Familial

Philip Selway

Bella Union  |  2010
note : 7
7 / 10
par Julien  |  le 6 septembre 2010

Longtemps obscurs, les mécanismes créatifs à l'œuvre dans le projet Radiohead ont largement perdu de leur brume après la trilogie Ok Computer, Kid A et Amnesiac. Moins ambitieux dans son programme, avec enfin le temps libre pour s'adonner aux exercices solos, le quintet d'Oxford a perdu de son opacité. En 2003, par exemple, avec le Bodysong de Jonny Greenwood, le public découvrait enfin que Radiohead, ce n'était pas seulement Thom Yorke, et que la signature sonore du groupe en revenait au moins autant au multi-instrumentiste filiforme. Au fil des indices, ainsi, il s'est peu à peu acquis qu'ensemble, Jonny Greenwood et Thom Yorke formaient la traction principale de Radiohead, et que les autres membres se contentaient des les accompagner humblement.

C'est sans doute le cas pour Philip Selway, discret batteur dont la page Wikipédia nous apprend qu' « il est le membre le plus âgé du groupe et [que] certaines personnes lui trouvent un air méchant du fait de sa calvitie ». On ne jugera pas de son potentiel horrifique mais seulement de son apport comme instrumentiste : s'il n'est pas un immense batteur, on peut au moins souligner que Phil Selway n'a jamais ralenti le développement du groupe – on se souvient d'abord de son très bel apport jazzy sur Amnesiac, album pas facile à jouer et dont il s'est sorti avec les honneurs. Écouter le premier album solo de Philip Selway, c'est donc découvrir un homme de l'ombre, avec une question au bout des lèvres : va-t-on découvrir l'influence souterraine de Selway au sein de Radiohead ou allons-nous avoir la confirmation qu'il n'est qu'un exécutant dans l'organigramme du groupe ?

Nous posons la question de manière binaire et ce n'est pas un souci, car à l'écoute de Familial notre réponse ne mérite aucune nuance : Phil Selway est une toute autre personne hors du collectif. Si passer sur le devant de la scène est bien pour lui un moment de vérité, un instant de dévoilement, on peut alors constater que son emprise sur le son de Radiohead est nulle. Familial, en effet, est un album folk d'une simplicité désarmante, d'une clarté et d'une tendresse qui n'existent nulle part dans la discographie du groupe-mère depuis The Bends. À mi-chemin entre Nick Drake et une soft-pop beaucoup plus easy listening, Philip Selway s'affirme comme songwriter, prenant micro, guitare, et laissant du coup sa batterie à la poussière. Il est évident que cet effort solo se veut l'occasion d'une décontraction. Pas de discipline de groupe, pas de travail de précision, Familial est avant tout une collection de chansons où il fait bon se lover en toute insouciance – "A Simple Life" en est un bel exemple sémantique.

Plutôt mal accueilli par la presse jusqu'à présent, il faut à notre avis prendre ce disque avec indulgence et se contenter de ce qu'il nous apporte, quelques très belles ballades : un apport jamais tout à fait négligeable. Et si après ça vous trouvez encore un air méchant à Phil Selway du fait de son crâne lisse, vous avez sans doute un problème.