Les Valcheuzes

Klub Sandwich

Digital  |  2011
6 / 10
par Aurélien  |  le 25 juillet 2011

Trois mois seulement après le rap dubstep de Pour Ma Paire De Jordan, voilà que l'on a déjà des nouvelles de Grems... Et pas des plus mauvaises, car le graffeur fou/MC au flow TGV s'allie le temps d'un mini-LP de neuf titres avec une sacrée bande de cerveaux malades : ce bon vieux Disiz en renfort vocal d'abord, les excellents Son Of Kick et Simbad à la production ensuite. Le résultat ? A la hauteur du casting: un festival de textes délurés, des prods plus buggées que Windows 7, et le sentiment d'un gros WTF de 35 minutes. Anatomie d'un hallucinogène sonore.

Les Valcheuses fleure bon le cadavre exquis rappé à quatre heures du mat', entre deux pétards, sur un beat deep façon Kerri Chandler ou Moodymann : on n'y comprend pas toujours grand chose, la réalité sera brutale quelques heures plus tard, mais l'instant présent se révèle délicieusement euphorique à l'image de « Valcheux », sorte de freestyle où les deux MCs se donnent mutuellement la réplique avec enthousiasme pour démonter le physique chevalin d'une jeune Anglaise. Ils ne manquent pas d'ailleurs de montrer dès cette savoureuse introduction à quel point leurs deux styles se complètent à merveille, les punchlines de Disiz se révélant d'ailleurs très à l'aise sur des beats garage baisés à la codéine; tandis que Grems reste Grems, à savoir un MC monstrueux au flow plus mathématique qu'un saignement menstruel.

Il faut toutefois reconnaître que le quatuor tarde à nous montrer ce qu'il a réellement dans le ventre  : parfois lourdaud (« Parigi » et son portrait à l'acide du Parisien par un Grems qu'on a connu plus inspiré) voire même carrément strident (« Casse Ta Bouche » où Disiz se complaît dans un rap bourrin indigne de son talent) ce Klub Sandwich manque profondément de funky et d'halluciné dans une première partie d'album que même le génial « Flow au dessus d'un nid de coucou » peine à relever. Problème de décalage horaire entre les MCs Français et leurs producteurs anglais ?

Qu'importe : une fois les pendules remises à l'heure, on s'attaque à ce qui ressemble aux quatre titres les plus dingues des quatre bonshommes, toutes discographies confondues. S'enfonçant un peu plus dans leurs délires, les membres du Klub font revivre la moiteur des clubs de Chicago et réssuscitent la deep house d'antan le temps de quelques lignes dédiées aux deepers, espèce particulièrement convoitée par le Grems. Les quatre hommes trouvent chacun leur mot à dire et donnent le sentiment d'une récréation hip hop particulièrement rafraîchissante, sur un dancefloor royalement fumé. Le quatuor va même se permettre de ramener à la vie un cadavre exquis particulièrement odorant le temps de cinq minutes sur un « Joli Village » qui n'est pas sans rappeler les puzzles vocaux de Modeselektor. Enfin, cerise sur le gâteau, « Le soleil se lève sur la Californie » laisse tomber les BPM survoltés le temps d'une envolée sensuelle à la Floating Points où les textes de Disiz et Grems flirtent avec la poésie. Quelle meilleure conclusion d'album que cette magnifique envolée de synthés qui n'est pas sans rappeller les meilleures pistes de Carl Craig ?

Mais voilà: Les Valcheuses frustre. Un faux départ sur un LP de seulement neuf titres, ça laisse toujours des traces. Pour autant, on aurait tort de passer à côté de cette nouvelle livraison plus enfumée qu'un coffee shop néerlandais. Non seulement parce qu'elle confirme une fois de plus que Grems sait parfaitement où il va, affinant à chaque nouvel essai l'unicité de son style et s'entourant toujours aussi bien de cerveaux malades en parfait accord avec le sien, mais aussi parce cette exceptionnelle deuxième partie d'album risque bien de faire la différence dans certains tops de fin d'année...

Le goût des autres :