The Lance Vance Vengeance

cuisiné par Nikolaï le 27 avril 2021 | publié le 11 mai 2021

La réouverture progressive des lieux culturels nous fait tous frétiller d'excitation. Bien haut dans cette liste, parions qu'on trouve Olivier, Quentin et André du groupe parisien The Lance Vance Vengeance. Après un EP en 2019, ils viennent de sortir en avril dernier leur premier album Broglie et ont une hâte féroce de casser des dents en live. Mélange jouissif de garage, de grunge, de doom et de prog', la musique du trio s'appuie sur une identité que l'on qualifiera de 'massive'. On a taillé le bout de gras par écrans interposés pour en savoir plus sur leur projet., leur refus des étiquettes, ou leurs influences. On a aussi parlé GTA et théorie des anciens astronautes. 

GMD : Peut-on faire plus punk et rock'n'roll que de sortir un premier album en pleine crise sanitaire et économique ?

Olivier : On pourrait faire plus punk, on pourrait ne rien sortir du tout !

Quentin : On n'a pas choisi, ça s'est fait comme ça ! Je pense qu'on a surtout eu la chance d'avoir eu l'opportunité d'enregistrer entre les deux confinements. C'est à la fois punk et un moment de liberté énorme ! 

GMD : Mais du coup, grosse frustration d'avoir les ailes coupées et de ne pas pouvoir le défendre en live ?

Olivier : Si, justement ! On avait commencé à jouer avant que la pandémie explose. On avait plein de trucs prévus à Paris et tout a capoté. On a pressé nous-mêmes le vinyle donc il y a très peu de moyens de distribution. On est privé du meilleur moyen : le concert.

GMD : Le côté D.I.Y. et production à la française, c'est essentiel pour vous ?

Quentin : Ça fait tout. On n'a pas la prétention de court-circuiter les labels mais on est effectivement dans cet état d'esprit de tout faire nous-mêmes et d'avoir la maîtrise de notre son et de notre projet.

GMD : Après votre premier EP en 2019, vous avez décidé de changer la formule du duo en trio. C'est parce que vous sentiez une limite dans le potentiel de votre musique ?

Olivier : Exactement. Le premier EP a été enregistré par nous-mêmes. C'est à dire qu'on a tout produit, mixé et masterisé. Au moment des concerts, on s'est vite rendu compte que c'était assez compliqué de gérer la guitare, le chant, les pédales et tout le bordel. On a commencé à rencontrer du monde pour aller sur scène et c'est comme ça qu'on a fait la connaissance d'André.

André : C'est agréable de prendre un train en marche. Ça m'a permis de sortir de ma cave et de pouvoir jouer avec du monde. Il faut dire qu'ils jouent assez fort ces deux-là et sont devenus sourds. Ils avaient besoin de quelqu'un qui peut encore entendre pour leur servir de traducteur.

GMD : À l'écoute de Broglie, on sent le point de départ "boeuf entre potes dans un garage". Ça se passe comment niveau compositions ?

Olivier : C'est l'idée ! Quand on était tous les deux avec Quentin, on jouait dans une zone industrielle. Ce côté promiscuité, les uns sur les autres, le son étouffant : c'est ce qui définit notre démarche.

Quentin : On a vraiment tout fait ensemble. On a une grande majorité de morceaux composés mélodiquement parlant par Olivier. Mais il y a toujours eu une volonté de sa part de nous ouvrir ses compositions et de nous aider à faire des arrangements.

GMD : Ce qui caractérise aussi votre groupe, c'est l'aisance avec laquelle vous passez d'un style à l'autre. Sludge, grunge, doom, prog'... C'est parce que pour vous, choisir c'est renoncer ?

Olivier : Tu soulèves vraiment LE point important et de désaccord entre nous. On aime tous des genres musicaux variés mais Quentin a toujours voulu faire quelque chose de très marqué dans l'entité sonore. C'est quelque chose qui me rebute un peu puisqu'au contraire, pourquoi s'enfermer ? Tu prends les mecs de King Gizzard and the Lizard Wizard, c'est cinq albums par an et cinq genres différents. Un artiste qui est capable d'aller dans des directions différentes montre qu'il est vivant et qu'il s'affranchit des codes. Cet été par contre, on va avoir une session d'enregistrement et on voudrait avoir la démarche opposée en proposant un projet plus cohérent en terme de son et de ligne directrice.

Quentin : Moi j'ai parfois l'impression que ne pas choisir, c'est être moins efficace et moins puissant. On verra à qui l'avenir donnera raison ! 

Parlons influences. Il faut chercher du côté de Sleep, Electric Wizard ou des mastodontes comme Black Sabbath ?

Quentin : Black Sabbath, clairement ! On a une culture rock qui est foncièrement classique.

André : Le problème, c'est que j'écoute pas de musique ! Je suis trop occupé à en jouer. J'ai tendance, en monomaniaque, à m'être buté sur pas tant de groupes que ça. Deep Purple par exemple est une grosse influence. 

