No Endowments

Scarcity Of Tanks

Textile Records  |  2009
4 / 10
par Romain  |  le 1 septembre 2009

Fondé en 2004 à Cleveland, Ohio et remodelé de nombreuses fois depuis, Scarcity Of Tanks est un collectif musical hybride gravitant autour de la personnalité torturée de Matthew Wascovitch. Regard vague et barbe kilométrique, l’homme a tout l’air d’un prophète allumé qui déblatère sur le monde et son inhospitalité. Un air qui ne trompe pas, puisque c’est précisément le matériel de base de chaque composition de No Endowments. D’aucuns parlent de manifeste nihiliste, d’autres de poésie engagée, il est certain que le caractère littéraire de SoT ne laisse pas indifférent l’auditeur averti.

A l’instar de Père Ubu ou de Rockets From The Tombs, qui sont autant de piliers du noise rock clevelandais, SoT distille un son brut et déchiré, atonal, arythmique et résolument expérimental. C’est sur un tapis sonore du genre que Wascovitch laisse libre cours à ses hurlements, souvent aléatoires. Un joyeux boxon donc, qui a du mal à accrocher l’oreille. Même un amateur de math-rock aura peine à trouver quelque structure consistante dans la masse de larsens et de cymbales. La forme du groupe, elle-même, est loin d’un tout organisé. En effet, Wascovitch s’entoure de qui bon lui semble, en majorité de rockeurs undergrounds issus de groupes associés (John Petkovic de Cobra Verde notamment) ou de légendes locales (Mike Watt ayant joué avec les Minutemen ou les Stooges, Scott Pickering de Prisonshake). Les uns et les autres s’invitent à l’occasion sur scène avec la troupe pour une soirée arrosée - ou plus si affinités. Chacun essaie d’apporter son petit caillou à l’édifice dans une sorte de happening musical spontané. Créer l’évènement, improviser un son brut et unique à chaque performance, c’est bien là le but que semble poursuivre Wascovitch.

Si on comprend la démarche, on a plus de mal à en saisir le sens sur CD. Les trente premières secondes de « Hedge Over Height » (qui en décourageraient plus d’un) sont comme une sorte d’avertissement au curieux raisonnable. Si celui-ci n’a pas vocation à tomber en transe dans les cinq minutes, il vaut mieux pour lui qu’il trouve du coton pour ses tympans, et vite. Car la suite n’est pas plus facile, loin de là.

On remballe le tout et on jette ? Pas tout à fait. Si No Endowments est peut-être trop arty pour que le commun des mortels y comprenne quelque chose, son live peut éventuellement valoir son pesant de cacahuètes. Qui sait ? Ils n’ont pas encore tourné dans nos contrées. Et puis, à Goûte mes disques, on n’aime pas jeter la pierre sur un bonhomme qui vit sa musique à 200%, même si on n’écouterait pas son CD sous la douche !

No Endowments, un album pour les puristes d’art-garage (ou d’avant garage comme disent les vrais, malgré tout ce que ce mot a de pompeux et élitiste) ou pour les passionnés de poésie en langue anglaise.