Hell Can Wait

Vince Staples

Def Jam  |  2014
8 / 10
par Jeff  |  le 5 novembre 2014

On a tous entendu parler de l’histoire du cinquième Beatle. Un certain Pete Best, batteur des Fab Four pendant deux ans avant d'être remplacé par Ringo Starr et sa tronche de cake, au moment où le groupe signait avec Parlophone. Un type qui a dû pas mal gamberger depuis pour un destin qui ne fait pas vraiment rêver. Vince Staples aurait pu être le Pete Best de sa génération. En effet, à ses débuts, il passait pas mal de temps avec les membres d’un crew qui allait vite exploser à la tronche du globe mais qu'il n'a pas intégré, Odd Future. Il a ainsi partagé la piaule de Syd Tha Kid, dj de cette joyeuse bande et aujourd’hui reconvertie en chanteuse soul dans The Internet.

Forcément, vu l’exposition démentielle dont la clique OFWKTA a par la suite bénéficié, cette situation aurait pu pas mal plomber le moral d’un emcee remettant forcément en question ses choix de carrière. Pourtant, ceux-ci auront été judicieux, notamment en s’associant par la suite à Mac Miller, qui a produit l’une de ses tapes sous son alias Larry Fishermança a donné ce genre de bijoux. Et puis il n’en veut pas à Tyler The Creator et ses potes de l’avoir laissé au bord de la route, puisqu’on l’a croisé sur l’album de Earl Sweatshirt en compagnie de Casey Veggies, qui lui aussi aurait pu postuler au poste de cinquième Beatle, puisqu’il était carrément un membre fondateur du crew Odd Future.

Bref, c’est avec quelques mixtapes sous le bras et un passé déjà bien chargé que Vince Staples passe cette année à la vitesse supérieure. Alors qu’on l’a croisé il y a quelques mois sur le magnifique « Kingdom » de Common (vous pouvez zapper le reste du disque par contre), le voilà qu’il débarque avec son premier véritable disque de studio pour la major Def Jam. Un EP de sept titres en prélude à l’album histoire de voir si ce kid de 21 ans seulement a les épaules assez solides pour confronter au grand public un univers qu’on rapprochera par moments d’un certain Kendrick Lamar, notamment dans cette volonté de dépeindre avec recul et intelligence l’âpreté de la vie dans les cités américaines, entre décrochage scolaire, violence, drogues et pauvreté.

Désormais signé sur le plus gros label de hip hop du globe, Vince Staples a pu s’entourer d’une team de mecs sachant y mettre les formes, comme l’éminence grise Anthony Kilhoffer (son CV est démentiel) et les plus connus DJ Infamous ou No I.D. Cette science du studio conjuguée au talent pur de Vince Staples accouche d’un album commercial sans être pupute, sérieux sans être moralisateur, lourd sans être lourdaud. Il y en aura sûrement pour reprocher une approche un peu trop polie à son art, une recherche un peu trop exacerbée du son qui tue, mais on leur rétorquera que si toutes les grosses sorties hip hop pouvaient être aussi abouties, tant dans la réalisation que dans le propos, tout le monde s’en porterait probablement mieux.