Maoupa Mazzocchetti

cuisiné par Noé le 18 mars 2021 | publié le 5 avril 2021

Plus d’un an après l’arrêt des activités des salles de concert du monde entier, c’est dans les couloirs d’un Botanique plus vide que jamais que nous avons pris le temps de rencontrer Maoupa Mazzocchetti. Depuis le début de sa carrière et sa première sortie, le producteur s’est construit une identité musicale singulière dans la musique électronique, tout en multipliant les collaborations avec des artistes d’horizons différents. En une dizaine de sorties, le Bruxellois d’adoption a réussi à poser son nom dans certaines des meilleures crémeries d’Europe et s’impose plus que jamais comme un nom à suivre de près. 

Deux ans après son dernier effort en duo, Maoupa nous revient seul avec UXY DOSING©, un album où le producteur entend explorer des schémas rythmiques différents et pousser plus loin la recherche de nouvelles textures entièrement digitales. Un projet cohérent qui témoigne de sa volonté de développer un son maximaliste au carrefour de ses nombreuses influences musicales. Comme cette petite boîte de chocolat nichée sur la table d’une salle d’attente, l’écoute de UXY vous procure ce petit shoot de sucre dont vous aviez besoin et laisse un irrémédiable goût de reviens-y. Après une semaine de résidence au Botanique, le producteur a pris le temps de discuter avec nous de la sortie de son nouvel album en février dernier, mais aussi d’évoquer son nouveau projet de live avec sa partner in crime du moment Mika Oki.

GMD : Maoupa Mazzocchetti est un projet qui existe depuis quelques années maintenant. Pour ceux qui te découvrent, peux-tu brièvement nous retracer ton parcours ?

Maoupa : J’ai commencé la musique très tôt. J’ai d’abord pratiqué la batterie quand j’étais gamin. Puis, un peu plus tard, j’ai eu un groupe de post-punk / synth wave avec des amis où je jouais de la guitare et de la boîte à rythmes. Au même moment, je commençais à composer. C’est en arrivant à Bruxelles que je m'y suis mis plus sérieusement et que le projet autour de Maoupa est né. 

J’ai fait mes deux premières sorties sur Unknown Precept puis j’ai diffusé un truc sur le label bruxellois de mes potes de chez PRR! PRR!. Après Mannequin Records puis Knekelhuis, Editions Gravats. En parallèle, j’ai aussi un projet avec l’Américain Beau Wanzer (De-Bons-en-Pierre) qu’on a sorti sur Dark Entries. Et plus récemment, j’ai sorti un projet avec Clara! plus axé autour du dancehall / reggeaton. Voilà, en gros, j’ai peut-être oublié quelques trucs.

GMD : On a l’impression que tes projets sortent de manière assez naturelle finalement. Comment l’idée d’une collaboration avec le label BFDM (Brothers From Differents Mother) est-elle née ? 

Je connais Judaaah et BFDM depuis quelque temps maintenant. À l’époque, il voulait me faire jouer dans un club à Lyon et lors d'une discussion, il m’avait encouragé à lui envoyer ce que je faisais. Généralement je produis de la musique sans penser où et comment ça sortira. Il peut y avoir cette phase de dépression où t’as pas de réponses des personnes à qui t’envoies, mais pour le coup quand j’ai envoyé à BFDM, ils ont accroché direct et je trouve que la sortie colle bien avec l’esthétique du label.

C’est aussi assez naturellement que je suis tombé sur le profil Instagram de Jonathan Castro qui a réalisé une partie de la conception graphique du projet. J’étais fan de son travail et lorsque je l'ai contacté, il m’a proposé de faire une collaboration. J’ai sauté sur l’occasion directe ! L’album était fini et je voulais vraiment associer la couleur musicale à une substance, une texture. Ça marche assez bien je trouve. 

GMD : Justement, on ressent beaucoup d’influences dans UXY DOSING© et une volonté de jouer de certains schémas rythmiques, de rechercher de nouvelles textures. Qu’est-ce qui t’a influencé lors de la composition du projet ? 

Maoupa : L’idée, c’était vraiment de me faire une nouvelle palette de sonorités. Je voulais explorer quelque chose d’autre tout en me faisant plaisir. J’ai choppé une nouvelle machine de sound design avec laquelle je voulais explorer l’aspect digital à fond. C’est un truc que j’avais déjà exploré avec le projet Clara! y Maoupa, mais que j’ai voulu continuer à approfondir. 

J’ai pas mal d’influences, donc parfois c’est dur de ne pas se faire parasiter. Je prends le temps de digérer et il en sort ce qu’il en sort. Je crois que le principal, c’est de trouver sa palette sonore et de se mettre dans les meilleures dispositions pour provoquer l’accident heureux.  

Avec ma nouvelle machine, j’essayais de faire des patchs et des fois il en ressortait des matières inattendues. Sur « Moon is a Bell for Meteor » par exemple, on peut entendre une texture super aiguë, ça c’est un accident complet par exemple ! Après, l’accident c’est toi qui décides s’il est heureux ou malheureux. L’idée c’était d’explorer un truc hyperactif, assez dense, maximaliste et sortir un peu des rythmiques 4:4.

GMD : Tu décris justement UXY DOSING© comme « un genre maximaliste de musique électronique ». On parle aussi depuis quelques années de « post-club music », est-ce que c’est un terme qui te parle et que tu pourrais lier à l’UD ?  

