François Floret

cuisiné par Maxime le 27 juillet 2015 | publié le 28 juillet 2015

Il nous avait donné 20 minutes, l’interview a finalement duré le double. Echange au long cours avec François Floret, directeur et programmateur de la Route du Rock, sur le passé, le présent et l’avenir du festival malouin, toujours excitant après 25 ans d’existence.

En quelques mots tu peux commencer par rappeler ton rôle au sein du festival ? Tu es directeur, programmateur, ça consiste en quoi ?

Je suis directeur général de l’association Rock Tympans qui gère le festival la Route du Rock, l’édition d’hiver comme celle d’été, qui gère aussi depuis 2012 la salle de concert la Nouvelle Vague à Saint-Malo, et qui gère enfin une agence intégrée de booking, Route du Rock booking. Mon rôle c’est directeur général, donc je fais pas mal de gestion, un peu de politique aussi, de médias, je suis le VRP de la structure. Sur la programmation j’interviens avec Alban, notre programmateur officiel. Lui fait un gros travail de recherche et de proposition, et on tranche tous les deux. Il faut qu’on soit tous les deux d’accord pour qu’un artiste passe à la Route du Rock.

Le festival, c’est dans un peu moins de trois semaines. Ça se présente bien ? Vous en êtes où dans les préventes ?

Oui, ça se présente plutôt pas mal. A ce stade, on est un tout petit peu mieux que l’année dernière, qui était déjà une belle année, puisqu’on avait failli battre des records. Je ne m’emballe pas parce que je suis conscient qu’il y a surtout une grosse soirée qui va faire la différence, celle de Björk, qui sera je pense complète comme l’était celle de Portishead l’année dernière. Il faudra voir en terme de fréquentation ce que vont donner les deux autres jours. Si c’est comme d’habitude, on peut chatouiller le record. Il y aura du suspense jusqu’au bout. Si on fait déjà la même fréquentation que l’année dernière, je signe tout de suite.

Cette année c’est la conclusion d’un marronnier qui était dans l’air depuis un moment : les travaux de drainage dans le fort de Saint-Père on enfin été réalisés. Ça va changer quoi pour les festivaliers ?

On a mis les pieds dans le Fort en 1993. On avait organisé, avant la RDR, un concert de Noir Désir pour voir si ce terrain pouvait accueillir un concert de rock. Depuis on ne cesse de réclamer des travaux à ceux qui tiennent les manettes financières, techniques et politiques parce qu’on était bien conscient qu’il y avait énormément de choses à refaire. Il y a eu de légères améliorations au fur et à mesure, mais le plus problématique restait le terrain, qui dès qu’il pleuvait ne pouvait pas absorber et faisait des flaques d’eau immondes. Il y a trois ans il y a eu une volonté politique de Saint-Malo Agglomération, la structure intercommunale de Saint-Malo, qui a décidé de mettre le paquet. Ils ont commencé par nous acheter 6 km de barrières pour encadrer le site, et ils nous ont annoncé une seconde tranche d’investissement sur le terrain. Ils ont tenu parole et ont dégagé un gros budget, de l’ordre de 600 000 euros, pour faire des travaux de drainage dans l’enceinte, avec canalisations souterraines et évacuation des eaux usées. Les trois-quarts du site sont maintenant drainés et reprofilés. Je dis bien les trois–quarts, car la commune de Saint-Père n’a pas souhaité en faire 100%, et là-dessus on se désolidarise complètement de cette décision aberrante. Le fond du Fort, là où il y a les petites maisons pour ceux qui connaissent, n’a pas été drainé parce qu’une adjointe a décidé de ne pas y toucher à cause de son marché aux fleurs. Donc on aura, s’il pleut, un petit bout de terrain pour les nostalgiques de la boue. 

L’an dernier, il y a eu une mini polémique autour de la venue de Portishead. La Route était censée avoir l’exclusivité dans le grand ouest, puis un autre festival avait obtenu leur passage. Finalement la soirée s’était terminée par un sold out, est-ce qu’avec le recul ce n’était pas un faux débat ?

