Hollywood's Bleeding

Post Malone

Republic Records  |  2019
6 / 10
par Ruben  |  le 30 septembre 2019

En juin 2018, Post Malone se rend au Haunted Museum de Las Vegas et profite d’une visite privée en compagnie de son propriétaire Zak Bagans, connu outre-Atlantique pour ses enquêtes sur le paranormal. Au cours de celle-ci les deux hommes pénètrent dans une pièce censée contenir l’objet le plus hanté sur terre : une boîte à Dibbouk qui, selon la Kabbale, renfermerait un vieux démon corrompu. Une vidéo de surveillance montre Bagans et Malone s’approcher de l’objet, le toucher puis s’enfuir dans la panique. Suite à cette « altercation », « Ghost Malone » fut victime d’une série d’accidents invraisemblables : jet privé défaillant, accident de voiture, saccage d'une propriété qu'il venait de vendre. Post Malone serait-il maudit ? TMZ s’en est donné à cœur joie, mais fort heureusement, l’unique chose dont l’équilibre métaphysique ne semble absolument pas avoir été perturbé est son compte en banque puisque, avec 209 millions de streams en première semaine d’exploitation, Hollywood’s Bleeding est déjà un des plus gros succès de 2019.

En lever de rideau, le titre qui donne son nom à l'album, théâtral, tragique et somptueusement orchestré par Louis Bel, ouvre de fort belle manière les débats : Post Malone s’en prend aux « fakes bitches » qui gravitent autour de lui depuis qu’il a rencontré le succès planétaire ; justifiant accessoirement son récent déménagement dans l'Utah, loin de la frénésie toxique de la cité des Anges et des démons du Nevada. Malheureusement, cet arc narratif est loin d’être récurrent sur Hollywood’s Bleeding puisque dès la deuxième piste « St Tropez », on retombe dans l’univers fêtard et faussement euphorique que l’on connait trop bien depuis Stoney. Non pas qu’on s’attendait à ce que Post Malone nous écrive une satire d'une heure et demie sur les vices d’Hollywood, néanmoins l’approche aurait pu être exploitée davantage afin d’apporter une plus-value appréciable aux textes souvent faiblards et immatures du crooner texan.

Mais là où Post Malone est quasiment intouchable – et c’est d’ailleurs ce qui va sauver son disque – c’est dans sa science des refrains ; le gars a la capacité d’usiner des hooks mélodiquement irréprochables qui propulsent des titres comme « Die With Me » ou « Take What You Want » vers les sommets. Et quand on sait que le plus gros single de 2019 est un crossover grotesque entre les univers de Lil Nas X et Billy Ray Cyrus, il ne fait aucun doute que la collaboration entre Ozzy Osbourne, Travis Scott et Posty va affoler les compteurs ces prochains mois.

Pris individuellement, les singles de Hollywood’s Bleeding permettront à son interprète de saturer les ondes et les playlists Spotify ces prochains mois, mais considéré dans son ensemble, le disque manque cruellement de cohésion. Tout d’abord, il y a la présence totalement futile de « Sunflower » et « Wow. », deux bangers sortis il y a des mois et dont la hype est déjà bien essoufflée. Ensuite, mises à part quelques prises de risques franchement dispensables – on pense au calamiteux « Allergic » – force est de constater que ce troisième album studio ne se démarque pas vraiment de ses prédécesseurs, Stoney et Beerbongs & Bentley's.

Comme d'habitude, le succès de ce nouveau projet repose uniquement sur la clémence des algorithmes, ce qui fait d’Hollywood’s Bleeding un disque réussi, mais aussi terriblement inoffensif. On aurait aimé en voir plus, on aurait aimé être davantage surpris, baladé entre les différents genres musicaux que Post Malone maitrise à merveille, on aurait aimé éviter ces singles pour ados prépubères alcoolisés, on aurait aimé que l’autoproclamée rockstar laisse éclater sa colère, ses frustrations ou sa joie de vivre de façon plus agressive, on aurait aimé qu’il fasse sortir le démon qui sommeille en lui, quitte à retourner à Las Vegas pour se faire exorciser.

Le goût des autres :