Faith

Pop Smoke

Victor Victor  |  2021
5 / 10
par Ruben  |  le 20 juillet 2021

« C'est avec une pointe de tristesse que l'on doit se résoudre à se dire que ce sera la première et dernière chronique que l'on écrira au sujet de Pop Smoke » se désolait-on l’année passée, quelques semaines après les terribles évènements qui coutèrent la vie à Bashar Jackson, alors âgé de 20 ans seulement. Fauché en pleine ascension, celui qui était pressenti pour reprendre le flambeau du rap new-yorkais s'est éteint brutalement le 20 février 2020 à la suite d’un cambriolage violent dans sa villa hollywoodienne. La carrière de Pop Smoke paraissait alors se terminer aussi brusquement qu’elle n’avait commencé ; mais ça, c’était sans compter sur la cupidité de son label qui, à peine 16 mois après sa disparition, publie déjà son deuxième album posthume.

La courte et intense carrière de Pop Smoke aura réellement marqué les esprits et, en guise d’hommage, la quasi-totalité du rap américain est venue poser un couplet sur Faith - avec plus ou moins de réussite néanmoins. En effet, alors que Kodak Black, 21 Savage et l’inconnu Rah Swish délivrent des performances solides et forment un gruppetto de qualité, ce n’est pas forcément la même chanson pour le reste du peloton. On découvre ainsi un Kanye West agonisant tel Rigoberto Uran dans la montée de Luz Ardiden, et qui se limite à quelques gémissements sur l’intro de « Tell The Vision ». Il faut aussi noter la prestation indigente de Pharrell Williams, aussi soporifique qu’un commentaire de Franck Ferrand, ainsi que l'alchimie bancale avec Kid Cudi, très loin de remporter le prix du combattif du jour. Mais le moment le plus gênant du disque sera atteint sur « Demeanor », un titre pop grand public en compagnie de l’incontournable Dua Lipa, qui caractérise parfaitement le manque de cohérence et d'ambition du projet - c'est plus inoffensif qu'une attaque de Pierre Rolland. D'ailleurs, mais c'est une constante dans le rap américain, on rappelle qu’il faudra faire un sérieux effort de tri parmi les vingt titres d’un album long comme une étape de plaine.

Instinctivement, on se recentre alors sur les quelques moments de bravoure qui ont le mérite de remonter le niveau un court instant. Il faut citer « More Time », « Woo Baby Interlude » - qui aurait clairement pu être son XXL Freshmen Cypher - et surtout « Coupe », plus irrésistible qu'une accélération de Tadej Pogacar dans l'ascension du col de Romme. Pour autant, ces moments se font trop rares, et on a surtout la désagréable sensation que les (très) nombreux invités sont là pour combler le manque de matériel à exploiter. En effet, Faith étant le deuxième album posthume de Pop Smoke, son label doit sérieusement commencer à dépoussiérer les fonds de tiroir pour dénicher de nouveaux enregistrements du MC défunt. Pour contrer ce problème, on nous balance alors une poignée de pistes précédemment sorties, comme « Top Shotta » ou « Bout A Million », qui bénéficient seulement d'une injection d'EPO sous la forme d'un remix bancal, ayant pour seul résultat de leur ôter leur saveur originale. 

Faire perdurer l’héritage d’un MC destiné à devenir l’un des plus grands de sa génération est une entreprise honorable. Néanmoins, la direction artistique de ce nouvel album nous éloigne irrémédiablement des racines drill et trap de Pop Smoke, et le souvenir des tubes « Dior » ou « Welcome To The Party » semble aujourd'hui plus lointain qu'un sprinteur dans une arrivée au sommet. À notre grand dam, l’obscurité des beats, ce timbre de voix démoniaque et cette ambiance lugubre qu’on retrouvait sur ses premiers projets - et qui nous avait séduit d’entrée de jeu - disparait totalement pour laisser place à une atmosphère plus légère et festive, que l’on retrouvait déjà sur Shoot For The Stars, Aim For The Moon. Ainsi, rien sur Faith n’impressionne réellement, et, fort malheureusement, la grotesque avidité financière du label Victor Victor prédomine sur le sentiment de nostalgie qu'aurait dû provoquer la sortie de cet album posthume.