Double Cup

DJ Rashad

Hyperdub  |  2013
7 / 10
par Aurélien  |  le 31 octobre 2013

Pour l'amour du footwork, Londres et Chicago sont comme cul et chemise. Voilà en effet trois ans que l'idylle perdure entre les deux mégalopoles: d'abord grâce au coup de pouce bienvenu de la structure de Mike Paradinas qui a contribué à sortir le style de ses hangars de l'Illinois (et à ce titre, on vous a déjà hurlé tout l'amour qu'on porte à la série des Bangs & Works parus sur Planet Mu); ensuite grâce au père Kode9 qui dédiera au genre - et plus particulièrement à son gourou DJ Rashad - l'explosif bouquet final d'un Rinse:22 indispensable pour qui suivent les mutations house ou bass music. Une délicate attention que ledit gourou lui a rendu avec de sacrés intérêts, en livrant pour Hyperdub deux EPs imparables couronnés logiquement suivis de ce Double Cup, grosse palette d'uppercuts qui tient elle aussi toutes ses promesses. Et ce, malgré quelques bémols.

La première chose qui frappe à l'écoute de Double Cup, c'est que le passage au format album n'a en rien altéré la rage de Rashad Harden: pour peu qu'on adhère à la dictature rythmique cadencée par des 808 qui copulent avec des samples passés à tabac, on ne peut être qu'aux anges. Les autres, vous pouvez préparer la boîte d'aspros, car la quintessence de ce que le footwork à généré de plus nerveux se retrouve soigneusement aligné sur quatorze titres qui ne font pas dans la dentelle. Mais cette nervosité sait aussi montrer sa part de tube: quand ça ne mitraille pas du kick agressif, on apprécie de voir le producteur s'aventurer vers des territoires moins grondants et plus groovys - comme sur le clinquant "She A Go" par exemple. Ici, DJ Rashad donne de la respiration à une plaque qui prend un malin plaisir à faire plier la Chicago House et la scène jungle des 90's sous d'incontrôlables rafales de snares.

Cependant, le producteur de Chicago n'est jamais autant à l'aise que quand il joue avec ses samples jusqu'à ce qu'épilepsie s'en suive: si l'on apprécie de le voir sortir un peu de sa zone de confort en louchant sur des exercices radicalement rave ("Acid Bit" avec Addison Groove) ou influencés par la verve émo de Machinedrum ("Let U No"), force est de constater qu'il se montre moins efficace, et ce malgré la variété que ces incursions donnent à une plaque plus appréciable dans sa globalité que n'importe quelle compilation Teklife. Un grief qui n'en est donc pas vraiment un, mais qui témoigne de la difficulté qu'à l'album estampillé footwork à s'apprécier dans un fil de pistes dédié à une écoute domestique. Mieux vaut se concentrer donc sur les irrésistibles individualités qu'offrent les grooves flottants de cette épatante connexion Chicago / Londres.