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        <title>Les interviews GMD</title>
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			<title>La Muerte</title>
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			<content:encoded><![CDATA[<i>Après plus de 40 ans au service d’un rock sale et cauchemardesque, <b>La Muerte </b>a décidé de tirer sa révérence. Le cauchemar est fini, mais ce qui est certain, c’est que le groupe bruxellois aura laissé une trace indélébile dans l’univers musical underground de la capitale belge et d’ailleurs. Autant adorée que décriée, la formation death-rock-heavy-blues (ou toute autre appellation qui sent le soufre) n’aura jamais fait de compromis et s’en va en laissant derrière elle une carrière à saluer bien bas. Retour sur le parcours de ce groupe atypique avec les deux guitaristes Didier et Michel à l’aube de leurs deux dernières dates au Botanique - la mise en bière a lieu ce samedi 13 décembre.&nbsp;&nbsp;</i>
<b>La Muerte n’aura jamais aussi bien porté son nom. Quelles en sont les raisons&nbsp;?</b>
Didier&nbsp;: C’est moi qui l’ai proposé. La Muerte est un groupe très physique et je préfère stopper tant qu’on est encore en forme. En plus je suis un peu <i>control freak</i>, j’aime avoir mon destin en main. On s’est déjà reformé après une très longue pause <i>(1994-2014 – ndr)</i> et en règle générale je trouve que 9 reformations sur 10 sont foireuses alors que nous on a eu de la chance de ce côté-là. Et puis ça colle aussi avec La Muerte d’arrêter quand il ne le faut pas.
<b>Après toutes ces années, il y a de la satisfaction, de la tristesse, de l’émotion… C’est quoi le sentiment aujourd’hui&nbsp;?</b>
D&nbsp;: C’est passé très vite. Quand on a arrêté en 1994, je me suis rendu compte que l’étiquette me suivait. J’étais le mec de La Muerte et étais toujours un peu occupé avec le groupe d’une manière ou d’une autre. Le groupe s’était arrêté mais on a quand même fait une réunion 3 ans plus tard pour le festival de Dour. En 1999, pareil. En 2000 on a retrouvé des bandes de vieux morceaux pour un label suisse qui nous avait demandé si on n’avait pas des trucs à sortir. Puis j’ai bossé sur le DVD <i>(450 Big Block, sorti en 2009 – ndr)</i> qui m’a pris des plombes. C’est comme si ça ne s’était jamais vraiment arrêté. Et ici, mon idée était carrément de sortir un album et arrêter en même temps. J’aimais bien cette ambiguïté. Malheureusement le temps a fait que ça ne se passera pas. Mais j’espère arriver à enregistrer les concerts qu’on va donner au Botanique. J’aimerais sortir un vrai faux pirate, dans la culture <i>bootleg</i>.
<b>Sortir un album en même temps qu’arrêter est complètement à contre-courant. Ça vous ressemblerait bien au final&nbsp;?</b>
D&nbsp;: Oui et en même temps je ne lâche pas l’idée qu’on enregistre dans le futur quelque chose ensemble juste pour le plaisir d’être ensemble.&nbsp;&nbsp;
<b>Si on fait un bond dans le passé, comment tout a commencé pour le groupe ?&nbsp;</b><b>&nbsp;</b>
D&nbsp;: C’était en 1983 et tout s’est fait en 6 mois. Marc et moi avions un ami commun, <b>DOP Massacre</b>. Je le connaissais depuis la période punk. J’écoutais des trucs tordus et je faisais déjà des groupes mais les gens ne me suivaient pas dans mon délire. Marc avait la même idée et venait d’un autre milieu parce qu’il avait fait <b>Marine</b> <i>(groupe post-punk funk du début des années 80 – ndr)</i>. Des potes m’avaient dit que j’allais pouvoir faire un disque avec lui parce qu’il avait des connexions. On s’est vu au DNA, on a discuté de comment on voyait le truc, et le mardi ou le mercredi suivant, on a fait une répétition avec un batteur. Je garderai cette répètition à jamais dans mon esprit parce que c’était apocalyptique. On n’avait aucun morceau, on a fait du bruit, Marc avait des textes partout sur le sol et les hurlait au hasard. Et à la fin on avait un sourire jusqu’aux oreilles. Le batteur nous a dit qu’on était dingues.&nbsp;
<b>L’énergie, la spontanéité et le côté <i>raw</i> étaient là dès le départ&nbsp;?</b>
D&nbsp;: Ouais. Et il ne fallait pas trainer pour faire un disque si on croyait au truc. J’ai emprunté 40 000 francs à l’époque à mon grand-père et avec ça on a pressé un disque qui est sorti en avril 1984. On a fait notre premier concert au mois de mai 1984 à l’Ancienne Belgique, à l’entrée de la salle avec le bar. Notre idée était de sortir le disque et après 6 mois, aller habiter à Londres parce que c’était la Mecque du rock à l’époque. Pour nous, avoir un article dans la presse anglaise était le nirvana. On en a eus et notre premier disque est même ressorti sur un label anglais.
<b>En 1984, les contacts étaient moins évidents que maintenant. Comment en êtes-vous arrivés à faire la connexion avec l’Angleterre&nbsp;?&nbsp;&nbsp;</b>
D&nbsp;: Il se trouve que Marc connaissait le manager de <b>Bauhaus</b> qui nous a aidés en nous trouvant un label. On a commencé à avoir des chroniques en Angleterre et puis de ce fait-là, la presse belge a commencé à s’intéresser à nous.
<b>À vos débuts, quel était le regard de la scène, de la critique et du public justement&nbsp;?</b>
D&nbsp;: Pour ça je vais revenir sur DOP. Lors du dernier concert avant le premier arrêt en 1994 à l’Ancienne Belgique, il est monté sur scène et m’a dit qu’il avait compris. Donc le mec qui avait instigué le truc pensait qu’on faisait du bruit pendant 10 ans et à la fin il avait compris. Mais la vue de la presse était très bizarre. À un moment pour un album, on voulait faire les interviews à la maison et notre attaché de presse de l’époque chez PIAS nous a dit qu’aucun journaliste n’osait venir chez nous, parce qu’ils étaient persuadés qu’on était aussi brutaux dans la vie que sur scène. On n’a pas eu une seule interview à ce moment-là. Mais on en avait marre, on faisait toujours ça dans un bistrot. À la fin de la journée, les interviews commençaient à piquer du nez.
M&nbsp;: Souvent ce sont les gens qui créent les histoires autour d’un groupe, ils créent un mythe.&nbsp;
<b>Qu’est-ce qui a provoqué l’arrêt de La Muerte en 1994&nbsp;?</b><b>&nbsp;</b>
D&nbsp;: On s’est usé nous-mêmes. Quand on était chez PIAS, on nous avait dit que ce serait bien qu’on fasse 3 albums d’affilée. Après le maxi <i>Scorpio Rising</i> en 1988, on a donc sorti <i>Death Race 2000 </i>en 1989, en 1990 <i>Experiment in Terror</i> et en 1991 <i>Kustom Kar Kompetition</i>. Donc on s’est tapé la compo de 3 albums, 3 tournées, la production, les pochettes… C’était devenu un cycle. La dernière tournée de 1991 a duré 6 semaines et quand on est revenu, on était cuits. On a continué à jouer mais on était usés artistiquement et physiquement…
<b>Après votre arrêt de 1994, vous faites donc encore des apparitions&nbsp;?</b>
D&nbsp;: En 1997, on a fait Dour et c’était fantastique. On était payés une blinde pour le faire. En 1999, un autre festival, Rock Ternat, met encore plus d’argent sur la table. Et l’appât du gain a pris le dessus, ce n’était pas le meilleur choix. On a refait le groupe avec d’autres gens pour ça et ce n’était pas une bonne idée non plus. Pendant ce concert, tout ce qui aurait pu aller de travers en 10 ans, je l’ai eu en un soir&nbsp;: roadies défoncés, guitares pas accordées… Après ça on a fait encore un concert ou l’autre sur la lancée mais je me suis dit qu’il fallait arrêter, ça n’allait plus.
