfois du temps pour atteindre le cœur de sa proposition. Énormément de temps. Littéralement tout mon temps. Je me retrouve parfois devant des disques de la trempe de Death Saturnalia (With Temples Below), sans savoir quoi en penser pendant une vingtaine d'écoutes. À ce moment précis, il est difficile de mettre le doigt sur la chose qui me ramène de manière obsessionnelle à un disque qui représente pourtant ce qui ne reste encore à ce stade qu'une figure relativement floue. La schizophrénie de ce deuxième album y est pour beaucoup. Et ce n'est pas un mal en soi car, c'est certain, Ensanguinate connait son metal par cœur et ce qui est moins clair pour moi l'est assurément pour le groupe slovène.

Avec Death Saturnalia, je ne sais jamais vraiment si j'écoute un grand classique de Watain - période Lawless Darkness ou aux alentours, en tous cas une version propre et puissante du groupe une fois arrivé à maturité – un album au groove sombre de death/thrash affilié à la galaxie Repugnant ou tout simplement un album de black'n'roll des 70's. Probablement tout ça à la fois. Ça respire le jeu libéré et mélodique des scènes extrêmes suédoises alors que la production hésite entre une précision clinique et un grain bourdonnant qui sonne comme une caisse de résonance parfaite à tous les élans mystiques et occultes du groupe. Et ils sont nombreux, à venir casser de manière oblique les ruades black/death avec plus ou moins de tact – allant jusqu'à des soli d'orgues sur un antépénultième titre de plus de neuf minutes – s'insérant avec une facilité aussi déconcertante dans ce grand bain de violence simplement car ils en sont l'autre cœur vibrant. Un deuxième ventricule qui n'hésite pas à sortir les grandes guitares, les signatures rythmiques plus lentes ; pompant la matière noire de l'hybride black/death pour le recracher dans des transes d'un autre temps.

Difficile donc de classer Ensanguinate sur la grande carte des musiques extrêmes, lui qui trace son chemin entre des espaces-temps qui semblaient n'avoir premièrement rien à se dire. Mais plus qu'une simple addition de références prises ci et là, les Slovènes ont à offrir une musique qui s'inscrit dans un angle aussi mal défini que singulier, indivisible malgré des premières écoutes qui n'offrent pas toujours la lisibilité attendue. Du beau metal, joué avec précision et engagement, qui se dévoile avec patience pour se révéler finalement comme une vraie bonne surprise, sans jamais totalement livrer ses secrets. Bénis soient donc les avis incertains, et longue vie à notre capacité à ne croire que notre instinct dans sa capacité à insister sur les choses incomprises mais étrangement qualitatives au premier abord. De cette obscurité des sens a émergé Death Saturnalia (With Temples Below), et ça valait bien le coup de taper sur le clou.