Unknown Memory

Yung Lean

Autoproduit  |  2014
9 / 10
par Aurélien  |  le 26 octobre 2014

Quand, déchirés par l'ivresse, on avait écrit ce papier sur Yung Lean, on n'imaginait pas lui offrir une suite. Il faut dire que son Unknown Death 2002 avait eu un peu de mal à parler à nos coeurs fragiles: avec ce brouillon en manque de moyens, le Suédois s'était offert un disque attachant certes, mais vulgaire aussi. Loin de lui nuire, son look de wigga de la lose fait aujourd'hui de lui un papillon de tristesse qui, à l'instar de Lil B, s'est constitué une fanbase aussi démente qu'exponentielle. La figure de proue des babtous sensibles s'offre même le luxe de remplir des salles avec son posse et d'étoffer lentement mais sûrement son carnet d'adresses – à quand un album en major? Cette fois, Unknown Memory a fini sa course sur iTunes, histoire de capitaliser sur le succès d'un aîné offert à la curiosité des Internets. Et vu la qualité de ce nouvel effort, on se dit qu'effectivement, celui qui est un meme a lui tout seul aurait tort de ne pas se faire un peu d'argent de poche au passage.

A peine plus d'un an nous séparent d'Unknown Death 2002, et pourtant ça ressemble à un grand ménage de printemps dans le studio du Sad Boy: ses enregistrements sont moins hasardeux, ses clips sont beaux, et il a même pu s'offrir Travi$ Scott sur un titre. Bref, c'est la maladresse et l'amateurisme de son prédécesseur qui ont ici disparu. Seule reste l'exagération toute adolescente, celle qui fait que les "grands" esprits rebroussent chemin. Par contre, pour ceux que ces ambiances excessivement tristes passionnent, ça va être Byzance: grâce aux moyens déployés, Yung Lean peut parfaire son empreinte sonore, elle qui se façonne au travers des productions de White Armor et Yung Gud. S'il incarne une certaine continuité sonore, Unknown Memory sait néanmoins se montrer plus personnel, comme sur le splendide "Leanworld" (sorte de cousin candide du "Street Lights" de Kanye West) ou même plus énervé lorsque certaines productions se garnissent de synthés transe du plus bel effet – "Ghosttown" ou "Volt". Un vrai album de cloud rap pour les nuls qui ne manque pas de beaux refrains salés et catchy.

Encore trop second degré avec ses excès d'autotune et trop naïf pour s'offrir une affiliation chez OVOmême si les grands de notre monde gardent leur meilleur œil sur luiUnknown Memory n'en demeure pas moins le témoignage d'un mec soucieux d'inscrire son délire dans une certaine durée et ne de pas rester cantonné à sa 4Chan credibility. Quelque part entre Bones et Future, ce génial enfoiré touche nos cœurs de baudruche. Et ça le rend d'autant plus précieux que l'on devine que son délire n'aura d'effet que sur cette poignée d'albums où son innocence demeurera l'unique source d'inspiration. Pourvu que ça dure.

Le goût des autres :

note : 88/10Titus