Joseph Leon

cuisiné par Jeff le 24 avril 2009 | publié le 29 avril 2009

En ces temps de jeunisme exacerbé, il est plutôt rare d'entendre parler pour la première fois d'un artiste alors qu'il est entré de plein pied dans la trentaine. Mais après une jeunesse passée dans les manuels de cours plutôt que dans les studios d'enregistrement, Joseph Leon a estimé judicieux de se consacrer pleinement à la musique. A l'écoute de son premier effort, le manifeste folk Hard As Love, difficile de ne pas lui donner raison et de lui apporter notre soutien indéfectible. Sous le charme de ces pépites nourries au spleen et à l'élégance, nous en avons profité pour poser quelques questions à Joseph Leon, qui revient pour nous sur son parcours, ses influences ou l'état de forme de l'industrie du disque.

Goûte Mes Disques: Cela fait déjà quelques années que tu as passé le cap de la trentaine. Pourtant, rares sont les gens qui ont déjà entendu parler de toi. Peux-tu nous résumer ton parcours?

Joseph Leon: Je suis un artiste trentenaire en développement et donc peu connu du public. Je suis resté amateur très longtemps et c'est un peu après la trentaine que j'ai décidé d'enregistrer un album. J'ai passé une vingtaine aux apparences studieuses. Sur le papier j'étais juriste, dans la vie j'étais un peu paumé avec un rêve dans la tête.

GMD: Hard As Love est un disque autoproduit et donc réalisé avec les moyens du bord. Peux-tu nous conter sa genèse et sa construction?

J.L: C'est un disque autoproduit c'est juste, mais réalisé avec un budget correct et dans de très bonnes conditions. J'ai commencé par faire des maquettes guitare/voix, de temps en temps, sans penser à un album. Et puis quand j'ai décidé de faire de la musique, le rythme s'est accéléré et j'ai décidé d'enregistrer ce qui mis bout à bout racontait une histoire d'amour ratée, faite d'infidélité, d'alcool, de jalousie, de cruauté et finalement d'abandon. J'ai auditionné des musiciens et dans la foulée on est entrés en studio. J'ai voulu enregistré dans des conditions live. A l'écoute des bandes j'ai décidé d'arranger quelques titres de l'album et j'ai fait appel à Benoit Rault et à Emmanuel d'Orlando. Démarche très classique hormis le fait que j'étais auteur inconnu et un producteur débutant.

GMD: Peux-tu également nous parler des nombreuses rencontres qui sont venues égayer Hard As Love et de l'éventuelle influence de celles-ci sur l'album.

J.L: L'album doit beaucoup aux musiciens du fait que nous enregistrions live. Je ne sais pas s'ils ont égayé le disque mais ils ont tous joué un rôle très important.  Les arrangement également ont été décisifs et ont vraiment étoffé certains titres. "Oh Man" dans sa première version sonne comme un squelette, sa construction en crescendo nécessitait un effet d'accumulation dramatique et donc une construction d'arrangements. Enfin, la voix de Kate Stabbles est magnifique. Elle n'est présente que sur trois titres mais c'est fou ce qu'elle apporte au disque. 

GMD: Parce que je suis certain que ta discographie n'est pas uniquement composée de trucs pour folkeux velus et/ou dépressifs, peux-tu nous évoquer les artistes et/ou les albums qui ont vraiment compté dans ton cheminement d'artiste et l'influence que ceux-ci ont sur ton travail.

J.L: L'influence est forcément énorme considérant que je suis autodidacte et que j'ai donc appris par ce que j'ai entendu et que je cherchais à reproduire. J'ai commencé par jouer du blues, puis du rock, puis du folk maintenant et j'adorerais jouer du jazz et du classique. Et puis j'aime les voix en général donc je passe facilement d'une musique à l'autre. Donc oui, des albums et des artistes autres que folk mais ils sont trop nombreux à citer.

GMD: Te comparer à Nick Drake, est-ce judicieusement observé ou honteusement réducteur?

J.L: Je ne l'ai découvert que tard et j'admire son écriture et j'adore sa voix. C'est très flatteur d'être comparé à lui, c'est un peu irréel. On a peut être une  mélancolie en commun. 