<b>Qu’est-ce qui vous a fait reprendre du service en 2014 ?&nbsp;&nbsp;</b>
D&nbsp;: Marc m’appelle en disant qu’il avait pris une décision sans m’en parler. Il venait de tourner son film avec <b>Delphine Bafort</b> <i>(actrice et modèle belge. Le film était <b>Doubleplusungood</b> – ndr)</i>, actrice ayant joué gratuitement pour lui. Six mois plus tard, elle a ouvert un club à Gand, un espace multiculturel et elle a demandé à Marc si LM pouvait venir jouer 4 morceaux en acoustique. Il ne pouvait pas lui dire non. Il a pris d’autres musiciens et Michel peut raconter la suite.
M&nbsp;: Marc suivait un peu la scène et connaissait les groupes dans lesquels je jouais, l’univers dans lequel j’évoluais. À cette époque-là j’avais monté <b>Goat Cloaks</b> <i>(qui deviendra <b>Wolvennest</b> par la suite – ndr)</i>, où je développais un truc occulte. Il est venu me voir pour me proposer ce one-shot. J’ai proposé Christian comme batteur et Tino à la basse. On a fait quelques répétitions et on a invité Didier à venir en voir une. Je crois que ça lui a plu dès la première <i>vibe</i>. Il a commencé à participer et à corriger nos défauts.
D&nbsp;: Je me rappelle des dernières répétitions en 1999, je jouais sans être là. Mais cette fois-là, je me suis vraiment amusé. Par contre je voyais la liste de morceaux par terre et il y en avait plus que 4. On a donc fait le concert à Gand et quelques mois plus tard on a fait l’Ancienne Belgique grâce à un gars de Live Nation. Mais il n’y avait pas de plan de carrière derrière.
M&nbsp;: C’était un peu compliqué pour nous. On voulait apporter notre expérience mais on voulait aussi respecter l’âme du groupe. Au niveau des structures, on était assez carrés mais Marc et Didier jouaient beaucoup plus au feeling et avec des automatismes.
<b>À une époque où on aime ranger les choses dans des cases, comment définir la musique de La Muerte après tout ce qu’on vient d’expliquer&nbsp;?</b><b>&nbsp;</b>
D&nbsp;: On a été traité de trash, de punk, de tout ce que tu veux.
M&nbsp;: Pour moi c’est inclassable. C’est du DIY et c’est aussi pour ça que ça matche entre nous parce qu’on est dans le même esprit de contre-culture. Quand j’ai exploré leur musique pour la reformation, je me suis étonné de voir que certains morceaux étaient stoner avant l’heure, d’autres lorgnaient vers l’<i>occult rock</i> avant même que ce soit (re)popularisé. Le plus important est d’avoir une identité et proposer quelque chose, proposer un instant que tu ne peux expliquer. Ici c’est la rencontre entre deux personnes qui ne se connaissaient pas. Si on veut vraiment les classer, je dirais que c’est rock avant tout avec beaucoup d’ingrédients et un côté dérangeant. Je parle toujours d’un groupe culte. C’est ça qui fait que tu vas survivre à toutes les modes et perdurer dans le temps.
D&nbsp;: Tu paies aussi le fait de ne pas vouloir arrondir les angles et de ne pas vouloir faire partie d’un mouvement.
M&nbsp;: Oui mais tu fais partie d’une histoire.
<b>Qu’est-ce qui explique selon vous le côté culte que le groupe traine depuis ses débuts&nbsp;?</b>
M&nbsp;: C’est justement ce fait de durer. Tu as des mecs qui les ont suivis pendant 40 ans et c’est ça la plus belle chose que tu puisses avoir. Personnellement je préfère être culte et montrer que ma musique est toujours d’actualité plutôt que jouer dans un groupe passager qui va être oublié.&nbsp;
D&nbsp;: On appelle nos fans des disciples, parce qu’ils sont plus que des fans.
<b>Est-ce que le fait d’être un groupe culte vous a fermé des portes que vous auriez voulu ouvrir&nbsp;?</b><b>&nbsp;</b>
D&nbsp;: Oui, sûrement. Pour te donner un exemple, en 1986 on a fait un concert au Seaside Festival de La Panne qui, à la fin s’est terminé en bataille rangée entre le public et nous à coups de mottes de terre. J’ai terminé en tenant ma guitare comme une raquette pour renvoyer tout ce qui venait. Mais c’était un signe d’appréciation et pas une volonté du public de nous foutre dehors. L’organisateur, Herman Schueremans <i>(Monsieur Werchter)</i> a vu ça et a cru que le public ne nous aimait pas. Donc il ne voulait plus nous faire jouer. Ce jour-là, on s’est grillé par rapport à une partie des connexions de Schueremans. Mais paradoxalement en 2015, l’AB, c’est lui qui a organisé.
M&nbsp;: Moi je n’ai jamais pensé ouvrir des portes. C’est clair que ça fait plaisir d’être invités sur tous les festivals mais si on n’y est pas invité, ça ne change pas notre vie.
D&nbsp;: À l’époque, ce qui m’a énervé, c’est le Pukkelpop. On faisait vraiment partie de cette scène alternative mais on n’était pas les bienvenus là-bas de par notre attitude.
M&nbsp;: On ne fait pas de compromis. Il y a des structures qui demandent que tu rentres dans leur <i>game</i> mais si tu es là pour déranger, tu ne vas pas tout d’un coup accepter d’en faire.
<b>On comprend bien que La Muerte et <i>music business</i> ce n’est pas forcément compatible mais au vu de votre niveau et de la longévité que vous avez, on a du mal à imaginer que vous n’y ayez jamais été confronté. Quel regard vous portez sur tout ça&nbsp;?</b>
D&nbsp;: Je ne vais pas citer de nom mais quand je vois que des groupes qui se disent rock vont faire The Voice et appuyer sur le petit bouton, ça ne va pas. C’est A ou B mais pas A et B. Je suis vraiment un puriste. Ma vision du rock est très sérieuse.
M&nbsp;: Ça dénature aussi une certaine culture. Personnellement ça m’emmerde de voir des mecs avec des canards gonflables au <b>GrasPop </b>et les farandoles qui s’en suivent. Ou encore de voir des groupes qui font une parodie du glam rock. Quand on avait 14 ans et qu’on allait voir <b>Mötley Crüe</b>, c’était sérieux. Je ne comprends pas la présence d’un groupe comme <b>Steel Panther</b>. Il y a aussi un côté photo et Instagram qui est plus prégnant. Tu dois t’exposer.
D&nbsp;: Je sonorise des concerts au Botanique et je vois que les groupes ne viennent plus avec un ingénieur lumière, ils viennent avec un photographe en tournée parce que la photo est devenue plus importante que le fait de donner un spectacle avec de bonnes lumières
<b>Pour terminer, je voulais vous demander quel a été le pire et le meilleur moment dans la carrière du groupe selon vous.</b>
D&nbsp;: Le pire a été sans doute l’opération à cœur ouvert de Chris et le fait qu’après il se soit planté à 70 km/h à vélo. Ça nous a fait très peur. Il a fallu attendre un bon moment. Et pour ce qui est du plus positif, je sais que quand on a joué avec <b>At The Drive In</b>, c’était super important pour mon fils parce qu’il est ultra fan de <b>The</b> <b>Mars Volta</b>. Le chanteur a regardé tout le concert à côté de lui. Mais plus globalement, c’est l’aventure humaine en elle-même que je retiens.
M&nbsp;: Si je dois retirer quelque chose de tout ça pour ma part c’est que j’ai l’impression que sur les derniers concerts, on a vraiment touché l’âme du groupe. Je ne sais pas si c’est parce que c’est la fin ou parce que tout le monde s’investit encore plus mais il y a une sorte de magie que j’ai ressentie, quelque chose qu’on a mis peut-être 10 ans à atteindre.


