Childish Gambino en live chez Fallon: on vous a menti !

par Amaury  |  le 16-12-2016

Malgré tout l'amour que l'on ressent pour "Awaken, My Love!" de Childish Gambino, on se devait de vous dire la vérité : non, la performance du titre "Redbone" sur le plateau de Jimmy Fallon n'est pas un exploit de beauté – contrairement à ce que voudrait nous faire croire quelques adeptes de Chupa Chups chez Konbini ou les Inrocks. Cette performance est même caractéristique de ce qui séparera probablement sur le long terme les carrières de Donald Glover et celles d'autres figures comme D'Angelo, dont les efforts similaires à l'égard du matériau puisé dans la musique afro-américaine suscitaient déjà quelques questions quant à leur mode de survivance.

Ce live témoigne d'un véritable échec de mise en scène et d'un manque d'entraînement significatif pour un genre plus chanté que maîtrise moins bien l'artiste. L'attaque du morceau, censé donner le corps de vibrations pour sa suite, surgit sous des allures de pétard mouillé. Ces défauts proviendraient plutôt de son équipe et dépendraient donc surtout d'une capacité de s'entourer que ne possède pas encore Childish Gambino, ou du moins que sa réputation relativement maigre ne permet pas encore de lui offrir, comparativement aux musiciens du Black Messiah dont les gènes transpirent l'essence déchaînée de la soul, bien crasse.

Autre problème, la propreté du live. Si le disque très produit ne présente pas l'aspect excessif qui était à craindre, la performance dégage une oppression visuelle et sonore étrangère à l'abondance libertaire du genre : en d'autres mots, personne ne se lâche pour une musique dont l'histoire se résume à un cri. Le simple pantalon doré se met alors instantanément à détonner. Pour référer aux grands de cette époque, toujours torse poil, il faudrait suer, voire puer l'alcool, la misère ou le cul. Gambino, comme sa musique sur scène, reste encore trop propre, trop retenu, sans parvenir à s'assumer. Enfin, sa voix, dans cette exécution trop rigide, ne tient pas les courbes qu'elle aurait dû suivre, malgré tout le mérite qu'on lui reconnait sur l'album de n'avoir jamais fait le choix de la facilité, en repoussant les filtres ou autres pitch.

Reconnaissons tout de même que le live n'est pas déplaisant, plutôt décevant. Il se dévoile comme un échauffement pour ce qui reste à venir. Il nous permet surtout de nous rappeler le retour fracassant de D'Angelo, l'année dernière, ayant démontré sur scène l'exact opposé de cette performance, avec une exécution au sommet : sorti de la tombe, avec un nouveau corps dont il ne sait pas quoi faire, mais qu'il parvient à assumer et libérer, le Messie a balancé la sauce sous le signe de sa voix : intense bien qu'abîmée.

Au final, D'Angelo et Gambino, même combat, sous des années d'expérience qui les opposent, pour le love.