Microcultures

cuisiné par Pauline le 17 novembre 2011 | publié le 19 janvier 2012

Louis-Jean Teitelbaum et Jean-Charles Dufeu, deux passionnés de musique, ont monté en 2010 la maison de production Microcultures. Leur idée : proposer aux internautes de financer des disques. Aujourd’hui, leur potager artistique grouille de projets finement sélectionnés. La collecte de fonds pour leur prochaine sortie, une compilation d'artistes émergents, a commencé !

Microcultures est une « maison de production moderne et participative ». Qu’est-ce que ça signifie ?

Jean-Charles : Microcultures est une maison de production moderne qui accompagne des artistes dans la réalisation de projets. On essaie de confectionner de beaux objets, et d’autres choses qui ne sont pas forcément tangibles comme des tournées, des concerts et des rencontres. C’est un système participatif.

Louis-Jean : On cultive avant tout des projets, même si on peut garder des artistes plus longtemps, comme Phantom Buffalo par exemple. Microcultures marche par campagnes. Pour le moment, on n'a travaillé que sur de la musique, mais peut-être qu'à l’avenir il y aura autre chose. Petit à petit, on apprend à faire des choses de plus en plus belles. Dans les semaines à venir, on va lancer un projet de compilation, sous la forme d’un CD et d’un DVD en format 45T. On essaie de faire un bel objet, qu’on a envie de prendre en main. Et puis on cultive aussi une relation. Les gens qui sont venus au concert privé de Phantom Buffalo ont pu boire un verre avec eux et là, ça va être encore plus simple : plusieurs  artistes à venir vont être des Parisiens, ou en tout cas des Français.

Jean-Charles : On essaie de créer plus de liens entre les artistes et les fans et entre les fans eux-mêmes. Éventuellement, entre les artistes également.

Est-ce que c’est le contexte économique musical qui vous a donné envie de faire pousser votre propre potager musical, ou une simple envie de monter des projets particuliers ?

Jean-Charles : La deuxième option. C’est parti de quelque chose de positif. Dans le fond, ça se rejoint mais à la base on est partis du constat qu’on avait envie de faire quelque chose avec tous ces artistes qu’on adore, qu’il fallait qu’ils soient connus. Mais il n’y avait pas de structure capable de prendre en charge ce genre de choses.

Louis-Jean: On ne pense pas qu’on va changer le monde de la musique avec notre projet. Mais il y a un créneau pour ces artistes qu’on veut produire et nous pensons avoir la bonne taille et faire les bonnes choses. Mais on connaît les avantages et les limites de notre modèle. Je ne pense pas que tout va devenir comme nous. Ce n’est pas notre but. S’il y a des gens pour écouter, alors il faut produire le disque.

Comment devient-on Microcultivateurs et qu’est-ce qu’on y gagne ?

Jean-Charles : Les gens qui participent ont le sentiment légitime d’avoir participé à un projet en construction, en devenir. Ce qui est moins le cas avec quelqu’un qui nous a acheté le disque après. L’idée c’est de construire le disque avec nous. Pour ça, on a besoin d’argent. Les gens qui participent ont ce sentiment. On essaie de valoriser cette sensation, c’est très important et ça fait le lien entre les artistes et eux.

Louis-Jean : Ca a été une bonne surprise quand on a fait un sondage auprès des personnes ayant participé à la collecte de se rendre compte que non seulement elles comprenaient de quoi il était question mais qu’en plus elles étaient très contentes, fières et avaient envie d’aider. C’est touchant de se rendre compte que les gens comprennent. Il y a de la pédagogie à faire pour quelqu’un qui n’a jamais entendu parler de ce genre de choses. Mais on n’a jamais eu de mails d’insultes pour dire que les gens pensaient que c’était une arnaque. On veut que les personnes qui participent à la collecte de fonds aient quelque chose, peu importe le prix qu’ils mettent. Ensuite, on vend le disque à un prix assez élevé parce qu’on ne le vend jamais seul. On le vend avec un t-shirt par exemple. Plus les gens donnent, plus ils ont quelque chose de bien. Pour Phantom Buffalo, tu avais trois cds, un concert,… Les gens savent que s’ils donnent de l’argent, c’est qu’on en a besoin pour produire le disque.

Jean-Charles : Il n’y a pas d'avantage financier à participer en amont. Financièrement, ça n’est pas une affaire. Mais il peut y avoir un intérêt à un autre niveau. Certaines choses sont mises à disposition uniquement à la collecte de fonds. Les gens peuvent acheter leur nom dans les remerciements, organiser un concert chez eux,… Ce type d’offre de contenu ne se trouve pas à la FNAC.

L’interaction avec le public se passe sur internet, mais vous proposez des supports physiques (disques, dvd…). Avez-vous eu la tentation de faire de Microcultures un web label ?

Jean-Charles : Le numérique nous intéresse aussi, mais dans le fond, je suis très attaché à l’objet. Globalement, les artistes avec qui on a travaillé jusqu’ici aussi. Ils auraient été déçus de ne pas avoir eu un disque derrière. On distribue aussi en numérique, mais de là à faire uniquement du numérique... On s’est posé la question, mais il manque quelque chose.

Louis-Jean: Le CD est un format qui m’ennuie à moins que l’objet ait quelque chose. Outre ce que souhaitent les artistes, les gens aiment recevoir quelque chose, ça reste important pour eux d’avoir un objet. Je n’irai dans le numérique que quand il s'accompagnera d'autre chose, d’une belle expérience numérique ou d’un objet qui compense.

Vous avez monté plusieurs projets jusqu’ici (Phantom Buffalo, Soltero …), qu’avez-vous prévu de cultiver à l’avenir ?

Jean-Charles : On a terminé il y a quelques semaines la quête pour Soltero. Une fois qu’on a terminé la collecte de fonds, on en est à la moitié ou au tiers du projet. Après, la sortie est à préparer, le disque est à fabriquer. Pour Soltero, ce sera en 2012. Sur le feu, on a un projet de compilation d’artistes émergents d’horizons divers et variés, français, américains, espagnols. On fait une compilation de 8 titres illustrés par des clips inédits réalisés par de jeunes réalisateurs.

Louis-Jean: Il y a l’idée de découvrir de la musique de personnes qui sont sous le radar parce qu’ils ne font pas de concerts ou ne vendent pas forcément de disques. On veut donner de l’ampleur à un univers qu’on ne connaît pas. Les clips représentent des univers très oniriques, chargés et très produits, ça va être très impressionnant.

Jean-Charles : On fait un travail de défrichage. Le projet suivant est un album ou un EP pour un chanteur guitariste, un jeune homme qui a un one man band qui s’appelle Folks. Il enregistrait en anglais jusqu’ici mais il opéré un virage avec des chansons en français. On l’accompagne dans cette nouvelle direction. C’est aussi notre premier artiste parisien.

Louis-Jean: On a aussi un projet de livre avec un couple d’auteurs et graphistes. Le livre s’appellera « trio », ça sera un livre pour enfants en pop-up. C’est une fable qui fonctionne très bien. Ce sera notre premier projet hors musique.

Jean-Charles: Début 2012 on aura aussi une co-production avec un label stéphanois qui s’appelle We Are Unique, qui est le label d’Angil. On va faire une co-production autour de son nouvel album. On va aussi produire le prochain Phantom Buffalo, un concept album autour d’une île imaginaire. On y retrouvera leur monde enfantin et onirique.

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