Rocketman et The Dirt, ou le gros début d'année des biopics musicaux

Rocketman et The Dirt, ou le gros début d'année des biopics musicaux

par Jeff  |   le 22-02-2019

En 2018, Bohemian Rapsody a créé un dangereux précédent : partir d'une histoire passionnante, bourrée d'anecdotes fascinantes, de recoins sombres, d'egos surdimensionnés, d'épisodes sulfureux et d'excès pour nous pondre à l'arrivée un film tout lyophilisé et bien chiant qui cache à peu près toutes les zones d'ombres entourant la vie de Freddie Mercury et la carrière de Queen.

En réalité, tout était dit dans le titre de cet article de Pitchfork: "Bohemian Rhapsody Is Basically Queen’s Wikipedia Entry as a Biopic". Pourtant, malgré des critiques globalement peu emballantes, les chiffres ont parlé : le biopic sur le groupe anglais a généré 850 millions de dollars au box office, pour un budget initial d'à peine 50 millions. En d'autres termes, il n'est pas bien problématique de présenter un artiste tel qu'il n'a pas été vraiment, tant que le fric rentre dans les caisses et que les ayants-droits ne gueulent pas.

On espère réellement que Bohemian Rapsody ne marquera pas un avant et un après dans les biopics musicaux produits par les grands studios, car la matière ne manque pas. Surtout que cette année, deux films sont particulièrement attendus, et bénéficient depuis peu d'une bande-annonce.

Le premier, c'est The Dirt, le biopic consacré à Mötley Crue. Oui, ce groupe de chevelus surcokés qui étaient au rock des années 80 ce que Tekashi 69 est au rap en 2019 : un putain de phénomène et un nid à emmerdes. Leur histoire, elle a été racontée dans un bouquin absolument incroyable qui donne son nom au film. Sur quelques centaines de pages, ça parle exclusivement de cul, de dope et de rock'n'roll, mais ces élucubrations étant contées par des mecs ayant des melons cristianoronaldesques, la lecture est jouissive si elle se fait avec tout le second degré que sous-entend une telle entreprise.

Bref, on espère vraiment que l'adaptation du livre pour Netflix sera à la hauteur d'un bouquin qui, précision importante, ne nécessite pas de connaître la carrière du groupe pour se manger une épaisse tranche de rire. En tout cas, niveau réalisation, le géant du streaming a confié le projet à un type qui, niveau excès et couillonnades, n'a de leçon à recevoir de personne. En effet, c'est Jeff Tremaine qui sera derrière la caméra. Et Jeff Tremaine, c'est le gars qui a créé Jackass avec Johnny Knoxville et Spike Jonze, et qui récemment à mis en boîte les épisodes de Loiter Squad, le programme de Tyler The Creator pour Adult Swim. Niveau casting par contre, à l'exception d'Iwan Rehon aka ce gros enculé de Ramsay Bolton et d'un Machine Gun Kelly méconnaissable en Tommy Lee, c'est plutôt la foire aux seconds couteaux et aux parfaits inconnus. N'empêche, vu la qualité de la matière première, on est curieux. Réponse le 22 mars.

L'autre biopic, il s'intitule Rocketman et il reviendra sur la vie et la carrière de Sir Elton John. Un type à l'existence bien rangée et aux bonnes fréquentations, mais à qui l'ont doit quand même cette phrase qui résume bien le bonhomme et justifie à elle seule la gueule de sa garde-robe à l'époque : "Sometimes when I’m flying over the Alps I think, 'that’s like all the cocaine I sniffed.'" Là aussi, le vrai défi sera de raconter une vie riche en excès dans un film qui n'aura pas la tronche d'un bidon de Javel.

Et là où on peut penser que The Dirt pourrait y arriver, on a nos doutes sur Rocketman : alors certes, le casting envoie un peu plus de rêve puisque c'est l'étoile montante du Hollywood qui brasse des milliards qui enfilera le costume, les grandes lunettes et les paillettes, Taron Egerton. Ceux qui ont vu la série des Kingsmen ne douteront pas de son talent au service de l'entertainement de qualité, mais la vraie crainte réside dans le choix du réalisateur : un certain Dexter Fletcher, qui a remplacé Bryan Singer sur la fin du tournage de Bohemian Rapsody quand celui-ci s'est fait dégager pour des comportements pas très Charlie.

On a envie de croire que l'Anglais aura un peu de liberté, mais ça sent le produit fini qui ressemblera davantage à une hagiographie qu'à un film qui revient avec honnêteté sur une carrière incroyable pour plein de bonnes et de mauvaises raisons.