Couleur Café 2018: cinq choix moins évidents pour ne rien regretter

Couleur Café 2018: cinq choix moins évidents pour ne rien regretter

par Jeff  |   le 19-06-2018

Couleur Café, c'est déjà la semaine prochaine (du 29/06 au 01/07), et c'est désormais dans le parc de l'Atomium depuis que le site de Tours et Taxis est en proie à une gentrification qui se propage plus vite qu'une MST dans une backroom du Berghain.

Avec pour têtes d'affiche Damso, Leon BridgesGeorge Clinton, IbeyiThe UnderachieversAngèle, Amadou et MariamYoung Thug, Stikstof ou ses stands de bouffe (mais pas D'Angelo qui a annulé en dernière minute), le festival assume son identité un peu hybride dans le paysage belge, les fesses bien calées entre musiques urbaines et musiques du monde. Pour les trolls et les rageux qui débarquent, on leur rappelle que cela fait belle lurette que Couleur Café n'est plus le rendez-vous des altermondialistes en sarouel, des bobos en quête d'exotisme et des dreadeux blancs - l'a-t-il jamais été d'ailleurs?

Couleur Café, ce sont donc trois jours pour s'en foutre plein la panse et les oreilles, et une affiche qui renferme quelques belles choses vers lesquelles le festivalier lambda n'ira peut-être pas. On en a retenu cinq, ne nous remerciez pas.

Togo All Stars

Pour ce premier jour de Couleur Café, les gars du Togo All Stars ont tiré la boule noire à Motus: en face d'eux, ils auront Damso et Selah Sue. Il y a donc fort à parier qu'en bons patriotes, ceux qui n'iront pas voir le (méchant) premier seront devant la (gentille) deuxième. Ce qui veut dire que le big band togolais risque de se sentir aussi seul q'un fan de Henri PFR à un teknival quand il montera sur la Blue Stage sur le coup de 22h30. Dommage pour ces fiers représentants d'une scène african funk / afrobeat qui démontre que derrière les nombreuses rééditions de classiques oubliés du genre, il existe plein de groupes qui méritent qu'on s'y attarde tant qu'ils sont encore en activité.

Makala, Di-Meh et Slimka

Comme le dit très justement Le Temps, Colors est le "label qui repeint le rap suisse". Et tandis qu'en matière de turn up la Belgique peut s'appuyer sur le trio Roméo Elvis / JeanJass / Caballero (miraculeusement absents de l'affiche de CC), nos amis helvètes peuvent compter sur la clique Superwak pour transformer n'importe quel public de kids en une meute de brutes épaisses. Pour y arriver, la précision rythmique de Dimeh répondra au chant autotuné de Makala, qui s'appuiera à son tour sur le charisme de Slimka pour faire agoniser le thermomètre et montrer qu'en matière de rap, la Suisse est bien partie pour remplacer la Belgique en couverture des Inrocks.

Metà Metà

Niveau good vibes et bonne humeur, Couleur Café se situe assez haut au classement, entre "une journée avec une nichée de chiots corgi" et "l'intégrale de Parks & Recreations". L'inconvénient, c'est que l'affiche est plutôt avare en propositions musicales qui s'épanouissent sur les chemins de traverse. Heureusement, les chemins de traverse, ils constituent la colonne vertébrale de la musique de Metá Metá, groupe important de la scène expé de São Paulo qui amalgame post-punk, free jazz, samba et musiques orientales pour un résultat qui est en fait un reflet assez fidèle du Brésil. Habité par une population dont la générosité et le sens de la fête n'ont rien de valeurs creuses, le pays est aussi en proie à une crise politique et sociale sans précédent. Une dualité incarnée par MM3, le dernier album en date du groupe, et qui devrait prendre forme lors d'un concert qui s'annonce plus recommandable que celui de Young Thug ou Lee Fields, programmés en même temps - parce que le premier est aussi fiable que la cuisse de Vincent Kompany, et parce que le second est omniprésent sur les scènes européennes depuis sa résurrection avec Faithful Man

Smino

Dans un rap qu'on nous vend comme le nouveau rock, la spontanéité et la retenue font trop souvent place à une dictature du turn up, une obligation d'en faire beaucoup (trop), tout le temps. Cette hyperkinésie frappe certes beaucoup de MCs en 2018, mais pas Smino. Se revendiquant de Kanye West et de André 3000, le MC est un homme à bonnes fréquentations: pas question pour lui de s'encanailler dans les hoods les plus interlopes de Chiraq, c'est avec Mick Jenkins ou Chance The Rapper qu'il préfère traîner. Du coup, pour les pogos et les Braveheat dans le pit, il faudra repasser. Par contre, les amateurs de hip hop câlin et classy vont être servis. 

Mahalia

On surveille Mahalia depuis son passage très remarqué par la case Colors. Car elles sont rares les artistes qui parviennent à sortir leurs productions aux inspirations lounge d’une anesthésie sans forme et sans vie. Fouillez quelque peu dans la discographie de Sampha ou Solange, et vous verrez que vous trouverez bien à vous emmerder. L'Anglaise, qui n'avait pas vraiment marqué les esprits avec un premier album très convenu en 2016, est en train de déjouer tous les pronostics avec des singles superposant la nu-soul qu’on adore aux rythmes R&B nineties dont on se souvient avec une nostalgie émue.

Pour le reste de l'affiche, les tickets et toutes les infos pratiques, ça se passe sur le site officiel de Couleur Café.