The Tragic Tale of a Genius

My Little Cheap Dictaphone

Pias  |  2010
7 / 10
par Jeff  |  le 13 avril 2010

Chers lecteurs, nous ne vous ferons pas l'insulte de vous demander si vous avez déjà entendu parler des Hollywood Porn Stars. Qu'on ait de la sympathie ou une aversion caractérisée pour le crew liégeois, difficile d'être passé à côté d'un groupe qui n'a pas ménagé ses efforts pour se faire entendre – avec un certain succès faut-il le rappeler. Ce que vous savez peut-être aussi, mais qu'il serait bon de rappeler, c'est que les Hollywood Porn Stars en sont arrivés là un peu par hasard (le groupe a été monté de toute pièce pour participer à un concours de jeunes talents en Belgique francophone) et que chacun de ses membres vaquait paisiblement à ses occupations avant que le phénomène HPS ne modifie quelque peu leurs plans respectifs. Ainsi, on retrouve au sein d'Hollywood Porn Stars un certain Michael Lariviere, mieux connu sous le nom de Redboy, et qui fonctionne comme une véritable éminence grise au sein du groupe, caché qu'il est par la belle gueule et les poses de son collègue Anthony Sinatra. Pourtant, s'il est bien un mec talentueux et sous-estimé au sein d'Hollywood Porn Stars, c'est Redboy. Heureusement pour nous, pour exprimer pleinement son talent, le Liégeois dispose de son projet My Little Cheap Dictaphone, qui l'occupe depuis le début des noughties.

Au sein de My Little Cheap Dictaphone, Redboy oppose ainsi au rock un peu pompier  et périssable d'Hollywood Porn Stars une musique racée, mâtinée de folk et de country et qui témoigne de l'amour inconditionnel que porte le singer-songwriter aux plus grands groupes de la scène indie américaine. Et pour cette troisième réalisation, Redboy ne s'est pas éloigné de cette ligne de conduite, mais s'est pour l'occasion armé d'un atout qui fait parfois défaut chez nombre de groupes non anglophones, qu'ils soient belges, français ou ouzbeks: de l'ambition. En effet, qu'un artiste wallon au succès raisonnable se lance dans l'écriture d'un opéra pop moderne qui raconte le parcours d'un artiste surdoué mais torturé par des démons intérieurs (Brian Wilson pour ne pas le nommer) a de quoi surprendre et suscite forcément les moqueries des mêmes couillons qui s'astiquent le manche à longueur d'année sur les mêmes régionaux de l'étape passés pros dans l'art de la copie conforme. Et même si Redboy n'a pas cherché à inventer le fil à couper le beurre sur The Tragic Tale of a Genius, il est parvenu à monter un projet suffisamment intéressant pour attirer dans ses filets quelques grands noms : Jonathan Donahue de Mercury Rev, Ralph Mulder d'Alamo Race Track et Pall Jenkins de Black Heart Procession.

Après deux années d'écriture et neuf mois d'enregistrement/mixage, My Little Cheap Dictaphone peut enfin nous présenter ce projet qui, sur papier, a tout d'une tentative assez casse-gueule d'asseoir une crédibilité et qui, dans les faits, est loin de décevoir. Puisant allégrement son inspiration auprès de ces grands pourvoyeurs d'émotions que sont Arcade Fire, Mercury Rev et les Flaming Lips, My Little Cheap Dictaphone fait le pari, réussi pour le coup, des compositions à couches et tiroirs multiples, qui n'ont jamais peur de se charger d'arrangements en tous genres. Soigné et élégant, The Tragic Tale of a Genius l'est certainement. Mais ce disque est surtout joliment écrit: pour ce troisième effort, le groupe s'est donné les moyens de ses ambitions, ce qui passait indéniablement par un temps d'écriture et de maturation plus long que d'habitude. Ainsi, dans un climat de crise du disque qui n'encourage pas vraiment les artistes "non bankables" à se lancer dans ce genre d'exercice périlleux, Redboy et les siens confirment tout le bien que l'on pensait déjà d'eux. Il était juste dommage qu'il y avait les Hollywood Porn Stars pour nous les faire oublier. Avec un disque du niveau de The Tragic Tale of a Genius, l'équilibre est désormais rétabli et Redboy peut enfin se voir reconnu pour ce qu'il est vraiment: l'un des tous bons songwriters du plat pays.