Into The Great Wide Yonder

Trentemøller

In My Room  |  2010
3 / 10
par Julien  |  le 10 juillet 2010

La carrière de Trentemøller ressemble de plus en plus à une fuite. Il ne faut pas oublier par où il a débuté, cela n'a rien d'une anecdote: la deep-house pour établissements lounge et les immondes tubes big room ("Rykketid", "Physical Fraction", "Polar Shift"). Trentemøller a eu beaucoup de succès à cette époque-là, la première moitié des années 2000, et The Last Resort ne s'est pas posé comme une fleur : Steve Bug avait bien senti chez lui un artiste sensible et mal à l'aise dans son costume. Mal à l'aise, car cela sautait aux yeux que le Danois n'avait rien d'une star de clubs généralistes, et qu'il était un noctambule plus mélancolique qu'hyper-enthousiaste. The Last Resort, sorti en 2006, a été le dévoilement soudain de cette vraie nature. Album majeur des années 2000 par sa richesse, son hypnotisme et son accessibilité, celui-ci a convaincu tout son monde : jamais le dub-techno n'avait été aussi populaire, jamais des préoccupations minimales n'avaient sonné aussi faciles à digérer. La raison à cela : un amour total de la transmission par la mélodie et une culture plurielle qui étoffait sans polluer. The Last Resort, titre annonciateur, devait être la dernière étape d'un mouvement d'ouverture, cela devait être la révélation d'une identité enfin exprimée. Seulement Trentemøller ne s'en est pas arrêté là, et quatre ans plus tard il est encore en train de se chercher.

Depuis 2006, Trentemøller ne cesse en effet d'affirmer en interview, dans ses mixes et maintenant dans son nouvel album qu'il aime autre chose que la musique électronique, que son vrai terrain serait plutôt du côté de la pop ou du rock. Homme de goût, il a su appâter par des références aguicheuses : Mazzy Star, Portishead, Suicide ou Radiohead. Mais au final, en écoutant Into The Great Wide Yonder, et malgré des qualités de production incroyables, nous sommes obligés de rester perplexes. Qu'est-ce qu'il nous dit en effet que Trentemøller est plus à sa place dans ce nouveau registre que dans ses vieux hits electro-house ? Pour être très honnêtes, on ne voit pas très bien où il veut en venir aujourd'hui : il mélange tout, n'importe quoi et surtout n'importe comment. Au lieu de se nourrir les unes les autres, ses influences ne cessent de s'annuler. Rythmes technoïdes brisés par des cassures pop, saturations post-rock invalidées par des explorations IDM, guitares western improbables, chant trip-hop ayant dix ans de retard, Into The Great Wide Yonder est un disque bazardeux où aucun cap n'est tenu et aucune ligne affirmée. Moins onirique qu'un vrai disque dream pop, moins, aussi, qu'un pur disque électronique, sans le courage d'être radicalement expérimental, cet album ennuie et agace, agace parce que c'est trop de talent gâché, agace également qu'il y a de la naïveté et de la suffisance à croire qu'on peut faire un bel album comme une soupe de restes. Summum du raté, "Silver Surfer Ghost Rider Go", pathétique évocation de Pulp Fiction qu'on préfère vite oublier pour ne pas en rire.

Il est en fait difficile pour nous de conclure sur Into The Great Wide Yonder sans être trop désobligeant. Traversé par de très beaux moments et fait de sonorités passionnantes, il reste en revanche une déception maximale où Trentemøller fait surtout l'effet d'un petit malin juvénile, paumé et prétentieux. C'est franchement triste.