Uproot

Dj/rupture

The Agriculture  |  2009
9 / 10
par Simon  |  le 19 janvier 2009

Il est de ces disques qui vous font regretter à eux seuls la distribution parfois tardive des disques en Europe. Uproot est définitivement de ceux-là. Beaucoup connaissent ici le talent incommensurable qui habite Dj/rupture et surtout ses accès visionnaires au moment d’enchaîner une nouvelle sélection mixée. Bien connu donc dans le milieu de la « bass music », Rupture est une véritable force de la nature, capable à lui seul de redonner un sens au terme mash-up. Car si Girl Talk ou Diplo sont également passés maîtres dans l’art d’enchaîner les croisements improbables, jamais la rencontre d’univers différents n’a été aussi productive et progressiste que sur ce Uproot d’anthologie.

Se présentant a priori comme un mix de dubstep classique, Uproot attache une attention particulière à l’incorporation de titres ambient, se permettant même des écarts vers les musiques traditionnelles arabes. Un certain regard qui se veut volontairement différent, et qui amène notre maître de maison à piocher dans un casting en marge de ce qui peut se proposer ces temps-ci. Il reste néanmoins les cadors, ceux dont on ne peut plus se passer pour accomplir toute sélection immersive qui se voudrait réussie : le jeune prodige Shackleton, le roi du dubstep IDM Scuba ou encore Clouds. Mais étrangement, Uproot efface toute idée même de tracklist, annihile la concurrence entre label en fondant les artistes les uns dans les autres pour obtenir au final un magma brûlant, une œuvre globale au service du dubstep, et plus largement au monde de la bass music (en témoigne le magnifique « Ignadjossi » de Ghislain Poirier).

Immersive donc que cette nouvelle sélection de Dj/rupture, pour sûr madame, et bien plus même. Jamais ancré pour plus de deux titres dans une optique ou l’autre, Uproot parvient à sauter d’une fenêtre ambient à des basses fréquences qui déflorent, sait rappeler le trip-hop de Massive Attack sans faire violence aux musiques traditionnelles qui parsèment le disque dans son entier. En réalité, la vérité est simple : un tel émoi est le résultat nécessaire d’une conscience sans précédent de la culture underground de la basse, une manière d’appréhender cette culture qui se colle sur des titres présents ici pour se compléter, comme les maillons forment sans plus d’explications une chaîne solide.

On pourrait dire beaucoup sur Uproot : qu’il est à ce jour l’une des meilleures sélections mixée de dubstep (exercice ma foi particulièrement difficile à maîtriser), qu’il est un modèle de croisements subversifs, qu’il possède une incroyable vocation à tirer tous les genres qu’il englobe vers le haut, mais cela ne suffira sûrement pas à expliquer le miracle qui se produit tout au long de ce disque. Un miracle conditionné par le talent indispensable de son géniteur, Dj/rupture, ou l’homme constamment insatisfait, qui aurait pu s’arrêter en chemin pour jouir d’une renommée bien méritée, mais qui aura finalement préféré explorer encore et encore les limites que présentent les genres entre eux, et surtout la manière de passer outre. Sans conteste un des grands albums de cette année 2008.