Avenger

Hecq

Hymen Records  |  2011
8 / 10
par Aurélien  |  le 7 octobre 2011

Le point commun entre Amon Tobin, Reso et Hecq? Une aisance évidente à pousser le dubstep dans ses retranchements les plus déconstruits et les plus spectaculaires, nous gavant au passage d'une musique en trois dimensions dont les détails nous restent assez souvent entre le tympan et le canal auditif. Pour deux de ces trois magiciens du son il ne nous reste toutefois cette année que des livraisons bien indignes de leur génie : soit trop expérimentales (l'Isam d'Amon Tobin), soit trop brutes pour nous laisser un goût de reviens-y (le virage drumstep assez quelconque des dernières sorties de Reso). Aussi, le retour de Hecq s'assimile à une opération de la dernière chance pour les fans du genre. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que l'Allemand nous a prend de court en nous envoyant avec Avenger un Fukushima sonique. Sortez les sacs de glaçons, la déculottée va être rude. Très rude.

Les règles de cette catégorie de dubstep, on les connaît : les rythmiques qui se stoppent brutalement pour revenir s'emballer progressivement, la claque de la basse surcompressée... Tous ces codes contribuent à forger une véritable science du drop prévisible qui, mal jaugé, donne des trucs assez immondes (pensez à l'album de Rusko sorti l'an dernier). Mais loin de nous l'idée de vouloir comparer Hecq à ce déchet gênant pour le genre, car même si Avenger flirte souvent avec le putassier (les cuts R'n'B étouffés du brise-nuque « Bane » ou le clavier house de « Nihilum »), ce n'est que pour mieux ajouter une bonne dose d'efficacité dancefloor au milieu de cette ambiance post-apocalyptique directement héritée des antécédents IDM de l'Allemand. Assez varié malgré un manque frappant de mélodie (à ce jeu là, Amon Tobin restera clairement le grand maître), Hecq joue la carte de la déconstruction sonore à plein gaz et cela fonctionne de façon magistrale: le caisson de basse se tort délicieusement de douleur sous l'impulsion d'un beat jamais constant et très violent.

Car c'est bien de violence dont on va parler sur Avenger : une violence métallique, froide et un brin contre-nature qui mettra vos esgourdes à rude épreuve. Mais chercher de la douceur ici revient à chercher une arrête dans un Filet O'Fish : il y a bien les introductions de « Bête Noire » ou « Reprise » pour nous laisser la vague sensation de survoler l'enfer en ULM, mais ça s'arrête là. La bâtisse de Hecq parvient pourtant a nous tenir en haleine d'un bout à l'autre du disque : parfaitement dosée avec son architecture tout en wobble-bass, en nappes célestes et en rythmiques tribales ou guerrières, la musique de l'Allemand compense un certain manque de richesse mélodique par un maîtrise parfaite d'un dubstep en forme de champ de bataille, riche en adrénaline et en testostérone.

Vous l'aurez sans doute compris, cette huitième livraison d'une ancienne figure de proue de l'IDM risque de remporter haut la main les suffrages d'un auditoire en mal d'envie de meurtres sonores. Et au risque de ne pas paraître crédible en vous disant ça des chaussons aux pieds et une tisane chaude dans le ventre, pas une écoute d'Avenger ne se passe chez nous sans que l’œil ne se gorge de sang. Âmes sensibles s'abstenir, donc.

Le goût des autres :