Non parce que rien n’est jamais garanti dans notre milieu, un milieu qui fonctionne hélas avec trop de paroles en l’air. On ne contractualise pas tout, il y a des choses qu’on ne peut pas écrire, et moi quand on me dit « ça sera la seule date dans l’ouest » je le crois, et je trouve ça assez désolant quand après on change les règles du jeu. Nous ne sommes pas irréprochables sur certains détails, dans l’accueil du public entre autres, mais nous sommes des gens de parole et ce genre de choses, on ne le ferait pas. C’est une histoire de principes: à partir du moment où on dit quelque chose, on s’y tient. Ça ne change rien qu’on ait fait complet, d’ailleurs en vrai on n’a pas exactement fait complet parce qu'on a arrêté de vendre des billets alors qu’on aurait pu en écouler 1000 de plus, mais vu l’état du terrain on a arrêté. On a été complet le soir même en plus, ce qui veut dire que ce n’était pas gagné du tout, ça n’a pas été complet un mois avant. Il a fallu cravacher, travailler, faire de la comm... 

Ce (quasi) complet de l’an dernier, est-ce que ça a remis le festival définitivement à flot, après quelques années financièrement un peu compliquées ?

Ouais c’est clair que ça nous a bien aidés. Si tu regardes la comptabilité analytique de l’association Rock Tympans, on a une rubrique festival, et on n’est vraiment pas loin de l’équilibre. C’est chouette et on espère y arriver cette année, passer du bon côté de la Force. Je confirme que depuis 2013 on a bien bossé et les résultats sont là. J’espère que 2015 sera la confirmation de deux très bonnes années, et je ne demande qu’une chose, c’est de faire la même que l’année dernière, sans non plus s’emballer. Ça serait formidable et nous permettrait d’envisager l’avenir sereinement.

On était un peu serrés dans le Fort au moment de Portishead. Même si tu dis avoir gardé 1000 tickets il y avait peu d’espace libre. Si la fréquentation continue d’augmenter, ce que l’on vous souhaite, un changement de site pourrait être envisagé d’ici quelques années ?

Non parce qu’on sait bien que ce qui plait à notre public, et à nous les premiers, c’est le côté humain. Je n’ai pas forcément envie de me projeter dans un truc immense. Après je n’exclus rien, les choses peuvent évoluer vite, mais de toute façon si c’était le cas on essaierait de conserver un maximum de possibilités d’accueil pour que ça reste très convivial et ne devienne pas un truc énorme. Chaque année, on serait plutôt à peaufiner l’existant, et l’objectif serait d’avoir les trois soirées complètes, d’atteindre les 12 000 personnes par soir les trois jours. Ça resterait vivable. Si on devait aller voir ailleurs, ça ne serait pas pour ces raisons-là, mais plus à cause des relations un peu compliquées qu’on a avec la commune de Saint-Père. On n’arrive pas à se comprendre depuis 23 ans et je ne sais pas si un jour on y parviendra. 

Pour finir sur la partie « organisationnelle », jusqu’en 2012 il y avait des concerts au Palais du Grand Large, dans le port de Saint-Malo. Vous avez arrêté après 2012. C’est définitif, le festival n’y retournera jamais ?

C’est pareil, il ne faut jamais dire jamais, mais il y a deux choses qui sont intervenues pour que l’on stoppe. Il y avait un gros partenariat avec un partenaire privé, Sony Ericsson, qui mettait suffisamment d’argent pour compenser les coûts importants de ce lieu, qui est très beau mais hélas très coûteux. Donc si demain on a un partenaire qui arrive et qui est intéressé, pourquoi pas. On pourra rebaptiser cette scène, on l’avait appelée à l’époque le Palais Sony Ericsson. Après le deuxième élément, c’est qu’aujourd’hui on gère la salle La Nouvelle Vague, donc on a un lieu qui est intéressant, qui évidemment est un peu différent en terme d’accueil. Il y’a beaucoup moins de places assises, mais qui j’espère servira tous les ans pour la soirée inaugurale du festival. Le Palais du Grand Large, c’était chouette parce qu’on pouvait s’asseoir et profiter de l’acoustique. C’est dommage mais c’est aussi comme ça qu’on arrive à redresser la barre, en restructurant un peu le festival tous les ans, et cette décision fait partie de celles qui permettent d’être plus sereins financièrement aujourd’hui. C’est un mal pour un bien.

