Honest Cowboy

Stalley

Maybach Music Group  |  2013
8 / 10
par Aurélien  |  le 11 septembre 2013

Ce qui manque à la discographie de Stalley, ce ne sont pas les ogives: c’est plutôt un bunker où les stocker. Auteur de deux mixtapes remarquées, le MC à barbe n’a en effet jamais réussi à nous tenir en haleine le long d’un album cohérent. Il faut dire qu’il a hérité de son parrain Rick Ross cette tendance à être tiraillé entre l’envie de faire le bon élève et celle de bousculer les foules. C’est pourtant bien sur son troisième effort, Honest Cowboy, que le natif de l’Ohio cristallise toutes ses promesses d’avenir. Une plaque qui se veut ouvertement sudiste, mais suffisamment audacieuse pour nous faire sourire et montrer toutes nos dents dorées.

Et dès l’entame co-produite par l’infatigable DJ Quik, on comprend vite à quoi on a affaire: Honest Cowboy, à l’instar du SAAAB Stories d’Action Bronson et Harry Fraud, s’adresse à toi l’enfant des 90’s qui regrette que le rap ait dévié en une odyssée arty. On se trouve face à une tape qui veut ouvertement faire du neuf avec du vieux,  sans pour autant sombrer dans un classicisme boom-bap daté. On se voit dès lors servir quelques bangers pachydermiques comme Rozay nous en pond par palettes chaque année, quelques parties chopped & screwed bien senties ou même l'une ou l'autre rafale de 808 héritées de la trap music. Tout réside ici dans le plaisir de mélanger les symboles d’hier et les techniques de production d’aujourd’hui. Un choix qui se ressent tant dans la palette d’invités (de ce vieux briscard de Scarface à l’infatigable Schoolboy Q) que dans les choix artistiques en clin d’œil à l’âge d’or du dirty south.

Au beau milieu de tout cela, c’est à un Stalley tantôt lover, tantôt égotripant qu’il incombe de poser donner de la cohérence à ce projet certes périlleux, mais au final aussi équilibré qu’irrésistible. Car à l’arrivée, difficile de savoir où s’arrête le sample et où commence la composition, tant le natif de l’Ohio habille magnifiquement cette production de son timbre de voix aussi doux que ferme. C’est toutefois la nostalgie d’une autre ère qui nous fait complètement chavirer sur Honest Cowboy: on a le sentiment que le MC construit un autel à la gloire de DJ Screw et Pimp C, et que même avec tout ce côté rétrograde, jamais sa musique n’a semblé aussi actuelle et percutante.