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			<pubDate>Thu, 11 Dec 2025 14:22:58 +0100</pubDate>
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			<title>Jean</title>
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			<description><![CDATA[C’est quand même bizarre. C’est quand même un super titre, il faut bien le dire. C’est quand même bizarre, c’est une jolie introduction, c’est un...]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[C’est quand même bizarre<i>. C’est quand même un super titre, il faut bien le dire. </i>C’est quand même bizarre<i>, c’est une jolie introduction, c’est un mystère aussi, et puis, c’est sobrement mais joliment dit. </i>C’est quand même bizarre<i>, c’est le petit nom du premier album de Jean. Et d’ailleurs, Jean, c’est aussi un joli prénom, et c’est également un joli pseudonyme pour un artiste (mais galère, certes, pour trouver des choses en ligne, mais fort heureusement, vous apprendrez tout ce qu’il faut savoir sur cet artiste ici, enfin, on espère). Rencontre.</i>
<b> &quot;Jean&quot; est un prénom simple et courant, mais que représente-t-il pour toi en tant qu'artiste ? Cherches-tu à incarner une forme d'universalité ou d'authenticité ? </b>
Jean, c’est comme ça que mes parents m’ont appelé, c’est comme ça que tout le monde m’a toujours appelé. Comme mon projet parle de moi, je trouvais ça logique de ne rien changer et de rester le plus moi-même possible. En y réfléchissant, je ne crois pas avoir fait ce choix pour paraître plus authentique. Plus jeune, j’avais cherché des pseudos, mais aucun ne me convenait : je les trouvais tous un peu ridicules. Alors je me suis dit que le plus simple à assumer, c’était encore le prénom que je portais déjà. 
<b>Comment définis-tu ta &quot;patte&quot; musicale, ce qui fait qu'une chanson est indéniablement une chanson de &quot;Jean&quot; ? </b>
Je dirais que c’est toujours un thème un peu torturé et triste, souvent abordé de manière légère et détachée, sur des mélodies tantôt joyeuses, tantôt mélancoliques. La tonalité de ma voix étant souvent la même, le lien entre les morceaux se fait naturellement. Ma voix rocailleuse et mon exigence sur les rimes participent aussi beaucoup à cette cohérence. 
<b>Parle-moi de ton rituel d'écriture. Es-tu méthodique, cadré, ou attends-tu que l'inspiration frappe à l'improviste ? </b>
J’écris tous les jours, un peu de manière automatique, pour garder un rythme. Mais quand il s’agit de faire un morceau, je pars souvent d’une phrase touchante, quelque chose que j’ai entendu ou déjà écrit, et j’essaie de développer une idée autour. Je suis toujours accompagné d’une musique, d’un instrument ou même d’une chanson d’un autre artiste qui m’inspire. Les morceaux que je préfère sont souvent écrits d’une traite, rapidement. Ça m’aide à ne pas m’éloigner du thème que je veux installer. 
<b>Comment équilibres-tu la part d'intimité, de confidence personnelle, et la volonté de toucher un public large avec des thèmes universels ? As-tu des limites dans ce que tu es prêt à révéler ? </b>
Je parle presque constamment de ma vie et de moi, mais je ne donne jamais de prénom et je fais toujours en sorte qu’aucun de mes proches ne se sente visé. Ça passe souvent par des anecdotes romancées ou modifiées. Mais comme ce sont souvent des réflexions personnelles, ça n’interfère jamais avec mon processus de création. 
<b>Y a-t-il un personnage, une histoire ou une image récurrente dans ton œuvre qui t'obsède particulièrement ?</b>
 Je n’ai personne en particulier qui me vient en tête, mais cette idée du protagoniste seul et triste revient beaucoup dans ma musique, comme dans les films et les chansons que j’aime. Je pense notamment au personnage joué par Jim Carrey dans Eternal Sunshine of the Spotless Mind, ou encore au héros de Paris, Texas. Ces influences sont surtout visuelles : beaucoup d’œuvres m’obsèdent, mais je ne pense pas que ça se ressente directement dans mes chansons. 
<b>La mélancolie et une certaine tristesse semblent habiter nombre de tes compositions. Est-ce pour toi une façon d'apprivoiser ces émotions, ou simplement un état qui t'est naturel et fertile artistiquement ? </b>
Pour être très sincère, je ne pense pas réussir naturellement à sortir quelque chose de non mélancolique. C’est instinctif : j’ai toujours préféré une chanson triste à une chanson joyeuse, pareil pour les films. J’irais même jusqu’à dire que ça m’aide au quotidien. Écrire sur ses problèmes, ça permet forcément de prendre du recul. 
<b> As-tu l'impression que tes thèmes de prédilection ont évolué avec le temps, avec l'âge et les expériences de la vie ? </b>
 J’espère, en tout cas. J’ai commencé la musique adolescent, et aujourd’hui j’ai 23 ans. Je parle encore souvent des mêmes thématiques, mais sous un autre angle, avec plus de regrets, de recul, et, je l’espère, moins d’immaturité. J’essaie souvent de me donner des objectifs comme « ne pas parler d’addiction » ou « ne pas parler de relations amoureuses », mais malheureusement, c’est encore ce que je vis le plus. 
<b>Comment décrirais-tu l'alchimie entre tes textes et ta musique ? Cherches-tu une harmonie parfaite ou, au contraire, un contraste qui surprend l'auditeur ? </b>
Je cherche avant tout quelque chose qui me touche. J’ai très vite remarqué que le contraste entre une musique joyeuse et un texte triste fonctionnait très bien sur moi, alors j’ai continué. Ma seule règle, c’est que le morceau me plaise et m’émeuve. Je pense rarement à la façon dont il va être reçu. 
<b>La production est un élément clé. Quel est ton niveau d'implication dans le studio ? Es-tu un artiste qui aime expérimenter, ou au contraire, capturer la performance live ? </b>
J’adore expérimenter, mais il m’arrive souvent, au studio, avec les gens avec qui je travaille, d’essayer simplement de capturer le moment présent. Le studio, c’est un vrai terrain de jeu pour moi. Je pourrais y passer des journées entières à essayer des choses. 
<b>Que recherches-tu, et que ressens-tu, sur scène ? Est-ce une catharsis, un partage, une célébration, ou quelque chose de plus fragile ? </b>
 Je suis concentré sur ma musique, entre intimidé et détendu. Je m’oublie souvent pendant les morceaux, au point d’en oublier presque le public. Le regard des gens me stresse énormément, mais étrangement, pendant mes chansons, cette partie de moi disparaît. Je ne sais pas si je peux appeler ça une catharsis, mais c’est quelque chose de très épanouissant pour moi. 
<b>Y a-t-il une chanson en particulier, ancienne ou récente, qui prend une dimension particulière lorsqu'elle est jouée live ? </b>
&quot;<link https://music.apple.com/fr/album/disquettes/1699847715?i=1699847815>Disquettes</link>&quot;, les gens ont toujours l’air contents quand on la joue. C’est sûrement celle sur laquelle le public réagit le plus. Mais je crois que la chanson que je prends le plus de plaisir à jouer, c’est Mouillé. J’aime sincèrement l’interpréter. 
<b>Si tu devais faire découvrir ta musique à quelqu'un qui ne te connaît pas avec une seule chanson, laquelle choisirais-tu et pourquoi ? </b>
C’est une question difficile, parce que j’essaie vraiment que chaque morceau soit différent. Mais je dirais peut-être &quot;<link https://music.apple.com/fr/album/articule/1809953204?i=1809953551>Articule</link>&quot;, qui représente bien le contraste « joyeusement dépressif » que j’essaie souvent d’atteindre. 
