La Reproduction

Arnaud Fleurent-Didier

Columbia  |  2010
8 / 10
par Julien  |  le 6 janvier 2010

"Car j'avais dans mon bloc / Ces quelques textes pas fantastiques/Mais sans complexes assez ironiques / Sur des cordes à la Bartok / Et l'époque préférant l'électronique / Je voulais pas qu'on se moque / J'en ai mis dans les rythmiques."

Personne ne connaît mieux ses limites qu'Arnaud Fleurent-Didier lui-même, ici dans un couplet de son Portrait du jeune homme en artiste de 2003. Il n'est pas un chanteur qui s'invente une profondeur et qui gesticule dans le pathos, il ne fait pas miroiter un hypothétique génie sublime. D'ailleurs, il ne fait même pas toujours l'effort de se montrer à son avantage. Décontracté il est, tranquille, léger, quitte à se présenter comme une banalité. Sauf que coup de bol, Arnaud Fleurent-Didier est plus intéressant et doué que la moyenne.

Sa Reproduction est portée par un single grandiose, "France Culture": un hymne fou à la pop symphonique, The Divine Comedy et Gainsbourg convoqués pour une vraie chanson française d'aujourd'hui. Fleurent-Didier, ici et sur le reste de l'album, décrit de façon toute personnelle le malaise d'une génération. Une génération qui se définit par ce qu'elle ne sait pas, par ce qui ne lui a pas été transmis. Une génération qui ne sait pas vraiment se situer dans l'Histoire et qui ne sait pas appréhender le patrimoine de ses aînés. Tout ça est pointé du doigt sans l'air d'y toucher, avec une modestie déroutante, en tenant en contre-point un discours mi-satirique, mi-new age sur l'hyper modernité – citant Myspace comme on fume ses premiers joints.

Outre cette écriture faussement naïve des textes, c'est le même entre-deux côté musique, la même indécision chronique entre la tradition et le confort de son époque. Pêle-mêle, on pense croiser Polnareff, Phoenix, un peu de Chopin ou de Michel Berger, quelques couloirs plus loin Air ou Delerm, Colombier ou Sheller. Des références de bons Français, certes, mais un univers accessible et romantique, composé et arrangé à merveille, une ode au french flair qui tranche avec la pensée unique anglo-saxonne. Fleurent-Didier, lui, s'en fout de tout cela: son œuvre n'est pas militante. Mais voilà à quels commentaires on s'expose à force d'écrire des chansons trop belles et trop espiègles.

Le goût des autres :

note : 77/10Julien Gas note : 88/10Jeff note : 66/10Nicolas