The Feminine: Act 1

Anna Wise

Indé  |  2016
7 / 10
par Ruben  |  le 15 mai 2016

On est en 2011, à L.A., et Kendrick Lamar est en plein enregistrement de son futur bijou Good Kid, M.A.A.D City. Sauf qu'à l'époque, le rappeur est bien embêté : il lui manque toujours une voix féminine pour assurer un des refrains du disque. Entre deux prises, le MC tente de trouver son bonheur sur YouTube et tombe par hasard sur une vidéo du duo Sonnymoon, « Nursery Boys ». Frappé par le timbre de voix clair et pur de l’interprète, Kendrick Lamar demande à son crew de lui trouver son numéro. Alors qu’Anna Wise parcourt le pays en compagnie de son acolyte / producteur Dane Orr, elle reçoit un texto lui demandant de se pointer en studio.

En octobre 2012, le plébiscite entourant le second album studio de King Kendrick est total et le public découvre une inconnue qui accompagne le MC sur le refrain de la 11ème piste –  l'entraînant « I’m real, I’m real I’mrealirealireal », c'est elle. Depuis cet épisode, la complémentarité s'est forgée entre les deux artistes qui ne se quitteront plus – Anna Wise apparaîtra sur To Pimp a Butterfly et à deux reprises sur le récent Untitled Unmastered. Alors qu’elle a déjà décroché un Grammy (pour sa participation à « These Walls »), la chanteuse de Boston n’a toujours pas sorti le moindre projet solo. Et il était grand temps que ça change.

Tandis que l'Amérique post-raciale sert de trame de fond au magistral To Pimp A Butterfly, The Feminine: Act 1 se focalise sur un autre thème fort, et trop rarement traité dans le rap: le féminisme. Le génie de la chanteuse consiste ici à ne pas réduire ses consœurs à de pauvres victimes du sexisme mais à aborder le féminisme d’une façon exaltante et rafraîchissante. Sur un fond de post-dubstep infusé de jazz et de hip hop, Anna Wise se montre fragile sur l’incroyable « Precious Possesion » avant d’aborder explicitement son rapport à la sexualité sur « BitchSlut », qui pourrait bien être l’hymne féministe le plus badass de 2016 - « I know what kind you are. If I say no, I'm a bitch. Say yes, I'm a slut ».

À l'image de Beyoncé, devenue une icône mondiale en défendant le statut de la femme - d'"Independant Women" à "Formation"-, Anna Wise dégage une identité similaire, forte et engagée, qui se traduit explicitement sur « Decrease My Waist, Increase My Wage » (« si je réduis mon tour de taille, j’augmente mon salaire »). Et au final, grâce à la dernière piste « Go » de ce petit projet si bien ficelé, c’est bel et bien la Femme qui sort triomphante de cette bataille des sexes - « all the ego, you had to let it go/ now all you say, is baby stay ».

Au travers des 4 titres et 3 interludes qui composent l’EP, ce n’est pas seulement le message fort de la chanteuse qui nous percute, c’est également l’impeccable production des différents titres - dont certains auraient eu tout à fait leur place sur les albums de K-Dot. Que ce soit le solo de trompette qui boucle « Go », le beat-change de « Decrease My Waist, Increase My Wage » ou la pertinence des différents interludes, tout est maîtrisé. Vite, la suite.