<b> Y a-t-il une chanson que tu as écrite qui t'a &quot;surpris&quot; toi-même, par sa forme ou son message ? </b>
Je dirais &quot;<link https://music.apple.com/fr/album/monique/1809953204?i=1809953562>Monique</link>&quot;, sans hésiter. C’est une des seules chansons où je ne parle pas à la première personne : aucune mention de substances ou de relations amoureuses, juste le quotidien d’une vieille dame qui s’ennuie. Et peut-être aussi &quot;<link https://music.apple.com/fr/album/cordialement/1809953204?i=1809953901>Cordialement</link>&quot;, qui a un message très différent de tous les autres. ]]></content:encoded>
			<pubDate>Fri, 28 Nov 2025 08:27:19 +0100</pubDate>
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			<title>Boko Yout</title>
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			<description><![CDATA[De The Knife à Refused en passant par Yung Lean, la capacité de la Suède a exporter de véritables phénomènes ne s'est jamais démentie, ce qui en fait...]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<i>De <b>The Knife</b> à<b> Refused&nbsp;</b>en passant par <b>Yung Lean</b>, la capacité de la Suède a exporter de véritables phénomènes ne s'est jamais démentie, ce qui en fait un acteur majeur de la musique contemporaine malgré une population à peine inférieure à celle de la Belgique. Dernière claque en date à nous venir de Suède, <b>Boko Yout </b>débarque avec une piquante tambouille &quot;afro-grunge&quot; à base de <b>Viagra Boys</b> (groupe avec qui il a tourné), d'<b>Odd Future </b>et de <b>Bloc Party</b>. À l’occasion du Pitchfork Avant-Garde à Paris, nous avons eu la chance de nous entretenir avec le charismatique chanteur <b>Paul Adamah</b>.&nbsp;</i><br /><br /><b>Stockholm est une ville assez silencieuse comparé à Paris. Tu penses que ce calme, cette atmosphère favorisent la création musicale ?</b>
Paul : Oui, totalement. L’hiver suédois, avec son froid et sa noirceur, pousse les gens à se réfugier à l’intérieur, dans leurs studios, pour créer. C’est comme un cycle : l’été, on en profite ; l’hiver, on écoute et on produit.<b></b>
<b>Ton éveil musical s’est-il fait à Stockholm ?</b>
En fait, je viens d’une plus petite ville appelée Örebro. J’ai déménagé à Stockholm il y a environ sept ans. Mon “réveil musical” a eu lieu avant, dans ma chambre, en jouant à Guitar Hero. Mais Stockholm m’a permis de rencontrer les membres de mon groupe et d’autres artistes. C’est probablement la meilleure ville de Suède pour la créativité aujourd’hui.<b></b>
<b>J’ai vu que tu avais réalisé un clip pour COBRAH. Quelle place occupent les images dans ta musique ?</b>&nbsp;
Pour moi, l’image est aussi importante que la musique. Les visuels ajoutent une autre couche à la vision de l’artiste. J’aime regarder de belles choses, de l’art. Les clips permettent d’élargir ton univers. J’en ai fait plusieurs avant. J’étais dans un collectif hip-hop et je faisais des clips de rap, avec beaucoup de montage. C’est marrant que cela ait abouti sur ce clip avec COBRAH.<b></b>
<b>Tu faisais donc du rap ?</b>
Oui, à l’époque sous le nom de Khan-Ji.
<b>Et le passage du rap à ton style actuel, que tu appelles Afro-grunge, comment s’est-il fait ?<br /></b><br />C’était un moyen de transformer la poésie que j’écrivais en musique. J’ai appris à jouer de la basse, à écrire en anglais, à chanter. Après une longue pause sans créer, c’est une nouvelle phase d’expérimentation pour moi.
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<b>Il y a eu un moment difficile entre ces deux périodes ?<br /></b><br />Oui, j’étais assez déprimé, je fumais beaucoup, je faisais surtout du graphisme et de la photo. J’apprenais, mais c’était une période un peu stupide de ma vie.<b></b>
<b>Ta musique reflète ces thèmes de la santé mentale. Est-ce qu’elle est directement liée à ta vie ?</b>
Oui, entièrement. C’est une façon de traiter mes émotions. Chaque morceau raconte quelque chose de réel, du quotidien, du ressenti, de la frustration.<b></b>
<b>Et le fait de travailler avec un groupe, ça change ton processus créatif ?</b>
Oui, énormément. Pendant longtemps, je pensais devoir tout faire tout seul. Mais c’est tellement plus gratifiant de collaborer. Les idées circulent plus vite, chacun apporte quelque chose. Je fais confiance à mon équipe, et c’est rare.<br /><br /><b>Ton titre 9-2-5 parle de la pression du travail “classique”. Quelle est ta vision du monde du travail ?</b>
J’ai longtemps comparé ma vie d’artiste à celle de mes amis qui ont un emploi stable. J’avais l’impression de ne pas être “productif” comme eux. Mais cette idée qu’il faut toujours “travailler, travailler, travailler”, même en dormant, est toxique. C’est parti d’une blague en tournée, une phrase qu’on entonnait constamment, et c’est devenu une chanson.
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<b>Tu sembles aborder des thèmes sociaux puissants, dans la lignée de groupes suédois engagés comme Viagra Boys...</b>
Oui, mais ma musique parle surtout de l’expérience noire, de ma perspective. Ce n’est pas un discours politique global, c’est plus personnel : qu’est-ce que j’aurais aimé voir en tant que jeune noir en Suède ? Qu’est-ce que j’aimerais que d’autres jeunes voient et s’approprient ?<b></b>
<b>Tu dirais que la Suède est raciste ?</b>
Pas vraiment raciste, plutôt élitiste. C’est une société qui se veut inclusive, mais seulement si tu corresponds à certaines cases. Dès que tu sors du moule, on te considère comme “trop”. Les minorités le ressentent plus fortement.<b></b>
<b>Créer, c’est donc ta manière de revendiquer cette différence ?</b>
Oui, c’est une façon d’accepter ma confusion, d’avoir grandi entre plusieurs cultures, avec des visions opposées sur la religion, la masculinité, l’identité… Mon art, c’est plus une documentation de ce que je ressens qu’un manifeste.<br /><br /><b>Et comment vois-tu l’avenir du groupe ?</b>
J’espère qu’on continuera à voyager, à jouer dans de nouvelles villes, à faire de la bonne musique, et à en vivre pleinement. Si je réécoute cette interview dans quelques années, j’aimerais être fier et heureux de notre parcours.]]></content:encoded>
			<pubDate>Tue, 25 Nov 2025 08:34:36 +0100</pubDate>
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			<title>Tramhaus</title>
			<link>https://www.goutemesdisques.com/interviews/it/tramhaus/</link>
			<description><![CDATA[ Tramhaus fait autant de concerts dans le mois qu’il y a de cannettes de Maximator dans un festival des arts du cirque. Après avoir surfé sur leur...]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<b> <i>Tramhaus </i></b><i>fait autant de concerts dans le mois qu’il y a de cannettes de Maximator dans un festival des arts du cirque. Après avoir surfé sur leur hype suite à une flopée d’EP's estimés prometteurs par les professionnels de la musique, le groupe post-punk néerlandais semble farouchement décidé à continuer à convertir le maximum d’oreilles au mètre carré. Surtout après avoir réussi à transformer l’essai du premier album sans se foirer lamentablement. Rencontre avec les crèmes que sont la bassiste Julia et le batteur Jim, dans une ambiance cosy de loges du Petit Bain à Paris.</i>
<b>Est-ce que le plus grand soulagement après la sortie de <i>The First Exit</i>, c’est qu’on a enfin arrêté de vous demander à chaque interview la date de sortie de votre premier album ?</b>
Jim&nbsp;: C’était une bonne chose qu’on ait arrêté de nous poser cette question. Mais assez rapidement, on nous a demandé si nous avions une idée de la date de sortie du deuxième album&nbsp;!
Julia&nbsp;: Attendez au moins un an quand même&nbsp;!
