Endless Revisions

Chloé

Lumière Noire  |  2017
8 / 10
par Yann  |  le 23 octobre 2017

Depuis 20 ans, Chloé contribue à faire avancer la scène électronique française, et le fait dans une certaine discrétion et à un rythme pas vraiment en phase avec une époque hyperactive. D'ailleurs, son précédent long format, l'excellent One In Another, date de 2010. Pourtant, comme la productrice nous l'expliquait cet été, elle n'a pas vraiment chômé. C'est même la multiplication des projets parallèles qui l'a empêché de s'y atteler plus tôt. Tant mieux.

Vous l'aurez compris: on est content de retrouver Chloé en forme pour ce troisième LP qui mélange habilement différentes tendances de la musique électronique: la base techno est encore présente, mais s'est estompée. Par contre, on y découvre une artiste qui s'amuse et expérimente: avec la pop bien sûr, avec l'electronica un peu plus pointue à d'autres moments. Une artiste qui prend pas mal de risques, aussi. Mais ce qu'on retient de l'ensemble, c'est une classe naturelle, un album qui s'écoute à tous les volumes et dans de nombreux contextes. Serait-ce que c'est ce qu'on appelle un peu pompeusement l'album "de la maturité"?

Bon, à un niveau très personnel, je dois avouer que le disque partait avec un capital sympathie assez élevé, Chloé ayant eu le bon goût d'inviter deux personnalités fortes. D'un côté, Ben Shemie, le leader de Suuns qui vient poser sa voix très identifiable (bien que passée au vocoder) sur "Recall", excellent titre qui fait office de trait d'union avec le précédent album de la Française. De l'autre, Alain Chamfort, loser flamboyant de la chanson française qui vient laisser trainer sa voix sur "Androgyne", morceau-charnière et sommet pop de l'album. A côté de ces deux invités de marques, Chloé a également collaboré avec l'IRCAM (l'Institut de Recherche de de Coordination Acoustique/Musique) pour mixer le morceau "The Dawn" en son binaural, qui vise à donner un rendu 360° à ce paysage sonore lancinant, plus proche d'une construction techno.

On le disait plus haut, donc: y'a de la pop, y'a de la classe, et y'a  de l'exploration. Et ça prend des risques aussi, même si ils ne paient pas toujours, ayons l'honnêteté de le dire. Si "Pendulum" s'attarde ainsi sur des éléments de musique concrète, il lui manque le contexte et l'ancrage pour faire vivre ces 3 minutes dans l'oreille des auditeurs. Quant à "Party Monster", il pousse peut-être un peu trop loin le bricolage et finit par ennuyer sur la longueur. Rien de grave, non. Juste la preuve que Chloé ne se repose pas sur ses lauriers, ne se contente pas de reproduire une formule confortable, mais préfère accoucher d'un album qui marque.

Une conclusion? Achetez cet album, simplement! Gardez-le en vinyle ou en CD. Parce qu'on sent derrière ce disque une musique à la fois complètement dans son époque, mais loin de la superficialité qu'un album "de saison" peut proposer. Endelss Revisions est de ces disques que l'on pourra ressortir dans 20 ans pour se rappeler à quoi ressemblait ce pan de la musique électronique, imperfections comprises. Et on le sait tous: des disques comme ceux-là, il n'y en a pas tant que cela.