Fallen Arches

Sunken Foal

Planet Mu  |  2008
8 / 10
par Simon  |  le 12 mars 2009

Planet Mu ayant pris l’habitude de marquer les esprits à l’aide d’une foisonnante série de sorties dubstep (iTAL tEK, Starkey, Distance, Neil Landstrumm), on en oublierait presque que le label anglais demeure un vivier d’artistes déviants plus strictement enfoncés dans l’electronica au sens le plus large. A ce titre, le premier album de Sunken Foal tombe à point nommé pour rappeler cette vérité trop oubliée. Fallen Arches marque les débuts méritants de Duncan Murphy qui, entouré d’amis jouant les collaborateurs d’un soir pour les enregistrements live, propose un mélange terriblement addictif entre une electronica de bon goût et une orchestration tout ce qu’il y a de plus acoustique.

Organisée au départ autour d’une poignée de cordes sèches et occasionnellement sublimée par un piano solitaire, le traitement électronique (qu’il soit classique ou extravagant) vient, sans se faire prier, se greffer de manière subtile à cette masse organique. Alors qu’on pourrait penser à première vue à un Fennesz de seconde main pour l’utilisation permanente de matériaux électroniques et organiques, on se rend bien vite compte que le propos est ailleurs avec l’arrivée de « A Bear In The Hermitage ». Car il ne fait nul doute que Duncan Murphy connaît ses classiques sur le bout des doigts. Premièrement, il y a du Autechre là-dessous, et plus précisément du Confield dans cette manière de détourner le son en des basses ronflantes et métalliques, venant se briser sur le sol, provoquant inlassablement des ondes de choc dont les échos s’empressent de décorer la pièce de leurs giclements irréguliers. Rajoutez à cela les tourments provoqués par Squarepusher chez Duncan Murphy, sans doute marqué par les grands élans IDM/jazz d’Ultravisitor dans sa façon de tirer le meilleur de ces quelques batteries typées jazz, circulaires et fuyantes tout en assurant au rythme une constance exemplaire bien qu’inattendue. Les cordes enfin, semble extirpées des plus belles trouvailles de son collègue de label Frog Pocket, passé maître dans l’art d’entretenir des cordes psychédéliques et divinement pures.

Mais à défaut de se comporter comme une simple compilation des talents précités, Sunken Foal trouve le moyen de faire parler une personnalité que l’on aime inspirée, notamment dans sa tendance à faire varier les températures ambiantes, d’alterner humeurs minimalistes et chatoiements orchestrés, d’insérer les voix d’outre-tombe meurtries par les vocodeurs ; le tout sur un sol battu par ces lourdes basses au lent bégaiement. Le plus admirable étant finalement le souci d’exhaustivité de Duncan Murphy, qui se refuse à emprunter automatiquement les raccourcis qui s’offraient à lui, proposant finalement un disque complet et sans faux-plafond, ce qui est assez rare dans les productions électroniques actuelles pour être souligné.

Idéalement taillé pour les amateurs de musiques un brin aventureuses autant que pour les amoureux des ambiances chaleureuses, Sunken Foal pose là un disque essentiel pour vos longues nuits de cet hiver éternel. Planet Mu vient incontestablement de dénicher un mélodiste aux talents certains dont on espère que Fallen Arches est le premier enfant d’une longue série. Inutile d’épiloguer, ce disque est une petite perle qui n’a pas fini de dévoiler ses charmes, alors foncez.