Quentin : On ne va pas s'accrocher à des groupes actuels. On va les écouter et les respecter mais on a envie de faire notre propre béchamel. En soi, ce qui nous a drivé c'est le stoner des années 90 comme Kyuss ou Fu Manchu. On était fasciné par des mecs qui se mettent autour d'une piscine en plein désert, avec des amplis, et qui foutent tout à fond. Ils n'étaient pas là pour répondre à un produit d'appel. Mais j'ai peur qu'on nous colle une étiquette stoner/doom qui ne nous correspond pas vraiment.

Olivier : Je pense juste qu'on fait du grunge. Dans le sens ou c'est le mélange du heavy metal et du punk.

GMD : Assez osé alors d'intituler un de ses morceaux "Doom" ! 

Olivier : C'est en lien avec le texte ! Ça parle de la théorie des anciens astronautes qui postule que des extraterrestres ont visité la Terre et auraient influencé l'humanité. Dans le refrain, je dis que cette potentielle visite nous a conduit dans l'apocalypse. Nos textes sont d'ailleurs assez libres d'interprétation et personnels.

André : Olivier est vraiment un extraterrestre qui est venu sur Terre pour nous envoyer en Enfer.

Olivier : Je suis Raël, mon gars.

GMD : Vous mettez un point d'honneur à chanter en français sur pas mal de vos titres. Vous pouvez m'expliquer ce choix assez couillu ?

Olivier : C'est venu naturellement. Je pense qu'on a un gros complexe en France avec la chanson à texte. J'ai essayé de me détacher de tout ça et de faire quelque chose en français qui soit puissant, servant uniquement la musique. Sans forcément raconter une histoire importante... On a beaucoup parlé ensemble de ces groupes européens qui chantent en anglais avec un accent merdique. Une langue que tu maîtrises mal, tu vas vite te retrouver à raconter des trucs télescopés : je suis sur la route, sur ma moto, dans le désert. Ce n'est pas toi, ce n'est pas ta vie.

Quentin : Pour moi, c'est rédhibitoire. Si Olivier n'avait pas eu un accent anglais correct, on aurait chanté qu'en français.

André : C'est pas forcément une question théorique sur le fait de chanter en français ou en anglais. Pour les textes, on suit ce qui nous appelle. On fait ça au feeling et on cherche avant tout la musicalité des mots, qui soit très ouvert au niveau du sens et évocateur.

GMD : Sans aucune transition, le nom de votre groupe est une référence aux jeux vidéo GTA. Vous êtes des gros nerds, en fait ?

Quentin : Oui ! Je suis prestige 3 sur Call Of Duty. 

Olivier : Avec Quentin, on se connaît depuis qu'on a 12 ans. Quand on s'est rencontré en 2002, on avait la PlayStation 2 et GTA Vice City. On passait des nuits entières à jouer ensemble en foutant des CD de Korn. On aime aussi beaucoup le côté rebondissant et rythmé des mots The Lance Vance Vengeance.

Quentin : C'est la madeleine de Proust de notre adolescence.

GMD : À titre personnel, j'adore la pochette de Broglie. Vous pouvez m'en dire plus sur sa conception et sur l'artiste derrière ?

Quentin : On a toujours voulu que ça soit dans le même esprit que le notre. C'est à dire indé et en laissant la carte blanche aux personnes nous créant un visuel. Pour l'album, on voulait une peinture. On a bien essayé de faire ça nous même mais on a vite compris que nous n'étions pas Jackson Pollock. On a finalement rencontré Félix sur Instagram sous le pseudo de giovacrylic. On lui a uniquement indiqué le souhait du bleu et du jaune comme couleurs majeures et il n'y a eu quasiment aucun retour ou aucune correction ! Félix est à nos yeux tout autant un artiste que les personnes faisant la musique. L'idée était de le mettre en avant. On est très satisfait du résultat qui colle bien avec notre univers bizarre et ténébreux.

Olivier : De base, l'album a été conçu comme un disque vinyle. À la fois dans la musique avec les différentes faces, mais aussi visuellement. On voulait que ça soit un objet qu'on puisse tenir et manipuler.

GMD : Vous avez déjà le projet de sortir un nouvel EP et un deuxième album à la fin de l'année. Ça y est, vous êtes donc officiellement le groupe garage infatigable et prolifique ?

Quentin : C'est Olivier, il arrête pas de composer ! Si on pouvait arrêter de travailler et ne faire que ça, on sortirait honnêtement au minimum un album par an. Au départ, j'étais du genre à penser qu'il fallait au moins trois ans de maturité pour proposer quelque chose de correct. Olivier m'a fait comprendre "tu as des compos, tu as envie de les sortir, tu les sors". Tant que les riffs arrivent, on trouvera des solutions.

Olivier : On aura un nouvel EP cette année, c'est certain. Pour l'album, 2021 me paraît un peu juste mais on vise assurément 2022.

 GMD : Une dernière chose à ajouter à la face du monde ?

Olivier : Arrêtez de manger de la viande !

Quentin : Arrêtez de fumer aussi !

André : Je m'occupe de tout ce qui est clope et viande, j'en consomme pour trois du coup.

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