En 99 la tête d’affiche c’était Blur, aujourd’hui ça serait impossible ?

Non non ça ne serait pas impossible, on s’entend plutôt bien avec leur agent français. Il faudrait voir à combien ils nous les font. Mais si les tarifs que j’entends circuler sont justes, en effet on ne pourrait pas les avoir. Ça dépasse vraiment nos capacités, ou alors il faudrait qu’on les joue sur une soirée unique, seuls, avec un billet à 100 € par personne. Pour le moment, non, ce n’est pas possible financièrement. Tout est histoire de jauge. Demain, effectivement, pour reprendre ce que tu disais, si on part sur un autre lieu où on peut faire 20.000 personnes, là on se reposera peut-être la question, parce qu’un cachet de ce montant là avec cette jauge là c’est jouable. Actuellement, mettre un cachet comme celui qui circule dans un lieu de la capacité du Fort de Saint-Père, c’est juste du suicide. 

Björk est la tête d’affiche cette année, sauf erreur de ma part elle n’est jamais venue à la Route du Rock…

Elle est jamais venue à la Route du Rock et je crois qu’elle n’est venue qu’une seule fois en Bretagne c’était aux Transmusicales de Rennes, il y a presque une vingtaine d’années.

… et c’est une artiste que vous vouliez avoir depuis longtemps ? Vous lui courez après depuis plusieurs années ?

Ouais c’est clair, sans trop y croire parce qu’on savait que c’était du lourd et que plein de choses allait devoir suivre, techniquement, financièrement… Björk, on rêve de l’avoir depuis toujours. Elle est vraiment une grande référence, elle a énormément de points communs avec nous, c’est quelqu’un de très exigeant sur le plan artistique, qui se remet tout le temps en cause, qui n’a plus rien à prouver, qui donc a beaucoup de liberté dans ce qu’elle crée. On aime ou on n’aime pas, mais c’est une artiste libre, et qui en plus se permet de choisir où elle va jouer, donc c’est très flatteur qu’elle nous ait retenus avec sa date à Lyon aux Nuits de Fourvière comme les deux seules dates françaises de l’été. Pour nous c’est une immense reconnaissance du festival.

L’an dernier c’était la reformation de Slowidve, que vous avez fait venir au festival, cette année c’est Ride. Vous avez toujours eu cette ADN un peu shoegaze ou alors ces reformations sont les occasions qui ont fait le larron ?

Un peu des deux. Je ne veux pas faire mon vieux con, mais le shoegaze c’est un mouvement qui nous a bercés toute notre jeunesse. Il y a Jesus & Mary Chain aussi, qui pourrait être programmé l’année prochaine, on aura fait la trilogie comme ça (rires). Non, je dis ça en déconnant mais ça fait partie des trucs qui nous ont éveillés à la scène indé, avec la pop des Smiths, l’électronique de New Oder, la Cold Wave de Joy Division, de Dead Can Dance, de Wolfgang Press, le pseudo punk des Clash… Y’a beaucoup de choses qui nous ont bercés. Le shoegaze c’est un peu la tarte à la crème des musiques indé et de l’imagerie Route du Rock. Après, j’ai toujours veillé à ce qu’on ne s’enferme pas dans un catalogue britpop qui ne nous va pas très bien. On est plus ouverts que ça. Mais ça fait entièrement partie de notre ADN, et quand on voit le concert de Slowdive l’an dernier, on espère que Ride fera aussi bien. 

Quand on parle de rock indé on oublie souvent l’Espagne. Cette année vous faites venir Hinds. Vous suivez un peu les « autres » scènes européennes ?