Jim&nbsp;: Les fans ont l’air d’être pourtant encore bien nourri à l’heure actuelle.
<b>Avez-vous ressenti le stress de devoir être à la hauteur de la hype de Tramhaus disparaître après la bonne réception globale de <i>The First Exit</i>&nbsp;?</b>
Jim&nbsp;: C’était tellement flippant parce qu’il y avait une telle pression autour de cet album&nbsp;! On ne sait jamais à quoi s’attendre puisque chaque personne a des standards différents. L’accueil favorable de la presse et des fans a été merveilleux pour le groupe. Je n’ai pratiquement pas eu vent de réactions négatives, ce qui est incroyable.
Julia&nbsp;: Ce qui fut un grand soulagement&nbsp;! Mais cela met en même temps une pression considérable pour le second…
<b>Vous ressentez donc l’angoisse absolue de la suite pour Tramhaus. Être artiste, c’est être condamné à souffrir&nbsp;?</b>
Julia&nbsp;: Oui, il faut croire que nous avons des tendances masochistes&nbsp;!
Jim&nbsp;: Nous allons commencer à écrire de nouveaux morceaux et je suis très excité. <i>The First Exit</i> est sorti en septembre 2024 mais nous avions ces compositions dès l’été 2023. C’est encore nouveau et frais pour le public mais bien ancré dans l’esprit du groupe. Je suis prêt pour la suite.
<b>Vous avez écrit les morceaux de <i>The First Exit</i> en quelques jours durant une pause d’une tournée. C’est la seule méthode de songwriting pour Tramhaus&nbsp;?</b>
Julia&nbsp;: En deux semaines exactement. Je pense en effet que c’est la seule méthode&nbsp;! Nous faisons toujours les choses à la dernière minute. 
Jim&nbsp;: Nous avons écrit les premières chansons durant le COVID. Le groupe avait donc beaucoup de temps libre pour les répétitions&nbsp;! Quand nous avons commencé à tourner, ça a tout de suite été plus compliqué. &quot;Minus Twenty&quot; et &quot;Erik’s Song&quot; ont été les seules nouvelles chansons ajoutées à notre répertoire en trois ans.
Julia&nbsp;: Notre état d’esprit pendant ces deux semaines de pause était&nbsp;: prions pour que nous puissions en tirer quelque chose&nbsp;! Parce qu’à ce stade, nous n’avions pas grand chose et nous avions toujours des jobs à côté. Tu entends toutes ces histoires de groupes qui arrivent à composer dans des chambres d’hôtel ou dans les loges, qui ont des illuminations dans le van… Nous ne sommes pas comme ça. Il y a bien eu quelques essais mais ça n’a pas marché… Nous avons besoin de la pression de la dernière minute&nbsp;!
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<b>Je pense qu’on peut vous décerner le titre de groupe le plus actif du rock’n’roll parce que vous êtes constamment en tournée. Quels sont vos meilleurs conseils et astuces pour garder votre intégrité mentale et physique&nbsp;?</b>
Jim&nbsp;: Le groupe est attaché au DIY. Nous conduisons nous-mêmes et notre ingénieur du son est le seul à nous accompagner. <b>Tramhaus </b>n’a même pas de tour manager. C’est pratique dans le sens où nous avons la main sur tout. Il est donc particulièrement important d’avoir des moments de repos pour prendre soin de soi et s’aérer la tête, se promener seul… C’est primordial quand tu passes ton temps entassé les uns sur les autres.
Julia&nbsp;: Nous lisons beaucoup au cours de cette tournée. Nous aimons échanger des livres et je trouve cela très agréable…
<b>En tant que nerd qui bosse dans une librairie, je suis obligé de vous demander vos dernières recommandations&nbsp;de bouquins !</b>
Jim&nbsp;: J’ai lu &quot;Les Bébés de la consigne automatique&quot; de <b>Ryū Murakami</b> l’année dernière pendant une tournée et j’ai adoré. Punk, bizarre et cool&nbsp;! Je le recommande à tout le monde depuis.
Julia&nbsp;: J’en ai tellement car je lis énormément en ce moment… Mais je vais choisir &quot;Vers le paradis&quot; de <b>Hanya Yanagihara</b>. J’avais lu son précédent ouvrage &quot;Une vie comme les autres&quot; pendant l’enregistrement de l’album et il m’a fait pleurer comme un bébé. &quot;Vers le paradis&quot; est tout aussi incroyable&nbsp;! Lire a été un élément essentiel de cette tournée. Parfois, nous avons aussi juste envie de jouer à Fortnite&nbsp;! J’ai apporté ma Switch mais je n’y ai même pas touché pour le moment.
Jim&nbsp;: Tu ne peux pas savoir à quel point ça nous rend heureux d’avoir un livre et des heures de route devant nous… Heureusement que nous n’avons pas le mal des transports&nbsp;!
<b>Dans chacune de vos interviews, on parle automatiquement de vos sacrées performances live. Êtes-vous parfois frustrés qu’on ne parle pas avec encore plus d’enthousiasme de votre travail en studio&nbsp;?</b>
Jim&nbsp;: Non parce qu’on nous pose aussi beaucoup de questions à propos de l’album pendant les interviews. Même s’il est parfois difficile de trouver des réponses originales et de ne pas se répéter…
Julia&nbsp;: Jim et moi n’aimons pas vraiment le travail en studio… Les autres membres du groupe auraient sûrement des réponses intéressantes sur des choses spécifiques concernant la manière dont l’album a été enregistré. Mais pas nous ! Être tatillon sur la moindre note nous dépasse un peu… Le travail en studio peut être vraiment chiant&nbsp;!
<b>Vous avez apparemment pris la décision collective d’abandonner vos jobs pour vous concentrer pleinement sur le groupe. Est-ce la décision la plus difficile que vous ayez prise depuis les débuts de Tramhaus&nbsp;?</b>
Jim&nbsp;: Nous n’avons pas complètement abandonné nos emplois mais nous avons fait beaucoup d’aménagements et de changements. J'ai toujours un boulot à temps plein mais qui est très flexible, ce qui est génial. Nadya et Lukas travaillent maintenant pour moi et nous avons donc mis en place un système qui arrange tout le monde.
Julia&nbsp;: Je bosse dans un bar donc j’essaie de faire autant d’heures que possible quand je ne suis pas en tournée. Avant cela, j’ai eu un job pendant six ans et qui était beaucoup moins flexible. Il était incompatible avec la vie d’un groupe en tournée. Cela a été un énorme risque de le quitter&nbsp;! Mais nous ne regrettons rien car nous pouvons dire oui à chaque date.
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<b>Tramhaus est un groupe profondément européen. Mais quelles sont justement vos pires anecdotes de tournée en Europe&nbsp;?</b>
Jim&nbsp;: Nous n’avons pas tellement d’histoires de ce genre&nbsp;! Nous sommes traités tellement gentiment par les gens que nous rencontrons aux Pays-Bas, en Belgique, en France… Nous faisons maintenant des plus grandes salles mais c’est resté très professionnel. Nous sommes allés par exemple en Serbie sur cette tournée pour la première fois.&nbsp;Nous ne connaissions que deux personnes à Belgrade et pourtant c’était tellement cool&nbsp;! Pour répondre plus précisément à ta question, j’ai une anecdote… Nous dormions quelque part dans un endroit paumé et la piaule où j’étais empestais le poivre noir. Ce n’était pas forcément désagréable mais assez étrange. Le lendemain, j’ai voulu en avoir le cœur net et j’ai cherché sur Google les possibles explications de cette odeur. Le premier résultat était&nbsp;: comment se débarrasser d’un problème de rats&nbsp;? Nous avons vite déguerpi avant de perdre un orteil ou d’avoir des trous dans nos tee-shirts.
