The Unbelievable Cinematic Crash

Sweek

Carte Postale  |  2006
8 / 10
par Jeff  |  le 13 juillet 2006

Sweek, mes très chers lecteurs, est la nouvelle sensation post-rock mondiale qui s'apprête à vous secouer les tympans, le nouveau bébé montréalais que le label Constellation a décidé de mettre en orbite pour le plus grand bonheur des nombreux amateurs de post-rock qui attendent en vain un nouvel album de Godspeed You! Black Emperor ou de Fly Pan Am… Bon, j'arrête tout de suite le délire. Sweek n'est nullement le dernier poulain du célèbre label canadien mais bien un groupe belge originaire de la région d'Andenne signé sur le petit label namurois Carte Postale Records. C'est un CV qui est, vous en conviendrez, un peu moins alléchant mais surtout handicapant dans une région où n'importe quel groupe se prétendant sous l'influence de Gang of Four ou Franz Ferdinand a de bonnes chances d'écumer l'immense majorité des festivals qui y sont organisés - qui ces derniers temps se sont d'ailleurs multipliés aussi rapidement que les boutons d'acné sur le front d'un ado de quatorze ans.

The Unbelievable Cinematic Crash est donc le second album d'un sextet qui compte notamment en son sein un guitariste ayant participé au dernier album de l'éternel espoir du rock wallon, Flexa Lyndo. Mais ici, point de pop molle du genou, mais un post-rock parfaitement maîtrisé dans tout ce qu'il a de plus ascensionnel, épique et puissant. En effet, tous les clichés inhérents au genre s'enchaînent sans pour autant déranger l'auditeur: The Unbelievable Cinematic Crash ne compte que six plages (évidemment longues) mais le nombre de mouvements et breaks que l'on y décèle est lui autrement plus élevé. Quant aux différentes textures sonores, elles s'enchaînent et se superposent avec distinction, bien intercalées entre montées en puissances obsédantes et répits éthérés. A ce titre, "Iki" et "Thanx for Sundays (nothing to do with any god!)" sont d'exemplaires réussites dont tout amateur de post-rock qui se respecte aurait tort de se priver. Mais Sweek, c'est n'est pas uniquement un clône de GY!BE, c'est aussi un groupe désireux d'élargir son champ de vision et qui, pour ce faire, a convié en studio Han Stubbe, clarinettiste des Anversois déjantés de Die Anarchistische Abendunterhaltung. Son influence, qui se traduit notamment par des sonorités klezmer, cette musique traditionnelle des Juifs d’Europe de l'Est, est particulièrement perceptible sur un titre comme "Tequilla Fitness Club" qui voit la musique des Andennais se décomplexer et prendre quelque peu ses distances par rapport à cette froideur et cette austérité si post-rockiennes.

Vous l'aurez compris, The Unbelievable Cinematic Crash est un album lumineux, abouti et réussi tenant aisément la comparaison avec les influences canadiennes ou américaines du groupe et qui fait de Sweek un groupe à part (au même titre que DAAU, Major Deluxe ou Some Tweetlove) dans le paysage musical belge.