100% Publishing

Wiley

Big Dada  |  2011
7 / 10
par Jeff  |  le 26 août 2011

"Dizzee m'a tuer". Voilà le type d'inscription qui ne ferait pas tâche sur la pierre tombale du grime. Heureusement, le genre n'est pas mort, loin de là. Mais voilà, lorsque Dizzee Rascal a déboulé comme une furie à l'entame du siècle nouveau, on pouvait légitimement penser que le grime s'était trouvé un porte-drapeau crédible, un bon gars faisant la jonction entre underground féroce et mainstream de qualité. Grossière erreur. Passé Showtime, Dizzee Rascal s'est dit que l'underground refoulait grave du slibard et que ce serait quand même mieux de passer du bon temps avec Armand Van Helden ou Calvin Harris. Le virage vers le "tout-à-l'égout" opéré avec l'inélégance que l'on connaît, le grime pouvait repartir de la case départ et se trouver de nouvelles têtes de gondole. Ou pas. En effet, tout semble indiquer que le grime se délecte de son mode de vie autarcique et que la liberté artistique que lui confère l'underground est l'unique moyen de prospérer sainement.

Finalement, dans un tel contexte, Wiley fait figure de boss. Le pensionnaire du label Big Dada compte aujourd'hui parmi les MC les plus connus et célébrés de la galaxie grime, et le bonhomme gère sa carrière en bon père de famille, malgré une hyperactivité qui fait parfois peur. Pour ce qui est du contenu, disons que ce 100 % Publishing est aussi surprenant qu'un épisode de Derrick: entre le flow mitraillette de Wiley, l'énergie brute de tous les instants, les productions aux contours plus généreux que l'arrière-train de Beyoncé et taillées sur mesure pour des soundsystems surpuissants ou l'ambiance tout en noirceur qui renvoie des images de déréliction urbaine à chaque salve lyricale, le fan lambda de grime n'est certainement pas trompé sur la marchandise. Alors oui, s'il est parfois difficile de s'y retrouver dans une abondante production grime où le novice a du mal à séparer le bon grain de l'ivraie, on dira de ce 100 % Publishing qu'il ne peut s'apprécier en se décortiquant, qu'il se savoura dans sa globalité et l'impression générale de maîtrise totale du sujet qu'il dégage. Les spécialistes, ceux pour qui ces 20 classiques n'ont plus aucun secret, hurleront peut-être au scandale. En même temps, ils ne viennent pas ici pour y trouver leur compte. Quant aux autres, je pense que vous savez ce qu'il vous reste à faire…

Le goût des autres :

note : 55/10Laurent