Black Sun

Kode9 & The Spaceape

Hyperdub  |  2011
7 / 10
par Simon  |  le 2 mai 2011

Si on s'attache à décrire l'histoire du dubstep selon le parcours de ses plus hauts généraux, alors oui, cette nouvelle plaque de Kode9 est un des grands évènements de l'année. Que ce soit pour son premier album – Memories Of The Future – et ses nombreux EP ou la création de l'omnipotent label Hyperdub, l'Anglais est un des points d'ancrage essentiels à la bonne compréhension du genre depuis 2004. Il est d'ailleurs l'un des principaux acteurs de la mutation du dubstep vers une globalisation bass music; là où le grime, le uk funky, la techno, la house, le chiptune, l'electronica et l'abstract hip-hop discutent d'égal à égal. Alors comment apprécier l'arrivée de ce Black Sun dans une époque où toutes les cartes ont été redistribuées? Les codes les plus orthodoxes ont été dissous, et là où le premier album avait la saveur d'une expérience avant-gardiste, son petit frère pourra-t-il être taxé d'autant d'esprit de conquête par les temps qui courent?

L'heure est à l'ouverture et Black Sun se devait donc d'arborer une couleur nouvelle. Bien moins brumeux et mental que Memories Of The Future, ce nouvel album possède néanmoins une gueule, un ton général et une humeur qui le rendent profondément intéressant. On pourra sûrement pointer une fois de plus la composition toujours aussi fine et ciselée du Kode9, véritable maître quand il s'agit de monter des structures minimalistes et pourtant très imagées. Mais ici, exit les tourments dépressifs du premier album, Black Sun regorge de claviers lumineux et bien souvent analogiques - un aspect post-moderne qui colle admirablement avec la réalité de son époque. L'urgence a laissé place à la pérennité, les révolutions d'hier sont le siège confortable des promesses d'aujourd'hui. Ce regain d'optimisme s'est peu à peu concrétisé dans des ouvertures insoupçonnées dont Kode9, accompagnée de son fidèle The Spaceape, forme aujourd'hui une synthèse de plus. Heureux de n'appartenir à aucune véritable école, l'Anglais s'assied sur ses cendres dubstep pour planter un nouveau drapeau, baliser encore un peu plus un terrain qui se définit désormais par l'infinité de ses désirs et de ses directions potentielles.

Ceci étant dit, il est difficile de dire si Black Sun connaîtra l'immortalité de son grand frère. Ce qui est par contre sûr c'est que Kode9 se pose à nouveau comme un référent de choix, peut-être plus essentiel encore aujourd'hui comme guide dans cette nouvelle jungle des orientations musicales. Si son singe de l'espace continue d'haranguer l'auditeur contre l'attentisme social, Kode9 a récupéré le verre cassé d'autrefois pour en faire un vitrail. Plus de lumière pour autant de conscience. Dans un genre où les producteurs courent après la modernité jusqu'à en devenir creux et caricaturés, Kode9 s'impose envers et contre tout comme un patron sur qui on peut compter.

Le goût des autres :

note : 77/10Thibaut