Oui, pour Hinds c’est clairement un travail de veille d’Alban, qui a proposé un peu de fraîcheur parce que cette année, on a des groupes rock assez durs ou alors assez sombres, torturés, donc c’était bien qu’on ait des choses sautillantes et féminines. On n’a pas de frontières dans nos radars, on écoute un peu tout ce qui se fait, on s’en fout que ce soit un groupe letton, espagnol ou hollandais… C’est pour ça qu’on a sous-titré la route du rock « collection été » et « collection hiver ». On assume complètement ce clin d’œil au prêt-à-porter, on essaie de présenter ce qui nous semble le plus intéressant sur les six mois à venir ou passés, c’est selon, dans notre famille musicale. Donc oui on essaie de voir tout ce qui se passe en Europe.

Du coup tu vas peut-être me répondre un peu la même chose, si on remonte un peu l’historique des programmations, à vos débuts il y avait des têtes d’affiches françaises qu’on pouvait qualifier d’indé, type Miossec, Murat… Ces dernières années c’est devenu plus rare. Il y’a eu Dominique A mais pas grand-chose d’autre. Cette scène-là elle n’a plus grand-chose à dire ?

Toi qui écoutes ces musiques, tu trouves qu’il y a beaucoup de grands noms dans les musiques indépendantes aujourd’hui en France ? C’est tout simplement une actualité qui est là ou non. On essaie de défricher. Sur la plage cette année, on présente trois labels français avec deux artistes français sur trois (Forever Pavot vendredi et Flavien Berger samedi, ndlr). Ce sont effectivement des gens qui ont un peu plus d’audace que la moyenne. Des artistes plus reconnus, je n’en vois pas des milliards en France. On nous reproche de temps en temps de ne pas faire d’artistes français, mais ce n’est pas un choix. On suit l’actualité, et effectivement on rejoint un peu la question précédente, on s’en fout de la nationalité: s’ils sont français et qu’ils font un truc super on y va. On avait d’ailleurs pris le contre-pied de ces débats il y a quelques années, sur la Route du Rock d’hiver on avait fait une soirée 100% française. C’était même pas volontaire, on s’en est rendu compte après avoir programmé : il y avait Lescop, Yan Wagner, Lou Doillon, et deux autres, je sais plus lesquels. Et là personne ne nous avait fait la remarque dans l’autre sens. Nous, on ne s’était pas gênés pour le faire en disant « voyez on s’en fout qu’ils soient français, c’était juste une très belle soirée ».

Comme chaque année la grande majorité des artistes n’est jamais passée au festival, mais quand même Notwist est déjà venu trois fois, The Soft Moon et Timber Timbre deux fois. Les années précédentes il y a The National ou Caribou qui sont venus trois fois également. Est-ce qu’avec l’historique du festival, il commence à y avoir quelques habitués ?

Le plus habitué c’est Dominique A. Tu vois, on parlait des français, lui il est venu cinq fois je crois, comme quoi (rires). Notwist sous ce nom ne sont venus que deux fois, par contre un des membres du groupe, Marcus Acher, est venu cinq fois je crois. Là ce sera la deuxième fois avec Notwist, il est venu avec Lali Puna, deux fois aussi, et encore une autre fois. C’est lui qui détient le record avec Dominique A. Plus on avance plus le festival vieillit, plus il y a de chances que des artistes reviennent. Après, c’est toujours pareil, on ne se dit pas qu’on va tomber dans la facilité. On a refusé beaucoup de groupes qui voulaient revenir.

Ah oui ?

Placebo par exemple, ça fait longtemps qu’on ne veut plus les faire…

Oui j’ai lu que la RDR était le festival préféré de Brian Molko...

