Confections

Sébastien Tellier

Record Makers  |  2013
6 / 10
par Jeff  |  le 12 novembre 2013

Et si la plus grosse erreur de Sébastien Tellier avait été d’écrire « La ritournelle », cette fulgurance pop d’une rare beauté, magnifiée par le jeu de batterie toute en volupté de la légende Tony Allen ? C’est en tout cas ce que l’on se dit quand on écoute ce nouvel album du Français, qui a la lourde mission de faire suite au naufrage My God Is Blue. Visiblement conscient des dégâts occasionnés par cette blague de très mauvais goût, Tellier a soigné l’indigestion de Pépito Bleu par un lavage d’estomac carabiné et une cure de sobriété bienvenue: exit les lunettes noires pour cacher les excès de la veille, on se fait tirer le portrait par Jean-Baptiste Mondino et on en revient à ce que l’on sait faire le mieux, c’est-à-dire écrire des chansons. Mais des chansons qui semblent souvent être des variations sur le même thème, à savoir sur celui exploité avec maestria sur « La ritournelle » donc. D’où les problèmes que l’on peut avoir à appréhender le disque lors de premières écoutes forcément biaisées. D’où, également, l’avalanche de moqueries qui a accompagné la sortie du premier single, « L’amour naissant », seul titre chanté d’un album qui, s’il prolonge les douces rêveries esquissées sur « La ritournelle », est également une sorte de longue ode à l’amour, pensée comme la bande originale d’un film imaginaire qui emprunterait autant à Emmanuelle qu’à 2001, Odyssée de l’espace. Le sexe en apesanteur, ce n’est pas pour demain, mais cela semble turlupiner un Sébastien Tellier que l’on imagine bien client de ce genre de frivolités. Au bout du compte, si l’on enlève l’insupportable « Waltz », affreuse mélodie pour cirque glauque placée en milieu de disque, et si l’on fait abstraction du fait qu’un seul titre correspond aux habituels canons de la pop song moderne, l’amateur de belles mélodies, d’arrangements luxuriants et d’ambiances cotonneuses y trouvera son compte, retrouvant peut-être la foi dans un type qui a, à trop jouer avec les limites du mauvais goût, en a fini par oublier qu’il était un songwriter capables de choses exceptionnelles.