Julia&nbsp;: Notre voiture est tombée en panne lors de notre première tournée. C’est la première fois que nous avons pleuré ensemble. Le groupe est resté bloqué quatre jours en Pologne sans voiture de remplacement et à se demander si nous ne devrions pas tout annuler. C’était très difficile de continuer à espérer. On a finalement réussi mais on était au fond du trou ! L’avantage est d’avoir pu découvrir à quel point Varsovie est cool…
<b>J’ai lu quelque part que si vous aviez tout le temps et l’argent du monde, vous voudriez faire une collaboration avec un orchestre et une grande chorale. Vous essayez de répandre la bonne parole de la musique classique dans la scène punk&nbsp;?</b>
Jim&nbsp;: Je ne sais pas qui a dit ça mais ça ressemble à Nadya ou Lukas&nbsp;! On vient de l’apprendre grâce à toi&nbsp;! C’est vrai que ce serait incroyable de se lancer dans une sorte de grandiloquence orchestrale comme certains morceaux des <b>Beatles</b> par exemple.
Julia&nbsp;: J’adore le son d’un orchestre. Surtout les instruments à cordes comme le violon… Je suis aussi très attirée par la musique de films et la possibilité pour <b>Tramhaus</b> de composer une bande originale. Ce serait hyper dramatique et on verrait les choses en grand&nbsp;!]]></content:encoded>
			<pubDate>Sun, 01 Jun 2025 07:32:22 +0200</pubDate>
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			<title>The Jesus Lizard</title>
			<link>https://www.goutemesdisques.com/interviews/it/the-jesus-lizard/</link>
			<description><![CDATA[En 2024, The Jesus Lizard opérait un retour remarqué avec Rack, premier album studio après 26 années de silence discographique. Quelques jours avant...]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<i>En 2024, <b>The Jesus Lizard</b> opérait un retour remarqué avec<b> </b></i><b><link https://www.goutemesdisques.com/chroniques/album/rack/ _blank>Rack</link></b><i>, premier album studio après 26 années de silence discographique. Quelques jours avant des concerts très attendus à Paris et Bruxelles, Duane Denison, guitariste du groupe légendaire, nous a accordé un peu de son temps. On y évoque le nouveau disque, les attentes d’un public au taquet, et le quotidien d’icônes vivantes du noise rock. La soixantaine bien entamée, The Jesus Lizard constitue aujourd’hui l’un des derniers spécimens en vie d’une scène indie rock US des 90s qui a changé la musique à jamais. </i> 
<b>GMD : Plus de 25 années se sont écoulées entre les albums Blue et Rack. Qu'avez-vous ressenti en retournant en studio avec le groupe ? Qu'est-ce qui a été le plus difficile dans le fait de se retrouver après toutes ces années ? </b>
Duane Denison : C’est vrai que nous n’avons pas sorti de nouveau disque depuis la fin des années 90. Mais nous avons continué à jouer ensemble, à plusieurs reprises. En 2009, une grande partie de notre catalogue a été rééditée et nous en avons profité pour faire le tour du monde. En 2017, 2018 et 2019, nous sommes partis pour des mini tournées ici et là, et pendant tout ce temps, les idées s'accumulaient. Se remettre à travailler ensemble ne semblait donc pas particulièrement inhabituel. L’écriture du nouveau répertoire s’est faite de manière très progressive. L’énorme différence par rapport aux 90s, c’est que maintenant on peut enregistrer chacun chez soi, se partager les fichiers en ligne et collaborer à distance pour apporter des modifications aux morceaux. C’est exactement ce que nous avons fait, avant de nous réunir plusieurs fois physiquement pour enregistrer des démos par lots de 4 ou 5 chansons. Le matériel pour l’album s’est ainsi construit petit à petit, jusqu’au moment où nous avons estimé être prêts pour entrer en studio et enregistrer l’album. 
<b>GMD : De quand datent les morceaux qui figurent sur Rack ? S’agit-il uniquement de nouvelles chansons ou certains titres étaient-ils déjà en gestation avant de vous faire dégager de Capitol Records en 98 ?</b> 
Duane Denison : Seule la chanson &quot;Lord Godiva&quot; remonte aux années 90. Le morceau avait fait l’objet d’une démo à l’époque, mais n’était jamais sorti. Tout le reste de l’album a été composé à partir d’une page blanche. En ce qui me concerne, le travail d’écriture ne s’est pas arrêté après l’album <i>Blue</i>. J’ai continué à composer pour d’autres groupes, notamment <b>Tomahawk</b> dont j’étais le principal auteur-compositeur. Je ne suis jamais sorti de cette dynamique de composition. 
<b>GMD : Que s’est-il réellement passé avec Capital Records en 1998, quand ils vous ont virés après la sortie de l’album Blue ? </b>
Duane Denison : Je pense que nous étions prêts pour que ça s’arrête. Le groupe existait déjà depuis 10 ans. Nous avions commencé au Texas, avant de bouger à Chicago. Et quand nous avons signé sur Capitol, on avait déjà 7 années assez intenses au compteur. Ce deal nous a permis de sortir deux albums sur une major : <i>Shot</i> et <i>Blue</i>. Mais la scène était en plein bouleversement. Tout à coup, des groupes qui étaient très populaires pendant la première moitié des 90s ne l’étaient plus tellement pendant la seconde moitié. The Jesus Lizard n’y a pas échappé. Et pour être honnête, nous jouions ensemble depuis une éternité. Nous étions tous prêts pour un pas de côté. D’ailleurs, la plupart des membres étaient déjà occupés dans d’autres projets. Puis nous avons tous déménagé et cette rupture forcée du groupe n’a pas été particulièrement difficile à vivre. Nous avons encore sorti un EP sur <b>Jetset</b> en 1998 et évolué chacun dans nos projets respectifs. 
<b>GMD : D’où est venue l’étincelle qui vous a tous convaincus qu’il était temps de sortir un nouvel album en 2024 ? </b>
Duane Denison : À partir de 2009, quand nous avons recommencé à jouer des concerts, l’idée de sortir un nouvel album a rapidement fait son chemin. Mais, à l’époque, tout le monde n’affichait pas le même niveau d’enthousiasme au sein du groupe et on a laissé tomber. Toutefois, à force d’enchaîner les dates et les festivals, l’envie d’un nouvel album est revenue et on s’est dit «&nbsp;pourquoi pas ?&nbsp;». On joue bien, l’ambiance est bonne entre nous. Visiblement, le timing était le bon. On assiste à un regain d’intérêt pour des groupes qui partagent cette approche et ce type de son. Au final, tout s’est bien aligné. 
<b>GMD : Il ne reste pas beaucoup de survivants de cette scène underground US du début des 90s qui tournent encore aujourd’hui. On pourrait penser aux Melvins et à Helmet. Avez-vous conservé un lien avec ces groupes ? </b>
Duane Denison : Oui et non. Ce n’est pas comme s’il existait un club de vieux rockeurs dont nous serions tous membres. Néanmoins, je suis toujours en contact avec la plupart de ces musiciens. Si les <b>Melvins</b> jouent dans le coin, je vais toujours les voir. J’ai revu aussi <b>Helmet</b> récemment. Même si le groupe se limite à <b>Page Hamilton</b> entouré d’autres musiciens, ils assurent toujours. Je traîne souvent avec <b>Nels Cline</b>, un guitariste qui jouait à l’époque avec <b>Mike Watt</b>, qui a évolué vers le jazz et a rejoint <b>Wilco</b> depuis lors. De nombreux musiciens de l’époque ont suivi leur propre voie, comme les membres de <b>Sonic Youth</b>. Et bien évidemment <b>Redd Kross</b>, qui tourne toujours. Avec le recul, j’ai l’impression que les gens un peu plus intelligents et qui ont su prendre soin d’eux-mêmes parviennent encore à apprécier ce qu’ils font. Ils continuent à jouer de la musique avec plaisir, même si le pic de leur carrière est déjà loin derrière eux. 
