L-event

Autechre

Warp  |  2013
8 / 10
par Simon  |  le 20 novembre 2013

On n’avait plus entendu un EP d’Autechre depuis maintenant trois albums (Oversteps, Move Of Ten et le récent Exai), et il faut dire qu’au regard de leur discographie cela nous avait manqué. Car derrière les longs formats, laboratoires par excellence de la démarche musicale d’Autechre, on retrouve enserrés dans une grosse dizaine d'EP's toute la richesse mélodique du duo, toute sa simplicité (relative) plus ou moins inspirées par les longs formats. « Gantz_Graf », « Garbagemx », « Laughing Quarter », « Flutter » ou « Vletrmx » : tant d’exemples clairs de grands titres pris pour ce qu’ils sont, loin d’une dynamique globale – le format s’y prêtant naturellement. L-event est en ceci une double rupture car Autechre brise un cycle de trois disques marqués par une accessibilité déroutante pour revenir sur des sentiers chelous, où l’abstract reprend tout son sens. Si certains avaient pu se sentir floués d’être aussi peu en phase avec le musique du duo depuis trois albums, qu'ils se réjouissent: on est bien dans du gros mindfuck digital ici.

On retrouve en effet une musique extrêmement sculpturale, la puissance physique d’une tronçonneuse qui trace des chemins avec la précision du scalpel. On retrouve beaucoup d’insistance, d’abnégation dans les non-sens rythmiques, dans les projections musicales. Autechre redevient une musique propulsée sur rétroprojecteur, forte de ses chocs et de ses refus, qui s’imagine en négatif, qui ne s’offre jamais à la légère. Et pour être honnête, L-event fait ressurgir l’un des traits les plus oubliés de la discographie du duo (comprenez les trois derniers albums): sa capacité à créer de la masse, des cathédrales de glace, de la physique pure. Le résultat est clair, cela faisait cinq ans qu’on n’avait plus entendu des titres de la trempe de « newbound » ou « Osla for n ». Il aura fallu vingt-six minutes et quatre secondes pour qu’Autechre rassure définitivement sur son état de forme. Une histoire chargée de dizaines de changements de cap et d’allers-retours, et un duo dont le talent ne semble jamais s’étioler, et qui paraît encore aussi affûté aujourd’hui. Que les amateurs du Gantz_Graf EP, de Confield ou de Untilted s’apprêtent à avoir une matraque dans le slip.