GMD: On te compare souvent à des artistes anglo-saxons. Le "folk à la française", serait-ce une illusion?

J.L: C'est quoi le folk à la française?

GMD: Même s'il est autoproduit, est-ce que Hard As Love s'est révélé à la hauteur de tes attentes? Qu'est-ce que cela aurait donné si tes moyens avaient été pour ainsi dire illimités?

J.L: Je suis content du résultat. Maintenant c'est sûr que rétrospectivement on trouve toujours des choses à redire. En tous les cas je me suis donné les moyens. Le producteur a été à l'écoute de l'artiste et l'artiste a été exigeant mais réaliste. Alors qu'est ce que ça aurait donné avec plus de moyens? Un autre album... peut être meilleur, peut être pas. Mais en ce moment j'en suis plutôt à me demander comment trouver l'argent pour enregistrer mon second album.

GMD: Tu as notamment joué en première partie de Vincent Delerm, un artiste qui ne fait pas vraiment l'unanimité auprès de webzines comme le nôtre. S'afficher à côté d'un mec comme lui, est-ce que cela équivaut pour toi à compromettre ton image 'indie' ou est-ce que finalement tout est bon à prendre?

J.L: Ni l'un ni l'autre, je ne vois pas les choses en ces termes. Je suis reconnaissant et je remercie Vincent Delerm de m'avoir invité à ouvrir pour lui à la Cigale. Son geste est sincère et généreux, il aime mon album et j'étais ravi de jouer pour son public curieux et ouvert d'esprit.

GMD: Tant qu'on parle d'artistes français, quel est ton point de vue sur la paysage musical français, son public, son industrie du disque, sa presse?

J.L: Je ne connais pas le paysage musical français hormis les classiques, ni la variété, ni les indés. Je n'ai ni la radio, ni la télé et je n'achète pas de magazines. Cela dit, sur l'industrie j'ai essentiellement une chose à dire: elle est en train de crever. La conséquence est qu'elle se recroqueville sur elle-même et produit de moins en moins en quantité et en qualité. Les artistes indés qui pouvaient hier signer sur un grand label et bénéficier des moyens nécessaires à la réalisation d'une belle production doivent aujourd'hui assumer la production eux-mêmes, donc avec beaucoup moins de moyens ce qui va nécessairement limiter l'horizon artistique. Les grosses productions indés, bonnes ou mauvaises, vont disparaitre. Car quoi qu'on dise, il faut de l'argent pour enregistrer et toute les musiques ne s'accommodent pas d'une production lo-fi, loin de là. On recense pour l'instant peu de chefs d'œuvres enregistrés dans une cuisine ou une salle de bain, même s'il en existe sûrement. Et pour illustrer le propos, je voudrais dire que dans mon cas de producteur, il faudrait que je vende 10.000 copies de mon disque pour me rembourser. J'ai été un bon producteur pour l'auteur que je suis, mais un producteur suicidaire au plan financier. Le disque existe mais c'est un luxe que j'ai eu la chance de pouvoir m'offrir mais que je ne peux plus me permettre pour le second LP.

GMD: A quoi devons-nous attendre en live? Une prestation intimiste réunissant Joseph Leon et sa guitare ou quelque chose de plus orchestré, à l'image de l'album?

J.L: Pour mon dernier concert au Café de la Danse, j'ai fait moitié-moitié guitare voix et avec le groupe. J'aimerais le refaire sans que ça devienne une formule.

GMD: Hard As Love date de 2006. J'imagine que tu as déjà commencé à bosser sur de nouvelles compositions. Si oui, à quoi cela ressemble-t-il?

J.L: J'ai fini d'écrire le second disque il y a plus de 6 mois.  Mais pour l'instant c'est guitare voix et ça me ressemble assez.

GMD: Quel est ton programme pour le reste de l'année 2009?

J.L: Je continue la promo en France et je prépare une tournée avec le groupe que je viens de former.  Puis le disque sort aux Etats-Unis en septembre je crois. Je vais aller à NY assez régulièrement à partir de juin pour la promo. J'aimerais aussi enregistrer le second LP avant la fin de l'année.

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