Apparemment, en tout cas c’est lui qui l’avait dit, il était passé aux Vieilles Charrues, quelqu’un lui avait demandé quel était son festival préféré et il avait dit « La Route du Rock, on y rejoue quand ils veulent ». Après ce n’est pas méchant de dire ça mais nous on est passé à autre chose, ce qu’il fait maintenant ça ne nous intéresse pas. On respecte le bonhomme, le groupe. C’est juste plus notre came. Pour nous ça ne représente plus la Route, c’est quelque chose de beaucoup plus variété, du rock FM.

L’an dernier vous aviez failli avoir Vampire Weekend, qui n’étaient pas venus à la dernière minute. Cette année il y a un groupe ou un artiste qui vous a échappés ?

Django Django. De la même façon. Pour des raisons inexplicables, ils ont préférés rester chez eux. Donc c’est dommage. Battles aussi…

Ah oui j’avais entendu la rumeur pour Battles, ça circulait un peu...

Ouais, ouais... C’est comme ça, on ne leur en veut pas, ils ont le droit d’avoir une vie privée. C’est pour de bonnes raisons. Je préfère avoir un artiste qui me dit « Non, là on va partir en vacances, je l’ai promis à mes enfants. ». Moi je suis père de famille, je comprends parfaitement. C’est sûr qu’on fait quelque chose qui nous passionne, mais ça reste des hommes, ils ont le droit d’avoir une vie. Peut-être que bobonne les a engueulés (rires) et qu’ils changent d’avis, c’est comme ça. Après si c’est une autre raison ça me gêne. S’ils ne viennent pas chez nous parce que finalement ils vont ailleurs et que c’était pas prévu, c’est là où ça me fâche, un peu comme Beauregard avec Portishead l’année dernière. J’aime bien quand les choses sont honnêtes et claires.

Est-ce que la part plus importante de l’affiche qui est laissée aux musiques électronique en fin de soirée depuis deux éditions a contribué à changer le public du festival ?

Clairement ça l’a rajeuni, pas de doutes. Et ça l'a étoffé aussi. Si on a lancé cette nouvelle couleur musicale sur la RDR c’est parce qu’il y a eu 2012, une année, je n’ai pas peur de le dire, catastrophique, quasiment la pire de l’histoire du festival. Depuis 2003, on n’avait pas connu de fréquentation aussi faible. Donc il a fallu qu’on réagisse. Il n’y a pas que la programmation qui était en cause, il y avait plein d’autres choses…

… je me rappelle que cette année-là j’avais adoré la prog, mais c’est clair qu’il y avait beaucoup moins de monde…

Ouais parce qu’il n’y avait pas de grands noms, à part The XX qui nous avait fait une mauvaise surprise : ils devaient sortir leur album avant le festival et l’avaient sorti finalement après, donc forcément ça nous avait pénalisés. On n’avait pas eu la promo et le buzz sur le groupe alors qu’on l’avait payé relativement cher. C’était une mauvaise opération. Et puis le reste de la programmation était un peu mou, pas assez sexy et on s’est dit qu’il fallait qu’on fasse quelque chose. C’est pour ça qu’on a lancé plus d’électronique en fin de soirée. Même si on sait qu’on a un public exigeant, c’est aussi un public qui en fin de concerts a envie de danser, de se lâcher sur des trucs qui sont totalement cohérent avec l’ADN de la Route. C’est donc un mélange de plein de choses, un constat d’échec de 2012, l’envie d’avoir un festival qui fait danser, qui ne fait pas que dandiner de la tête. On n’est pas qu’un festival shoegazing justement, on n’est pas là pour se regarder les pompes, mais aussi pour danser.

Dans la prog il n’y a jamais eu de hip-hop. Même des groupes un peu indé comme Run The Jewels ou d’autres, c’est complètement exclu ?

Y’a eu Why ?, on va dire qu'il y’a petit côté hip-hop... Là-dessus on a un vrai débat en interne. Moi je serai plutôt pour, Alban est moins fan. Sur certains points il a raison, dans le sens où un bon groupe de hip-hop, c’est pas juste un mec qui rappe devant et un DJ derrière. C’est compliqué d’avoir ce qu’on veut, à savoir un vrai groupe, qui envoie sur scène, qui ne raconte pas n’importe quoi. On est toujours dans l’idée d’avoir quelque chose qui est montrable scéniquement, c’est pareil pour la musique électronique. Sauf exception on essaie de favoriser les artistes qui sont « live » et qui produisent un show. 

