Symeta

Byetone

Raster Noton  |  2011
6 / 10
par Simon  |  le 20 décembre 2011

Ecrire en 2011 sur les sorties de Raster Noton laisse en bouche une sensation des plus particulières, comme si l'histoire de la structure pouvait se décliner en deux phases distinctes. Depuis sa création dans le Berlin des 90’s, le label a toujours été considéré comme l’un des laboratoires électroniques les plus en avance sur son temps aux côtés d'écuries comme Editions Mego ou Touch). C’est bien simple, pendant tout un temps il était interdit de rire en présence de mecs comme Alva Noto, Ryoki Ikeda ou Frank Bretschneider. Pendant longtemps Raster Noton a travaillé dans l’expérimentation tonale, dans le minimalisme glacé et précis à outrance, le travail acharné sur le son électronique mis à nu. Pour le dire franchement, Raster Noton était un label génialement expérimental, dont la grande majorité des pièces stimulait sans relâche nos neurones assoiffés de futurisme électronique.

Pourtant dans une époque qu’on pourrait situer en 2007, le label va petit à petit engager un virage quasiment « pop » : le label travaillera sur des textures de plus en plus percussives (délaissant les grands horizons contemporains d’autrefois), et des disques comme l’Automne Fold de Kangding Ray vont très largement s’enfoncer dans des mélodies qu’on connaissait peu au sein d'un label plutôt habitué à des repères signalétiques. Byetone ira même jusqu’à sortir un premier album (Death Of A Typographer) qui n’échappera pas à la catégorisation « techno ». Tout cela va de pair avec une extension gigantesque de la visibilité du label, connu aujourd’hui des amateurs de musiques électroniques de tous bords. En un mot comme en cent, Raster Noton a évolué vers le grand public – comme en témoigne encore leur tournée européenne avec les superstars de la techno minimale de chez M_nus.

Si on vous parle de tout cela, c’est peut-être parce que ce Symeta s’inscrit parfaitement dans cette veine presque populaire qu’a privilégié le label depuis quelques années. A l’instar des deux dernières productions d’Alva Noto (Summvs, en compagnie de Ryuichi Sakamoto et Univrs), le deuxième album de Byetone joue à fond la carte de l’accessibilité, élargit sa palette de sonorités pour mieux accentuer son dynamisme. Cela s’entend bien sur Symeta, qui semble construit sur une architecture live, extrêmement percussive et binaire. Là où Death Of A Typographer était un disque où régnait d’abord le modèle Raster Noton, agrémenté ensuite d’une imagerie techno, ce nouvel album n’est rien d’autre qu’un album de techno minimale, avec toute la symbolique du label en retrait. On y retrouve bien sûr tout l’étalage de bruit blanc, les subtils jeux de contraste entre le dessin industriel et le flou grésillant, mais la techno industrielle de Symeta fonctionne de manière parfois trop scriptée, trop téléphonée pour rééditer le coup de force de son grand frère.

Disons tout simplement que dans ce créneau, on préféra à Symeta le premier LP de Perc – le gigantesque Wicker & Steel – voire tous les travaux d’Ancient Methods, peut être plus francs dans leur manière d’embrasser la cause de la techno industrielle. Symeta a le cul entre deux chaises : il renie « quelque peu » (et la nuance est importante) les fondements qui étaient les siens pour se diriger vers un univers plus linéaire, malheureusement de manière parfois incomplète. Un bon disque, là où on attendait un classique.