Même plus besoin de sortir des disques pour certains labels

Même plus besoin de sortir des disques pour certains labels

par Côme  |   le 03-09-2019

Combien peut bien brasser un label ? Fort peu si l’on en croit les petites structures indépendantes que l’on côtoie à longueur de journée, qui subissent notamment les délais liés au pressage sur vinyle ou encore les conditions de rémunération toujours plus scandaleuses de Spotify et consorts. Et pourtant, quand on monte d’un cran, certains s’en sortent étonnamment bien. Comme le rapporte Music Business Worldwide, le mastodonte indé XL Recordings a fait 48 millions de £ de chiffre d’affaires en 2018, et un résultat opérationnel de 10 millions.

Rien d’étonnant me direz-vous vu ce que le label représente mondialement. Là où cela devient franchement plus intéressant, c’est quand on regarde le nombre de disques qu’a sorti XL en 2018 : 6 malheureux disques. Evidemment, ce n’est pas le Heaven and Earth de Kamasi Washington qui va ramener 8 millions de dollars dans les caisses de l’entreprise britannique, mais bien plutôt son colossal back catalogue. Si XL ne va pas jusqu’à nous donner le détail, on se doute bien que les disques d’Adele, évidemment encore énormément streamés aujourd’hui, assurent à l’entreprise un généreux matelas qui permet de ne pas trop craindre l’avenir. Rajoutez Radiohead, The White Stripes (l'album qui contient "Seven Nation Army" est sorti chez eux), The Prodigy, ou encore Boy in Da Corner de Dizzee Rascal, et vous avez une génération annuelle de cash assez fantastique.

C’est également ce dont parle le Financial Times, quotidien économique de référence, en abordant le cas de Universal Music Group (UMG). Pour ceux qui ne savaient pas, sa maison mère Vivendi serait apparemment intéressée par la vente de jusqu’à 50% d’UMG, et a donc fait le tour du marché des banques d’affaires pour obtenir des estimations de prix. A l’arrivée, des valorisations stratosphériques, dues certes à la volonté des banques d’être choisies pour conseiller l’opération, mais aussi en raison des résultats financiers purs de UMG. UMG opère en effet dans une industrie qui progressait cette année de 7.9%, avec 162% (!) de cette croissance due au streaming, et l’entreprise réalise elle 10% de croissance, croissant plus vite que son marché. Séduisant pour n’importe quel possible investisseur, à condition que cette croissance soit pérenne. Et au-delà de la croissance, c’est à nouveau pour une importante partie le back catalogue d’UMG qui permet à l’entreprise de générer 6 milliards d’€ en 2018.

Le quotidien anglais mentionne en effet une analyse de BuzzAngle Music indiquant que les morceaux sortis il y a plus d’un an et demi (tout ce qui n’est pas une nouveauté donc) représentaient 62% de la consommation sur les plateformes de streaming. Certes, cela veut dire que les nouveaux morceaux représentent 38% des streams, mais cela indique également que les disques classiques (et UMG en a évidemment énormément, des Beatles à Queen en passant par Nirvana) sont assurés de générer chaque année une somme plus ou moins garantie, un peu comme une obligation d’état ou un Bowie Bond pour rester dans le domaine musical. Et c’est cette prodigieuse manne financière qu’UMG utilise pour continuer à rester dans la course à la tendance. Plus facile de financer 1.3 milliard de dépenses pour trouver de nouveaux artistes quand tes anciens disques font 1.7 milliard de profit.

Bref pour les happy few de l’industrie musicale, il est moins urgent de sortir des disques, du moins tant que des gens continueront à écouter Adele ou les Beatles. Pour les autres, il va falloir continuer à galérer et publier des albums. Vous avez cependant de la chance, on est au moins là pour les écouter.