Man Of The Woods

Justin Timberlake

RCA  |  2018
3 / 10
par Ruben  |  le 9 mars 2018

Le concert de Justin Timberlake à la mi-temps du 52ème Super Bowl ne restera pas dans les annales - contrairement à sa prestation de 2004 et son fameux nipplegate. Trop académique et sans grande originalité, sa prestation aura au moins servi de rampe de lancement à son cinquième album studio, Man Of The Woods, sorti la veille. En 2018, cinq longues années après la série des 20/20 Experience, les attentes sont forcément immenses, les enjeux commerciaux énormes – une tournée mondiale est annoncée dans la foulée – et, de ce fait, l’ensemble des projecteurs médiatiques sont braqués sur le natif du Tennessee. Bref, tous les éléments sont réunis pour que Man Of The Woods soit un des albums phares de 2018 et que la fête soit totale. Seul souci: Justin Timberlake a oublié de faire un bon disque.

Premier choc, l’alchimie avec Pharrell Williams et Timbaland est rouillée – on pense directement au poussif « Supplies » et son insupportable refrain – et les deux fidèles compères, qui ont pourtant pour habitude de sortir JT de la panade, ne parviennent jamais à sauver le disque du naufrage. Deuxième choc, on constate que les quelques rayons de lumières présents sur l’album sont en réalité des éléments recyclés – le sympathique « Midnight Summer Jam » renvoie à l’époque de Justified tandis que le single « Filthy » rappelle bien évidemment la période Future Sex/Love Sound. Le constat est encore plus alarmant quand on se rend compte que ces titres sont les deux seuls éléments présentables: en effet, le disque va très rapidement plonger dans un horrible tourbillon où des influences country, pop, r&b et alt rock vont étrangement s'entrechoquer; un maëlstrom qui manque tellement de punch et de crédibilité que l’on se demande un instant si Justin n’a pas maladroitement enregistré les berceuses pour son fils, Silas. Plus sérieusement, que cherche-t-il à nous prouver avec des pistes comme « Livin Off The Land », « The Hard Stuff » ou encore le mollasson « Flannel » ? Un mois après la sortie du disque, la question est toujours en suspens. Précédemment, on pouvait bien évidemment cracher sur l’approche grand public de son méga-hit « Can’t Stop The Feeling » mais au moins le côté pop coloré était totalement assumé ; ici, on nage dans un univers fade, dépressif et surtout terriblement ennuyeux - particulièrement flagrant sur la deuxième partie du disque où Justin semble s'éteindre un peu plus à chaque piste. Ni Alicia Keys, ni Chris Stapleton - les deux seuls invités du disque - ne parviendront à injecter de la joie de vivre à une tracklist finalement élégiaque au possible.

En 2014, dans le clip de « TKO », Justin Timberlake est attaché et traîné de force derrière un 4x4 qui fonce droit vers un ravin. L’écoute intégrale de Man Of The Woods nous a donné exactement la même impression: celle du crash inévitable d’une superstar mondiale en perdition qui cherche maladroitement à insuffler un renouveau dans sa discographie mais se plante sur toute la ligne.

Le goût des autres :