Ski Beatz

cuisiné par Justin le 24 septembre 2011 | publié le 4 novembre 2011

Avec plus de 20 ans de culture hip hop dans les pattes, Ski Beatz est une référence - en matière de production en tout cas. Et c'est au contact de Dame Dash qu'il a pondu ses premières bombes à destination de Jay-Z et de son Reasonable Doubt sorti en 1996. Depuis, le natif de Greensboro a fureté, zig-zagé entre son New York d'adoption et sa Caroline du Nord natale, produisant de temps à autre un banger pour Talib Kweli ou une paire d'albums pour Curren$y. De passage à Paris pour une seule (et unique) soirée, il s'est prêté au petit jeu de l'interview.

Une ombre traverse un club de la Bellevilloise vide et sombre, deux heures avant le début de la fête. C'est lui, c'est Ski Beatz. Massif, il affiche, dans sa démarche assurée, une bonne quarantaine d'années. L'homme se dessine brièvement - le temps d'un large sourire et d'une franche accolade - mais s'excuse : il souhaite partir dîner. Il est plus de 22h30, il est arrivé le jour même et s'envolera pour New York aux aurores, pendant que les derniers clubbers iront se coucher. L'entrevue se fera donc au restaurant, autour d'une papillote de saumon accompagnée d'un ballon de vin rouge, au top du hip hop.

Goûte Mes Disques : À partir du mois d'octobre tu vas enchaîner un concert environ tous les trois jours ; c'est vrai ce qui se dit sur le monde de la musique ? Qu'il n'y a plus que le live qui ne permette de vivre ?

Ski Beatz : Oui ! Je pars dès mon retour aux États-Unis pour 60 jours de tournée avec Murs, McKenzie Eddy, Da$h (...) mais j'aime ça : écouter de la musique, passer mes titres, les enchaîner. Et puis une fois que la série de concert est terminée je rentre à la maison, en Caroline du Nord, et je profite de ma femme et de mes deux fils. Je me suis planté quand j'ai pris la tête de Roc-A-Block. Je ne suis pas un C.E.O. (P.D.G.) dans l'âme. Je suis simplement un type qui fait ce qu'il aime : du hip hop. C'est pour ça que j'ai pris un peu de recul au début des années 2000. J'avais besoin de me marier, de faire construire ma maison et de m'occuper de mes enfants, loin du New York "tout hip hop".

Goûte Mes Disques : Tes enfants réalisent qui tu es ? Que tu as bossé avec Jay-Z, avec Camp Lo, etc. ?

Ski Beatz : Naaaaaaaah ! Pour eux je suis juste papa ! Ils ont 7 et 14 ans. Le plus petit est un peu trop jeune pour comprendre. Et puis l'autre s'en fiche. Il est dans son ses délires d'ordinateurs... il veut devenir programmeur !

Goûte Mes Disques : Tu as grandi à la campagne - ou en tout cas loin des grandes métropoles - tout comme Kno (des Cunninlynguists) ou Ant (d'Atmosphere). Est-ce que tu penses que l'arrière pays américain est un terrain fertile pour les producteurs de talent ?

Ski Beatz : C'est sûr ! À New York tu es surexposé au hip hop, c'est banal, quelconque, les gens n'y font même plus attention. Mais quand tu aimes le rap et que tu es loin de toute cette culture tu es forcé de te forger ta propre identité et à faire les choses par toi-même. Quand j'étais encore au lycée j'ai découvert le digging sans même m'en rendre compte. Je passais les 45 tours de ma mère et je rappais par dessus. Je viens d'une famille de pianistes, à la maison j'étais le mouton noir : j'étais le seul à me pas jouer de piano. Pour autant c'est ma mère, encore elle, qui m'a acheté ma première SP-1200. Et aujourd'hui elle adore la musique que je fais !

Goûte Mes Disques : Si je ne me trompes pas tu es toi-même un fan de la musique de tes parents... enfin de celles qu'ils écoutaient. Tu as sorti il y a un an de ça un morceau avec Nesby Phips qui samplait "Blue and Green" et qui était sensé annoncer un disque hommage à Miles Davis. Qu'advient-il de ce projet ?

Ski Beatz : J'adore ce morceau, vraiment. Je trouve que la voix et le flow de Nesby conviennent parfaitement à l'ambiance, il colle au titre. Mais en ce qui concerne le disque ça me semble très compliqué à réaliser... Pour que je puisse sortir cet d'album il faudrait que j'arrive à obtenir les droits gratuitement. Et puis là encore ça resterait difficile à mettre en place. Ça risque de traîner encore un moment. Mais s'il y a une possibilité de le produire, je le produirai.