<b>GMD : À la fin des années 90, tu as quitté Chicago pour t’installer à Nashville. Les autres membres du groupe sont également répartis aux quatre coins des États-Unis. Est-ce que ça vous a posé des problèmes au moment de vous remettre au travail ? </b>
Duane Denison : Nashville est notre QG depuis un bon bout de temps. La ville a une position centrale. C’est plus simple de nous rejoindre ici en venant de New York, Los Angeles et Chicago. On a ici accès à différents studios pour travailler tous ensemble. Nous avons atteint ce stade dans nos vies où nous pouvons nous permettre de travailler de cette manière, alors pourquoi s’en priver ? Quand nous avions 20 ans, nous avions à peine de quoi manger ou mettre du carburant dans la voiture, ça aurait été beaucoup plus compliqué.
<b>GMD : Musicalement parlant, Nashville n’est pas un endroit neutre. C’est un des berceaux de la country. Cet héritage influence-t-il ton jeu à la guitare ? </b>
Duane Denison : D’un côté, Nashville porte cette tradition country. Et j’ai joué avec de nombreux musiciens de la scène country, comme <b>Hank Williams III</b>, <b>Bobby Bare Jr</b> ou même le groupe de rockabilly <b>Legendary Shack Shakers</b>. Mais pour moi, c’est un aspect totalement différent de ma relation à la musique, qui ne déteint absolument pas sur The Jesus Lizard. Je n’ai jamais voulu intégrer cette influence dans The Jesus Lizard et je ne pense pas que les autres membres du groupe l’auraient accepté. D’un autre côté, Nashville s’est ouverte à d’autres courants musicaux au cours des 25 dernières années. Beaucoup d’artistes rock se sont installés ici, comme <b>Jack White</b>, <b>The Black Keys</b> ou <b>Kings of Leon</b>. C’est devenu une ville beaucoup plus cosmopolite.
 <b>GMD : Quelle est la formule magique derrière The Jesus Lizard ? Tous les membres semblent avoir des personnalités tellement différentes. Tu incarnes le calme, voire la sagesse, alors que David Yow est un des frontmen les plus déjantés de l’histoire du rock. Quel est votre secret ?</b> 
Duane Denison : Je vois ce à quoi tu fais référence. D’une certaine manière, quand on se retrouve tous les quatre, tout devient différent. On joue subitement d’une manière totalement différente de ce que nous faisons avec d’autres musiciens. Tu mets <b>Mac McNeely </b>à la batterie et <b>David Sims</b> à la basse et tu obtiens une base très intéressante. Puis si tu ajoutes mon jeu de guitare, ça donne déjà quelque chose de très différent. Et pour terminer, les parties vocales de <b>David Yow</b> viennent encore tout chambouler. Je pense tout simplement que cette histoire que nous avons écrite ensemble fait qu’en tant qu’êtres humains, avec des personnalités très différentes, nous arrivons à travailler ensemble pour atteindre ce résultat. On apporte chacun une pierre différente à l’édifice et c’est certainement le secret du succès des groupes qui tiennent sur la durée. 
<b>GMD : Est-ce que ça signifie que chaque membre du groupe, pris individuellement, est irremplaçable ? </b>
Duane Denison : Oui. À une époque, on a brièvement expérimenté avec un autre batteur, mais ce n’était pas la même chose. Notre manière de jouer, de composer, de penser, fait que nous ne sommes pas le genre de groupe où un membre peut facilement être remplacé. Accepter un nouveau membre, lui dire quoi faire et espérer que la magie opère ne fonctionnerait jamais avec nous. 
<b>GMD : Après la sortie de Rack, vous avez enchaîné avec une tournée aux USA, avant d’embarquer pour quelques dates en Grande-Bretagne en début d’année et finalement la tournée européenne au printemps. Comment le public réagit-il ?</b> 
Duane Denison : Pratiquement tous les concerts se sont joués à guichets fermés. Le public semble très réceptif au nouveau répertoire. Mais au-delà de l’accueil du public, je suis surtout très satisfait de nos prestations. On joue une setlist relativement longue, complétée par un ou deux rappels. Je trouve que, malgré nos âges, nous sommes parvenus à gérer notre effort et ne pas nous griller immédiatement. L’objectif de la tournée, ce n’est pas uniquement de faire acte de présence, faire la fête et recroiser de vieilles connaissances. On est là pour jouer de la musique. Les gens paient pour écouter notre musique sur scène, pas pour nous voir débarquer déchirés et faire les zouaves. 
<b>GMD : Tu dis que vous avez vieilli. Mais votre public a vieilli aussi. Est-ce que la fan base de The Jesus Lizard s’est renouvelée depuis 25 ans ? Est-ce que vous croisez des ados dans le public, ou peut-être des fans de la première heure qui viennent vous voir avec leurs gosses ? </b>
Duane Denison : Un peu tout ça à la fois. On revoit effectivement des têtes connues depuis 25 ou 30 ans. Ils sont toujours au rendez-vous et je peux dire qu’ils ont autant vieilli que nous, c’est indéniable (rires). Certains ramènent leurs potes ou leurs enfants. Mais on voit aussi toute une nouvelle génération qui nous suit et qui semble nous avoir découverts sur les réseaux. Les disquaires ne sont plus aussi populaires qu’à l’époque. Fouiller les bacs, avoir son oreille attirée par la musique qui passe dans le magasin, aller voir le vendeur et demander qui est ce groupe ou même regarder la liste des prochaines sorties ou des groupes de passage dans la région sur un tableau… tout ça n’existe pratiquement plus. Il reste quelques disquaires qui font de la résistance, mais la source principale pour découvrir de nouvelles musiques, c’est internet. Et néanmoins, cette réalité joue plutôt en notre faveur. On voit beaucoup de jeunes groupes qui nous mentionnent et parlent même de notre héritage comme source d’inspiration. Sans doute que de jeunes fans de rock bruyant vont voir ce qu’on fait et ils constatent qu’on est bien plus qu’un groupe de vieux briscards qui se retrouvent dans un trip nostalgique. Chaque soir sur scène, on se casse le cul, on donne tout, on joue à fond. On n’est pas là pour la posture et ça attire aussi un public plus jeune et plus curieux. 
<b>GMD : Tu as joué dans d’autres groupes que The Jesus Lizard. Il y a forcément Tomahawk (avec Mike Patton et John Stanier notamment, batteur d’Helmet), mais aussi USSA, projet éphémère avec Paul Barker, l’ancien bassiste de Ministry. Qu’y a-t-il de différent à jouer dans ces projets ? </b>
Duane Denison : C’était totalement différent. En particulier avec Tomahawk, parce qu’il s’agit d’un ensemble de personnalités très fortes, des mecs de très haut niveau, et surtout des musiciens pro qui ont un agenda déjà bien rempli. Plus tu t’éloignes de la scène DIY, plus tu te retrouves pressé par le temps, parce que chaque minute compte. Les fenêtres pour se voir et jouer sont très étroites, les sessions de répétitions sont comptées et on ressent un peu plus de pression. Alors qu’avec The Jesus Lizard, on s’accorde un peu de marge pour se préparer, on ne ressent jamais l’urgence. Mais j’accompagne aussi régulièrement d’autres musiciens de la scène de Nashville comme Hank Williams III ou Bobby Bare Jr. Là, c’est un travail complètement différent, puisque je joue le répertoire d’autres musiciens. J’apporte forcément ma touche personnelle, mais il s’agit quand même de jouer ce que je pense qui est attendu de moi. C’est un job, en réalité : je dois répondre à une certaine attente.
 <b>GMD : Accompagner d’autres musiciens, c’est quelque chose que tu apprécies ? </b>
Duane Denison : C’est toujours appréciable de ne pas être celui sur qui reposent les décisions. Beaucoup de gens préfèrent être dans le rôle de l’exécutant et moins dans la prise de décision. Ça peut avoir ses avantages : tu te présentes, tu joues ce qu’on te demande et tu fais le job. Mais au bout d’un moment, et surtout avec l’âge, tu commences à te poser des questions. Pourquoi jouer tel passage de cette façon ? Pourquoi ils veulent que je joue ce truc qui n’a aucun sens pour moi ? Et pourtant, on te paie pour ne pas remettre en question ces décisions. Alors oui, d’une manière, j’apprécie ce rôle plus passif… mais jusqu’à un certain point. 