Maoupa : Les éditions Audimat ont fait un article super intéressant sur la post-club musique justement. Pour être honnête, j’ai pas trop d’avis là dessus. Il y a des trucs ignobles et des trucs que j’adore. Quand j’écoute du SOPHIE par exemple, il se dégage un truc de club hyper dense et un aspect super pop qui donne un croisement fou ! Après tous les termes de genre musical sont fourre-tout. On a juste ce besoin de classer, je crois.   

GMD : Au fil de ta carrière, tu as eu des groupes (De-Bons-en-Pierre, Clara! y Maoupa). Sur l’album on retrouve aussi de nombreux·ses invité.es (ZULI, Charmaine Lee, Phillip Jondo…). Comment se passent les rencontres et comment collabores-tu avec ces artistes d’horizons artistiques et géographiques assez différents ? 

Maoupa : À la base c’est surtout des copains·ines. ZULI par exemple je l’ai rencontré quand il est passé à Bruxelles. On s’est rencontré, on a écouté de la musique, on s’est bien entendu. C’est d’ailleurs l’un des premiers à qui j’ai fait écouter des nouveaux trucs. Il a beaucoup aimé, on s’est échangé des loops et c’était le point de départ. C’était la première fois pour moi que je bossais la musique en étant éloigné. Pour Vica, on s’était croisé durant son concert au Beursschouwburg que j’avais adoré et on partage le même studio maintenant. C’est donc souvent des rencontres au final.  

GMD : On se rencontre ce soir au Botanique au côté de Mika Oki, tu peux nous expliquer un peu l’essence de ce projet et ton actualité pour les prochains mois ? 

Maoupa : On se connaît depuis un moment avec Mika. On a commencé à mixer ensemble y’a quelques temps puis l’envie de faire de la musique est vite arrivée. Dans le cadre d’une résidence que j’avais en Bourgogne, on a commencé à travailler ensemble. Sa musique apporte une texture hyper modulaire, un truc assez digital, très froid et c’est carrément dans la veine des trucs que j’explore en ce moment.  

Pour les actualités, le confinement m’a permis de monter un sextuor, contrebasse, batterie, Mika au modulaire, moi je suis à la trompette, un pote aux flûtes traversières, Vica au chant et ça, ça sera le format live band de UXY DOSING©. Pour la release avec Mika, on a monté un acousmonium de vingt enceintes et on a tout spatialisé. Un projet qu’on n’aurait pas pu faire sans l’aide du Beurs et des Ateliers Claus. C’est live qu’on le jouera à la Gaîté Lyrique le 24 Mars et qui sera diffusé le 8 Mai.

GMD : Ça va faire bientôt un an qu’on n'a pu assister à un concert... On sait que tu entretiens un rapport étroit avec la performance live, comment vois-tu le retour dans les salles de concert ? Penses-tu que cette diète va permettre à la musique électronique de sortir des clubs et faire évoluer les manières de la jouer ou de l’écouter ? 

Maoupa : Avant tout chose, je tiens à dire que moi le club, je l’adore. Le problème n'est pas tant avec les clubs, mais plutôt avec l’industrie, le business de la musique en général. Je suis pessimiste. Pour moi, ça va repartir de la même manière, mais peut-être en pire.  Personne n’a rien changé durant cette période et je pense qu’on restera toujours dans cette approche un peu « one shot » du live malheureusement.  

Pour ce qui est changer les manières de faire du live, on a justement essayé de le faire pour la release party de UXY DOSING© en proposant le même set durant une semaine, mais avec des jauges limitées. Peut-être que les clubs pourraient essayer de fonctionner comme ça, en faisant venir un artiste 4 jours et lui offrir autant de dates. 

GMD : Ça fait écho à la lettre de Simo Cell publiée dans libération ou la prise de position de Anetha et de son collectif Mama Loves Ya. 

Maoupa : Tout à fait, mais le problème c’est que c’est toujours les artistes qui se culpabilisent. J’ai pas vu les patron·ne·s des grands clubs berlinois prendre position sur cette question par exemple. Personne se prononce sur ce débat, mais le souci c’est que quand tu es un·e artiste en France ou en Belgique, tu as une certaine quantité de dates à faire par an et on ne te propose pas de faire des résidences donc en un sens t’as pas vraiment le choix. 

En octobre avant le l’épidémie, j’ai fait une date à Londres puis j’ai enchaîné le lendemain avec une date en Géorgie. Ça n’a pas de sens ! Après le concept du club moi je l’adore, cette récréation d’intelligence... Non pas que ce soit un truc de débiles, mais c’est un lieu où j’aime bien exulter. 

GMD : Pour finir, peux-tu nous détailler les sorties qui t’ont marqué dernièrement ? 

Maoupa : Récemment, j’ai bien kiffé la sortie d'Yves Tumor. La dernière de Amnesia Scanner aussi m’a bien retournée. Mika m’a également fait découvrir le travail de Zoé Mc Pherson, ça, c’est assez ouf ! J’ai pas mal écouté de jazz pendant la création de l’album, d’où la volonté de ne pas tomber dans des rythmiques 4:4. Le disque de Vica bien sûr. Et sinon les dernières tracks de Tim Cow ou de Dj Plead

https://bfdm.bandcamp.com/album/bfdm-025-maoupa-mazzocchetti