Le marché du vinyle doit-il craindre une bulle spéculative ?

Le marché du vinyle doit-il craindre une bulle spéculative ?

par Émile  |   le 27-11-2018

Le vinyle a largement dépassé le stade du "cool again". Après des années 1980 et 1990 en chute libre pour les galettes qui avaient popularisé l'écoute domestique dans les années 1960 et 1970, les quinze dernières années ont été une époque de recrudescence démentielle pour le format. C'est bien simple, en dix ans, le nombre de vinyles vendus chaque année a été multiplié par 11. Du délire. En 2010, c'était plus de 100.000 vinyles vendus en France ; en 2014, presque 500.000 dans le seul Hexagone.

En cause, de multiples facteurs. Au-delà du phénomène de mode invoqué par beaucoup, on peut notamment penser à la transformation des modes de consommation musicale due à la numérisation intensive des dix dernières années, le vinyle devenant "l'autre façon" d'écouter de la musique, renouant plus profondément avec l'aspect physique qu'on avait pu perdre avec le mp3, puis le streaming.

Dans tous les cas, la seule certitude est l'importance du marché actuel. Comment se plaindre d'une économie musicale fructueuse ? Et bien en énonçant un fait simple : comme pour une société, qui dit croissance ne dit pas répartition, et qui dit capitalisation du vinyle ne dit pas démocratisation du vinyle. Non, ça ne ruisselle pas. C'est vrai pour les achats quotidiens, certains disques se vendant à plus de 30€, mais c'est surtout vrai pour les collectionneurs.

Le géant Discogs s'inquiète notamment de l'absence de régulation du marché et craint une bulle proche de certains milieux commerciaux de l'art contemporain. On peut résumer le problème ainsi : en devenant un objet de consommation quotidienne, le vinyle a vu son nombre de collectionneurs potentiels augmenter en flèche. En faisant la moyenne des prix des 30 vinyles les plus chers sur Discogs, on constate une augmentation démentielle, passant de 2.000 € en moyenne en 2010 à plus de 12.000 € pour la fin de l'année 2018. Certains disques ont atteint des records, comme l'édition canadienne du Black Album de Prince, parti pour près de 28. 000 € !

Ce ne sont donc plus simplement des collectionneurs fous prêts à dépenser plusieurs centaines d'euros dans la perle rare, ici on parle de purs investisseurs, qui ne vont faire qu'acheter cher pour revendre encore plus cher, et faire augmenter la partie élevée du marché, avec comme conséquence un accroissement des prix sur l'intégralité de celui-ci. 

Le risque est donc bien réel : une bulle spéculative (et l'explosion qui va généralement avec) est tout à fait possible. Avec une dégradation subite de la valeur moyenne du support, c'est tout un marché qui s'effondrerait et des centaines de milliers d'euros potentielles qui partiraient en fumée. Et même en attendant cela, qu'un engouement pour un format musical nourrisse un marché de luxe, ça nous fait bien chier.