<b>GMD : As-tu d’autres projets sur le feu à court terme, en dehors de The Jesus Lizard ? </b>
Duane Denison : Oui, je suis toujours très occupé. L’un des miracles d’internet, c’est de pouvoir donner des cours de guitare à distance 2 jours par semaine. Je suis également impliqué dans des projets plus jazz et je continue à travailler avec des musiciens de la scène country de Nashville. 
<b>GMD : Tu es un musicien expérimenté, qui maîtrise de nombreux styles différents. À ton niveau, est-ce encore possible d’apprendre de nouvelles techniques ? </b>
Duane Denison : Bien sûr. Si je prends l’exemple de Bobby Bare Jr, j’ai dû mémoriser 25 nouvelles chansons pour un concert d’hommage au répertoire de son père, Bobby Bare, qui rassemblait également des artistes comme <b>Lucinda Williams</b> ou <b>Emylou Harris</b>. Je me procure régulièrement des partitions et des ouvrages de théorie musicale, pour disséquer les techniques, les styles, dans tous les genres, du jazz à l’afro-pop en passant par la musique classique contemporaine. J’ai appris le solfège quand j’étais encore enfant. À partir de là, j’ai toujours expérimenté en lisant la musique. Beaucoup de guitaristes enrichissent leur jeu en se copiant les uns les autres, c’est même la base du rythm’n’blues. Il n’y a rien de mal à ça. Mais quand tu peux lire la musique, tu peux pousser l’expérimentation beaucoup plus loin, en réinterprétant des partitions qui n’ont parfois jamais été enregistrées sur disque. Ça a toujours été ma manière d’explorer de nouveaux styles. 
<b>GMD : Revenons à l’album Rack. Quels sont tes morceaux préférés sur ce disque, et pourquoi ? </b>
Duane Denison : J’aime beaucoup &quot;Alexis Feels Sick&quot;. C’est un morceau un peu plus atmosphérique, qui s’écarte du modèle du rouleau compresseur, et apporte un côté peut-être plus spatial. À l’inverse, &quot;Moto(R)&quot; fonctionne très bien sur un schéma de chanson rock très simple, trois accords et pan dans ta face, à la <b>Motörhead</b>. 
<b>GMD : Et quelques chansons de l’ancien répertoire que tu préfères ? </b>
Duane Denison : Difficile à dire. Je pense que depuis nos débuts, on a dû jouer entre 1000 et 1500 concerts. Si tu y ajoutes les répétitions, les enregistrements, les soundchecks, je dois avoir joué certaines chansons au moins 2000 ou 3000 fois. À un moment, tu es obligé de trouver une raison à ce que tu fais, autrement ces chansons se vident de leur sens. Le risque, c’est que ça devienne une activité routinière, ce n’est plus de la musique. Pour moi, l’étincelle qui maintient ces chansons en vie, c’est de voir qu’elles prennent une toute autre dimension dès qu’on les joue live. On voit dans la réaction du public que ces gens-là ne les ont pas entendues 2000 fois ! Parfois, ils l’entendent pour la première fois, ou ils ont attendu ce moment depuis 20 ans ! C’est à ce moment-là que ces chansons prennent vie. Parmi ces anciens morceaux, je ressens toujours une excitation très forte au moment de jouer &quot;Gladiator&quot;. Pour des raisons très différentes, j’apprécie vraiment jouer &quot;Nub&quot; parce que les parties de guitare contiennent beaucoup de noise et de feedback, ce qui est un peu moins contraignant physiquement. Il y a aussi de vieux morceaux plus atmosphériques comme &quot;My Own Urine&quot;, avec cette vibe rockabilly presque perverse. 
<b>GMD : Lorsque j’ai entendu « What If » sur le nouvel album, il m’a semblé que la ligne de basse sonnait comme certains morceaux de Shellac, notamment la plage d’intro de l’album Terraform. Shellac est aussi un groupe qui devait opérer un grand retour en 2024, mais qui a été stoppé net par le décès de Steve Albini. À quel point le décès de Steve t’a-t-il affecté ?</b> 
Duane Denison : Tout d’abord, je ne souscris pas du tout à l’idée d’une ressemblance quelconque entre &quot;What If?&quot; et <b>Shellac</b>. Je ne m’aventurerais pas dans cette comparaison. J’ai forcément été très attristé par le décès de Steve. Je suis d’autant plus attristé que pendant une longue période, nous avons été en froid avec Steve et nous ne nous parlions plus. Cette situation remonte aux années 90, lorsque The Jesus Lizard a signé sur une major. Visiblement ça n'a pas plu à Steve Albini, qui y voyait une rupture avec la scène indie rock. Alors qu’il me semble que de son côté, produire des albums pour des majors ne l’a jamais dérangé, n’est-ce pas ? Cette tension entre nous a perduré pendant très longtemps. Mais il y a quelques années,<b> Todd Trainer</b> (NDLR : batteur de Shellac) m’invite à un concert de Shellac à Nashville. Je ne pense pas qu’il avait averti Steve de ma présence. Je suis allé les voir, excellent concert, et je suis allé leur parler en coulisses après le show. La première réaction de Steve a été : &quot;qu’est-ce que tu fous ici ?&quot;. Mais on a pris le temps de parler, de s’expliquer et on a finalement passé un très bon moment, sans rancœur ni animosité. J’avais hâte de le revoir. Malheureusement, je n’ai plus eu l’occasion de le recroiser alors que j’avais encore beaucoup de choses à lui dire. J’en suis profondément attristé. 
<b>GMD : Après la parution de Rack, vous avez sorti au compte-gouttes 3 chansons issues de ces sessions d’enregistrement, qui figurent sur un EP paru pour le Record Store Day. C’est une nouvelle façon de travailler à l’ère des réseaux sociaux et du besoin d’occuper le terrain ? </b>
Duane Denison : Je ne pense pas que ce soit si nouveau que ça. À chaque album, il reste toujours quelques morceaux qui n’entraient pas dans le tracklisting final. Un album de The Jesus Lizard se limite en général à 35 ou 40 minutes. Ça ne sert rien de tirer plus en longueur. La stratégie vient d’un commun accord avec la maison de disques : on a gardé quelques chansons sous le coude que l’on a sorties l’une après l’autre, avant de les compiler sur un vinyle pour le Record Store Day. Tout le monde aimait l’idée. Ceci dit, ça reste un bon disque. Les trois chansons sont très différentes, mais elles se marient à merveille. Le public a l’air d’apprécier la démarche également. 
<b>GMD : Vous avez donc sorti Rack en 2024, complété par un EP supplémentaire et plusieurs tournées aux USA et en Europe. Quels sont les plans après ce programme déjà très chargé ? </b>
Duane Denison : J’ai appris qu’il ne faut jamais tirer de plans sur la comète. Pour l’instant, notre seule ambition, c’est d’aller au bout du plan actuel. La tournée sur la côte ouest, l’Europe, la Nouvelle-Zélande, l’Australie, le Japon et enfin un retour dans le Midwest. Si on arrive à boucler tout ça sans que personne ne termine à l’hôpital ou en prison, ce sera déjà un exploit en soi. Ensuite on verra. Ce sera peut-être le point final ou le début d’autre chose. Qui sait ?
<b>En concert près de chez toi: </b>
- 17 mai - Paris - Elysée Montmartre<br />- 18 mai - Bruxelles - Le Botanique<br />- 30 mai - Lausanne - Les Docks<br />- 04 juin - Lyon - L'Epicerie Moderne Feyzin<br /><br />]]></content:encoded>
			<pubDate>Thu, 15 May 2025 06:03:22 +0200</pubDate>
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