MB I I I

Moodie Black

Atypeek Music  |  2019
8 / 10
par Émile  |  le 24 janvier 2019

Avec le Lucas Acid de Moodie Black, on s'était pris d'une réelle affection pour le groupe américain, autoproclamé pionier de la nouvelle scène noire rap. Mais une affection potentiellement perverse, car elle nous pousse aujourd'hui à attendre beaucoup de K. et de ses musiciens. On avait peur d'être déçus par MB I I I, d'entendre encore le même mélange de hip-hop, de noise et de shoegaze. Que nenni. MB I I I, un EP de quatre titres sorti sur Atypeek Music, sera peut-être la référence qui permettra à Moodie Black d'être définitivement écarté du cercle vicieux dans lequel on ne peut exister que dans la comparaison avec Dalëk.

Si l'écoute est distraite, vous aurez certainement l'impression de vous prendre un mur de son reposant sur des beats old school. Sauf que, dans la continuité précise de leur construction, les titres sont tous profondément différents. Le plus monotone d'apparence, « Privilege », est celui qui se rapproche le plus d'une ambiance shoegaze. Mais c'est cette ambiance que Moodie Black parvient à déstructurer en utilisant une sonorité heavy sur la guitare et le clap le plus lumineux de toute leur carrière. C'est probablement la grande réussite de cet EP : un jeu étonnant d'ombre et de lumière, de passages dans des tunnels sombres faisant émerger par la suite une lumière qui n'éclaire plus mais éblouit.

Partout, ce sont des détails renversants qui donnent d'immenses bouffées d'air frais à notre écoute. Les sons de cloche pour remplacer les snares, les samples d'animaux sauvages, les rythmes légèrement breakés, tout participe de cette illumination. Mais le travail le plus radical tient assurément à l'utilisation aigüe des synthétiseurs et des guitares. Avec les nouveaux effets sonores qui émergent dans MB I I I, c'est le shoegaze qui recule, et un nouveau type de violence qui peut s'installer, comme à la fin de « Moss », ou dans les ponts de « Pink Pout », qui donnent un nouveau souffle à toute la musique du groupe.

Pour autant, on ne pourrait pas dire que la formule a radicalement changé. Cela reste globalement une musique très froide, crue et faite pour le headbanging. Ce qui fait la réussite de cet EP, c'est la transformation nécessaire mais délicate du style dans lequel ils évoluaient depuis plus de cinq ans. Dans ce cas-là, le constat est sans appel : avec un EP comme MB I I I, les loups de Moodie Black viennent de prouver un niveau de maîtrise capable de les faire sortir de la catégorie des artistes de genre pour les faire rentrer dans celle des artistes à suivre sans concession.