My Krazy Life

YG

CTE World  |  2014
7 / 10
par Jeff  |  le 25 mars 2014

Déjà en 2009, on avait eu le nez creux du côté de chez Def Jam, en signant un jeune type de 19 ans à peine, connu dans des cercles assez confidentiels. Après, un maison comme Def Jam est à la musique ce que Chelsea est au football : on signe de la jeune pousse à tour de bras, en espérant récupérer son pognon grâce à l’une ou l’autre poule aux œufs d’or. Et donc, le moment est venu pour le dénommé Keenon Jackson de justifier tous les espoirs (et les millions de dollars) que la filiale d’Universal a bien voulu parier sur lui en sortant enfin son premier album, via le label CTE World de Young Jeezy - qui passe ici à la caisse en prenant la casquette d'executive producer. Un premier album attendu de pied ferme et notamment propulsé au sommet de la hype à la faveur de quelques mixtapes bien senties et (surtout) d’un single aux dizaines de millions de vues, le minimaliste « My Nigga ». Gros succès dans les clubs, gros bâton dans nos slibards (notamment avec ce remix) et grosses attentes sur les internets.

Mais ne nous méprenons-pas : si YG possède un certain charisme et un flow qui est loin d’être dégueulasse, My Krazy Life doit surtout être la sortie qui devrait permettre à un DJ Mustard de poursuivre cette irrésistible ascension qui l’amènera bien, un jour ou l’autre, à intégrer cette catégorie de producteurs über-bankables qui facturent l’équivalent de 10 ans de ton salaire contre une prod’ pour Jay Z. En effet, avec sa tape Ketchup ou ses productions imparables pour TygaTy Dolla $ign ou RiFF RaFF plus récemment, le natif de L.A. a su opérer un placement stratégique sur la carte des beatmakers qui comptent. Dans cette perspective, on se réjouit qu’il vampirise une bonne moitié de My Krazy Life, donnant au disque une cohérence qui fait souvent défaut aux grosses sorties hip hop, et apportant à l’ensemble cette fraîcheur toute bondissante et cette touche West Coast 2.0 qui caractérise son approche musicale.

Devenu un véritable phénomène mainstream, la ratchet music si chère à DJ Mustard se révèle avoir les épaules suffisamment solides pour soutenir le poids d’un album estampillé gangsta rap. Car ne l'oublions pas : YG, ça veut dire Young Gangsta. Et ici, si le emcee de Compton évolue dans une veine certainement moins « consciente » qu’un certain Kendrick Lamar (qui s’offre une apparition inévitable sur « Really Be (Smokin N Drinkin) »), on retrouve sur My Krazy Life les habituels thèmes du genre : les gonzesses un peu faciles, la fête avec les copains (même s'ils appartiennent à un gang rival, celui de ScHoolboy Q) ou les conflits et leur gestion (en gros on dézingue le rival). Et y’a évidemment un morceau sur la maman à YG, une femme incroyable qu’il n’a pas dû voir sa progéniture des masses vu les agendas de ministre des gangstas modernes.

Cohérent dans son approche sonore et dans sa construction, pensé comme un tout plutôt que comme un enchaînement de singles pour la génération Z, et évitant le piège du disque inutilement long, My Krazy Life est une plongée au cœur de Compton là où le Good Kid, M.A.A.D City de Kendrick Lamar prenait de la hauteur par rapport à la cité qui l’avait vu naître. Et si YG n’a pas toujours le pouvoir évocateur ou le génie créatif de son grand frère, il n’en reste pas moins un type qui, s'il ne sombre pas dans le grand portenawak comme pas mal de emcees qui tentent de rentrer dans la cour des grands, pourrait bien nous réserver de très belles surprises à l’avenir. Et si My Krazy Life était son Section 80 ? Franchement, au regard des qualités ici affichées, c’est tout le mal qu’on lui souhaite…

Le goût des autres :