Mr. Machine

The Brandt Brauer Frick Ensemble

!K7  |  2011
note : 6
6 / 10
par Jeff  |  le 16 novembre 2011

Les détracteurs de la techno ont (trop) vite fait de claironner que cette musique est d’une froideur sans pareil, déshumanisée à l’extrême et souvent personnifiée par un mec au teint blême qui prend un peu trop de drogues et passe le plus clair de son temps prostré sur un Macbook. Si on ne peut pas complètement donner tort à ces pisse-froid de première, on peut évidemment leur rétorquer que l’on a ici affaire à des clichés aussi gros que ceux utilisés à l’encontre de ces crasseux barbus de folkeux. Tout cela pour dire que l’on conseille vivement à ces esprits chagrins de découvrir la techno de manière ludique, et certainement pas déshumanisée. Et, pour couronner le tout, faite par des gens qui ont l’air propre sur eux et manient les instruments classiques à la perfection. En effet, le Brandt Bauer Frick Ensemble, ce ne sont pas moins de dix musiciens dont la volonté affichée est de produire une « techno acoustique ».

Pour ceux qui débarquent, avant de se faire appeler « Ensemble », le groupe n’était composé que des producteurs techno Daniel Brandt et Jan Brauer, et de Paul Frick, un étudiant en musique moderne et classique à la Universität der Künste berlinoise. Repéré par le label !K7 en 2009, la fine équipe sort assez rapidement You Make Me Real, un album sur lequel il offre sa vision essentiellement acoustique de la musique électronique. Etonnement doublé de louanges à la clé. Visiblement convaincu du bien fondé de leur entreprise, les trois Allemands ont donc décidé de passer à la vitesse supérieure sur Mr. Machine, comme en témoigne cette bien belle vidéo parue il y a un an environ et qui donnait un petite idée de l’ampleur de la tâche qui attendait nos trois apprentis sorciers. L’album est aujourd’hui entre nos mains, et l’heure est au bilan.

En reprenant trois titres déjà présents sur leur premier album histoire de montrer l’évolution permise par cet agrandissement des effectifs, Daniel Brandt, Jan Brauer et Paul Frick affirment clairement leurs intentions : leur techno (qui lorgne souvent du côté de la house) se veut cérébrale mais accessible, centrée sur le beat mais n’oubliant pas les reliefs, cherchant ses kicks comme elle le peut et pensant surtout à ne pas sacrifier son efficacité sur l’autel d’un certain élitisme musical. Et quand nos trois Teutons mettent la machine en branle et jouent les chefs d’orchestre survoltés, le résultat est tout simplement irrésistible, à l’image du single « Pretend » et de son angoissante montée en puissance. Par contre, quand ils se la jouent jazzy, laidback ou downtempo, on sent poindre l’ennui un peu trop rapidement, comme si le moteur se bornait à ronronner alors qu’on le sait capable d’hurler.

Evidemment, confronté à un projet d’une telle originalité, il est assez facile de crier au génie. Nous opterons pour l’angle d’attaque inverse. La vision musicale façonnée par The Brandt Brauer Frick Ensemble récèle un tel potentiel qu’on est obliger de juger le travail des Allemands avec la plus grande sévérité. D’autant plus qu’ils nous montrent à divers endroits de leur Mr. Machine qu’ils ont les armes pour nous pondre un disque qui fera date dans l’histoire de la musique techno. Promis, on saura être patients.