Ça fait quatre ou cinq ans qu’il y a le Pitchfork à Paris en novembre. Il y a quelques noms qui reviennent dans vos deux programmations, même si ce n’est pas la majorité, mais ça ne devient pas une concurrence redoutable pour la Route du Rock, qui plus est avec un site facile d’accès pour le public parisien ?

Bien sûr. Pour l’instant il n’y a rien d’inquiétant parce que ça fait quelques temps qu’on cohabite et ça se passe plutôt bien. Mais quand on a vu les premiers noms s’annoncer cette année on était un peu verts. Il y’a quand même assez de groupes dans notre milieu musical pour éviter de faire venir les mêmes que nous, surtout les grands noms. Je ne cache pas que j’ai été un peu dubitatif. J’ai même fait la blague de dire que ça ferait notre « collection automne ». On avait déjà eu le coup avec Rock-en-Seine qui nous avait mis un coup derrière la tête. On a quand même un public qui est très parisien. Après, on a des atouts: on a la mer, c’est le mois d’août, on a un peu d’héliotropisme, avec un Fort Vauban du XVIIIe siècle, des habitudes qui sont prises... Je ne suis pas sûr que le Pitchfork puisse proposer la même chose.

En tant que spectateur il y a d’autres festivals que tu apprécies ? 

Oui j’aime assez les Eurocks, même si je n’y suis pas allé cette année. C’est un énorme truc mais qui sait rester humain quand même. Là, je reviens des Vieilles Charrues, ce sont des potes, j’aime bien leur faire un petit coucou. Après tout ce public ça m’oppresse un peu. Mon prochain objectif c’est d’aller faire un tour en Suisse pour voir le Paléo. Peut-être l’année prochaine…

… oui c’était le week-end dernier…

Oui, je suis invité tous les ans et je ne peux pas y aller. Bon la programmation est ce qu’elle est, ce n’est pas forcément ce qui m’excite. Ça serait plus pour voir la « Rolls Royce » des festivals en terme d’organisation. A priori on ne peut pas faire mieux en Europe. Donc plutôt sur l’aspect accueil, technique. En plus, il paraît que ce sont des gens charmants, et puis j’ai des origines suisses donc je pourrai retrouver un peu l’air du pays (rires).

Pour terminer, ton ou tes coups des cœurs de la Route du Rock cette année, ça va être quoi ?

Je réponds toujours un truc de Normand, on a choisi tous les groupes un par un donc on les aime tous. C’est un peu comme si tu me demandais si je préfère mon fils ou ma fille, je les adore tous les deux (rires). Après, il y a des trucs où je vais être plus attentif. Girl Band, j’aime bien ce côté rêche, bien punk, bien dur, déstabilisant. J’aime bien les choses qui déstabilisent. Ça peut aussi être décevant. Je sais que leur dernier concert à Paris, à la Villette d’ailleurs, était moyen. Spectres, c’est pareil, ça risque d’être très très sombre. J’aime bien les choses un peu dures ou sombres, et a contrario j’aime bien les choses assez légères pour finir les soirées. Lindstrøm, Daniel Avery, je pense que ça va être des beaux moments. Rone aussi. Ratatat, j’ai hâte de les voir, je ne les ai jamais vus. Je suis dubitatif sur leurs albums. C’est pas forcément ma came en terme d’électro, je trouve qu’il y a un truc qui tourne un peu en rond…

…ouais je suis assez d’accord…

… voilà, mais là j’attends de voir, j’attends d’être surpris. Souvent on peut être très agréablement surpris. Ratatat j’espère que ça sera le cas. Le reste, j’ai envie de rentrer dans les univers de Spectres, de Girl Band, et puis j’ai envie de voir danser les gens sur les fins de soirée.

Merci beaucoup François !